NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR M. RGEDERER
finances, m'av-ait fait Thonneur et la grâce de s'interdire toute libéralité à mon égard. S. M* avait daigné reconnaître que le moindre accroissement de ma fortune énerverait mon administration, rendrait ma sévérité contre les abus ridicule et méprisable^ ôterait tout crédit à mes opérations sur la dette publique, nie rendrait suspect et odieux dans un ministère où la facilité de s'enrichir fait voir un étranger avec envie^ et autoriserait enfin le public à confondre un sénateur français^ riche des bienfaits de TEmpereur, avec des couKisans affamés. Le roi, en ne m'affiigeant par aucun don, a aussi bien jugé mon caractère que ma position. »
Napoléon le nomma ^ en iSiO, président d'une commission chargée de négocier avec les députés du Valais la réunion de ce pays à la France.
Le 2i septembre de la même année il lui donna la place de ministre et de secrétaire d'État du grand-duché de Berg, résidant près de TEmpereur avec le rang et les honneurs des ministres français. « Cette administration^ lui dit Napoléon, doit être l'école normale des autres États de la confédération du Rhin ; c'est quelque chose que cela ! » Cette place n'exigeait au moins rien de lui de contraire à ses principes. Loin d'avoir à soutenir, comme les autres ministres^ les maximes prohibitives de toute industrie étrangère, il était obligé de les combattre, comme conservateur des intérêts du grand-duché de Berg^ un des pays les plus industrieux de l'Europe. Napoléon, qui voyait ses ministres ériger en principe fondamental d'administration un régime de douanes qui au fond n'était pour sa politique qu'une machine de guerre utile contre TAngleterre, se plaisait à mettre souvent le ministre du grand-duché de Berg aux prises avec les pro-
lettre que je m*exprime ainsi : « Le roi (Joseph) en me coïQiant.,. « (Ce qui suit est exact.)
Joseph , devenu roi d^Espagne, a donné un aveu formel à cette lettre. Il m^écrivit de Vittoria, le 9 décembre : « J*avoue ce que vous avez écrit. J'ose dire « que vous devez être ner de mon estime, comme je « le suis de votre amitié (*}.
(*) {Kotê de PédUeur.) Voiraa t. III. de la pase « à U pafre m, la lettre de mon père au roi Joachtin ; —et au niènie voluroe, p. u. la répoiine du rol/uteph a cette lettre, dont mon père lui avait envoyé une copie.
lecteurs du monopole, qui Tentouraient dans son conseil d'administration.
En I8ii M. Rœderer devint étranger à toute fonction publique. Dans les Cent Jours, en 1815, il fut envoyé, en qualité de commissaire, dans neuf départements du Midi, et ensuite nommé pair. Au mois d'avril 1816, après la seconde rentrée du roi, il fut éliminé de l'Institut. Le titre de grand-officier de la Légion d'honneur lui restait; un brevet du roi, du 5 juin 1821, le lui confirma.
Il avait été nommé deux fois au sénat : la première par le sénat même, la seconde par le premier consul ; et trois fois à llnslitut, la première par l'Institut même, la seconde par les membres de l'ancienne Académie française, qui formèrent, en 1800, une société libre, et la troisième par le décret qui forma une nouvelle Académie française dans l'Institut et y fit entrer Tancienne Académie. M. Roederer était, en 1789, membre de la Société royale dcsSciences et Arts de Metz; en 1800 il fut élu associé honoraire de FAthénée de Lyon; en 1802, membre honoraire de la Société des Sciences et Arts de Mayence; en 1803, de la Société dlnslructiondeBastia; en 1804, associé correspondant de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen; en 1820, membre honoraire de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Metz.
Retiré, depuis 1814, à la campagne, M. Rœderer s'est livré tout entier à des occupations littéraires. Il a publié, en 18i0, un ouvrage considérable sous le titre de: Mémoire pour servir à une nouvelle histoire de Louis XI l. Il s^en fait en ce moment (18io) une nouvelle édition, accompagnée d'un autre Mémoire pour servir à une nouvelle histoire de François t', ensemble 2 volumes in-8®. On lui attribue encore un autre ouvrage intitulé le Marguillier de Saint'Eustache. Le fond des écrits de M. Rœderer est abondant en observations et en idées. Son style, dans les discussions politiques, est remarquable par la force et souvent par l'autorité ; dans les discussions économiques, par la sagacité, l'analyse, la simplicité; dans l'histoire, par une dignité soutenue quand il parle delà nation, et par une causticité sans ménagement quand il parle des historiens de mauvaise foi.