NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR M. RŒDERER
haut mérite, MM. Delambre et Cuvier, qui s'é- . taient plu à seconder ses vues. Il se proposait de faire marcher de front, depuis les plus basses classes, trois genres d'instruction qui ont toujours ét(^ plus ou moins divisés : Tinstmctton littéraire, les connaissances physiques et mathématiques, les sciences morales et politiques. Il voulait qu'on exerçât ensemble, sans les fati{îuer, les trois grandes facultés de l'esprit humain , l'imagination , Tobsenation» le raisonnement ; qu'on fit cesser le divorce établi entre ces facultés par les anciennes éducations , qu'on favorisât leur alliance naturelle , et qu'on leur donnât à toutes un nouvel essor par le développement à peu près égal de chacune d'elles. Le projet de loi était rédigé quand, au moment de le présenter, M. Rœderer apprit par le ifowïYewr qu'il était nommé au sénat.
On regarda cette nomination comme une disgrâce, qu'on attribua au refus de M. Rœderer de travailler avec un des ministres que le premier consul avait choisis, refus auquel, en effet; il s'est constamment obstiné; mais il paraît plus probable que le moment était venu où le premier magistrat de la République, aspirant déjà au trône, devait se soucier moins, se défier peut-être, des hommes qui s'étaient dévoués aux faisceaux consulaires.
Le premier consul, pour éloigner toute idée de disgrâce , invita M. Rœderer à Saint- Cloud et lui dit gaiement, en le voyant entrer au salon : Eh bien! nous vous avons placé parmi nos pères conscrits. — Oui, répondit-il sur le même ton, vous m'atr^z envoyé ad patres. — Le sénat n'absorbe plus, répliqua gravement le premier consul. Le sénatus-consuite du 4 août venait, en corrompant l'institution de ce corps, d'autoriser le premier consul à employer à son gré les sénateurs, et il rouvrit pour eux la carrière lucrative des grandes dignité et des grands pouvoirs dont il disposait.
Le lendemain de cette entrevue M. Rœderer fut nommé membre de la commission créée pour concerter avec les députés helvéliques une nouvelle confédération des Cantons et une nouvelle constitution pourchacun d'eux, le premier consul s'étant déclaré w^a^eMr de fa Suisse, et il rédigea cet acte dit de médiation.
Le 15 octobre 1803 il fut nommé à la sénatorerie de Caen , et l'année suivante commandeur de la Légion d'honneur.
11 eut une grande part aux séna(us-consultes organiques du gouvernement impérial.
et proposa d'importantes modifications qui ne furent point admises. Il désirait surtout que le sénat fût rendu à une honorable indépendance.
Le i" avril 1806 ce corps le députa à Naples, avec deux autres sénateurs, pour féliciter Joseph Bonaparte sur son avènement au trône.
Le nouveau roi le retint auprès de lui et lui confia l'administration de ses finances.
Durant cette administration, Napoléon le nomma grand-officier de la Légion d'honneur, et, quelque temps après, comte de ITEmpire.
Le roi Joseph, s'étant promis de porter dans le gouvernement du royaume de Naples les principes libéraux dont il avait jusque-là fait profession, voulait de plus dans l'administration des finances la modération, l'ordre et l'économie qui signalaient alors les finances de la France. M. Rœderer, secondant ses vues, fonda un système de contributions équitables et modérées; il établit un ordre rigoureux au trésor public et à la banque royale, et par ce moyen il créa, sans autre artifice, un crédit public, avantage jusqu'alors inconnu au gouvernement napolitain. M. Morellet, dans sa correspondance imprimée, et le comte Orloff {voyez ces noms dans la Biographie), dans son ouvrage sur le royaume de Naples, parlent honorablement de l'administration de M. Rœderer. Ce qu'il a fait subsiste encore, et l'on s'en trouve bien. Les Napolitains rendirent justice à son désintéressement. Quand Joseph quitta le royaume de Naples, M. Rœderer revint à Paris. H n'avait voulu recevoir aucune récompense pour sa gestion. « Le roi, écrivit-il à Joseph (i), en me confiant ses
(1) Il y a ici une erreur; ce n'est point au roi Joseph, mais à son successeur Joacbim, que j'ai écrit le détail que Ton suppose écrit au roi Joseph lui-même. Ce passage, pour être entendu, doit être précédé de quelque détail.
Lacontiance et Tamitiédu roi, un intérêt commun entre le roi et moi, Tamour du bien public et de la considération élevaient mon ministère fort au-dessus des récompenses pécuniaires. Quand Joseph quitta Naples pour monter sur le trône d'Espagne il me délégua le droit de nommer un autre ministre à ma place, lorsque je jugerais à propos de retourner en France. Il me délégua encore d autres pouvoirs qui me constituaient dans une espèce de régence après le départ du roi pour Bayonne, où Tattendait Napoléon. Je remis ces pouvoirs cachetés au secrétaire d'État, ne juj^eant pas nécessaire d'en faire usage. Après six semaines je donnai le portefeuille des finances au prince Pignatelli, qui administra en attendant la nomination et l'arrivée du successeur de Joseph. Reyenu à Paris, j'eus occasion d'écrire au nouveau roi Joachim relativement aux finances. C'est dans cette