SCÈNE VI
LES MÔMES, BOISBOURDON.
BOisBouBDON. — Jacqucvillc , à qui la reine a désigné, seulement de vive voix, les treize personnes qui doivent être arrêtées au Louvre comme complices de la conspiration , a mis leurs noms par écrit, crainte de méprise ou d'oubli : voici la liste qu'il en a faite ; il demande que la reine veuille bien Tentendre, pour la confirmer ou la corriger.
LA BEINE. — Voyons.
BoisBOUBooN , iûant. — Le sire de Brimeu.
LA BEINE. -^ Bon.
BoisBouBDON. — Lc sJrc de Montauban.
LA BEINE. — Très-bien.
BOisBouBDON. — Lc sirc de Groï.
LA BEINE. — Trèft-bien.
BOISBOUBDON. — Lc sItc dc Moï (*).
LA BBINE. — Très^bien.
BOISBOUBDON. — Le duc de Bar.
LA BBINE. — Ensuite?
BOISBOUBDON. — Le seigncuT de la Rivière.
LA BBINE. — Après ?
BOISBOUBDON. — Le seigneur de Marcoignet.
LA BBINE. — Continuez.
BOISBOUBDON. — Lc seîgncur de Boissey.
reine ni même au roi le titre de majesté; c'est seulement sous le règne de Louis XI , dit le président Hénault, qu'on a commencé à le donner au roi.
( *) Les seigneurs de Moi, de Brimeu» de Monlauban et de Croi, ne furent pas arrêtés à cette époque; mais fa reine les avait fait arrêter l'année précédente, sous les yeux du Dauphin et dans son appartement, comme amis du duc de Bourgogne. {Tableau Mstorigue de Paris, t. H, p. 70.)
LA BBINE. — Et de Rambouillet, sans doute ?
BOISBOUBDON. — Et dc Rambouillct. Jean de Wailly, chancelier de Guienne.
LA BBiNÉ. — Quoique ces six personnages aient été arrêtés, il y a deux mois, par ordre du duc de Bourgogne, comme opposés à ses intérêts, ils n*en sont pas mieux disposés pour les miens. Est-ce tout?
BOISBOUBDON. — Voici cucore trois noms.
LA BBINE. — Voyons.
BOISBOUBDON. — Hastcr.
LA BBINE. — Très-bien.
BOISBOUBDON. — LaMorlièrc.
LA BEINE. — Et pourquoi la Morlière? un vieillard !
BOISBOUBDON. — Ah, madame! il est encx)re capable d^uoe mauvaise action.
LA BBINE. -^ Passons.
BOISBOUBDON. — Lc Mîllau.
LA BEINE. — Quoi ! le Millau? un enfant !
BOISBOUBDON. — Il cst déjà capable d'un mauvais conseil.
LA BtiNE. — Mais le duc d'Orléans n'a qu'à s'en louer.
BOISBOUBDON, à part, — Moi, je n'ai qu'à m'en plaindre. [Haut.) Si vous l'ordonnez, je vais le rayer.
LA BBINE. — Je ne conçois pas qu'il se trouve là, non plus que la Morlière. Je ne les ai sûrement pas nommés...
BOISBOUBDON. — Madame , je vais les rayer.
LA BEINE. — Oui; mais je voudrais savoir la raison...
BOISBOUBDON. — La voici .* Jacqueviile, à qui vous aviez désigné treize personnes, en ayant oublié deux et voulant à toute force avoir son compte, je l'ai complété pour le satisfaire, et, à \Tai dire, assez au hasard {*).
(*) Ce fait est historique; mais je dois déclarer qu'il n'appartient pas précisément à l'histoire du XV* siècle : il appartient à celle du XVIIl», à celle de la révolution. A une époque orageuse (a), un ministre de la police générale de la république ayant présenté au pouvoir exécutif une liste de journalistes à déporter, un autre ministre (b) réclama en faveur d*un de ces joumaUstes, pour qui il avait de la bienveillance et quUl savait lui être attaché (c) ; il obtint sa radiation. Le ministre de la police l'effaça de la fatale liste ; après quoi il dit gaiement : « Citoyens, ma liste
(a) Le la rnicUdor an v.
{b) M. de Taileyraad.
r) M. Rttderer. {i^atet de Vêditenr.)