JACQUEVILLE, UN OFFICIER DU PRINCE
l'officibr. — Que souhaite monseigneur le chevalier?
JACQUEVILLE. — Dc la part du roi , de la reine, et du comte d'Armagnac : je ne souhaite pas, j'ordonne.
l'officieb. — Mais, chez monseigneur le Dauphin , c'est moi qui ai l'honneur de commander le service.
JACQUEVILLE. — Ah ! ah ! est-ce vous qui le commandiez aussi il y a huit jours , quand il donnait le bal au grand scandale de tout Paris qui meurt de faim, et que j'ai fait sauter les musiciens et les danseurs par la fenêtre (*)? Ah! ahlah!
(*) « 1413. Jacqueville, capitaine de la milice de
• Paris, passant avec sa troupe prà de l'hdtel Saint-
• Paul , où le Dauphin donnait un bal, monta brus-
• quement à l'appartement du prince, et lui reprocha
• la dissolution dans laquelle il vivait. S'adressant « ensuite au seigneur de la Trémouille, il Taocabla
• d' invectives, Taccusant^'étre le conseiller et le mi-
l'officieb. — Mais une première licence n*en autorise pas une seconde.
JACQUEVILLE. — Nou ; c'ost la seconde qui va justifier la première.
l'officieb. — Je vais informer monseigneur...
JACQUEVILLE. — De par le roi, je vous ordonne de rester là. (// enfre des hommes ar^ mes. Jacfjueville en place un à la porte de ia chambre du prince.) Vous empêcherez qu'on n'entre dans cette pièce et qu'on n'en sorte, et particulièrement l'ofQcier que voilà.
{A un autre qu^il place à une seconde porte.) Vous, ici. [Il lui donne la consigne.)
LES MÊMES, LA REINE, LE DUC D'ORLÉANS, LE DUC DE BERRI, LE DUC DE BOURBON, LE COMTE D'ARMAGNAC, LA DEMOI- SELLE DE CASSINEL, pages, officiebs.
UN oFFiciEB, annonçant. — La reine!
LA REINE, à l'officier du prince. — Où est monsieur le Dauphin?
l'officieb du PBiHCE. — Madame il est retiré dans son appartement, et couché sans doute.
(On se présente pour sortir de la chambre du Dauphin ; la sentinelle en empêche.)
LA BEiKB. — Qu'on laisse entrer.
UN SECOND OFFICIEB DU PBiNCB, entrant, — Madame, monseigneur, qui est malade et couché, m'a ordonné de lui rendre compte de ce qui se passait dans cette pièce, où il a entendu du bruit.
LA HEINE. — Dites-lui que c'est sa mère qui vient avec ses oncles lui faire une visite.
LE PBfcMIEB OFFICIBB DU PRINCE. — J'ai CU
rhonneur de dire à la reine {*) que le prince est incommodé et couché.
« nistre de ces indécentes orgies. Le Dauphin , indi- « gné, tira sa dague, et s'élança sur Jacqueville pour • Ten percer. Alors les soldats de ce dernier se jetè- « rent sur la Trémouille , qu'ils auraient massacré, si <t le duc de Bourgogne, qui survint, ne lui eût sauvé « la vie. » (Tableau historique et pittoresque de Paris, t. II, p. dS.)
Jacqueville était de la faction de Bourgogne. Je le suppose ici dans les intérêts de la cour, pour avoir occasion de placer une anecdote caractéristique.
(*) A cette époque, on ne donnait point encore à la
LE MARGUILLIER DE SAINT-ELSTACHE
tA REîNE. — Je ne veux pas qu'il se dérange; j'irai dans un moment lui faire ma visite dans sa chambre. [A Jacqueviile.) Toutes les issues de son appartement sont bien gardées?
jACQUbviLLB. — Oui, madame.
L4 BEiNE. — Les issues du Lou\Te sont-elles bien fermées?
jACQCEviLLP. -^Oui, madame.
LA BBiNE. — Tout est-il prêt pour les emprisonnements ordonnés?
JACQUEVILLR. — Ouî, madame; sauf la vérification de la liste que le sire de Boisbourdon s'est chargé de vous présenter.
{Il sort,)