‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 111 sur 478 · CHAPITRE Xni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xni

Le connétable se réunit aux Guises. — La crainte d'ê-

(I) Anquetil, liv. I,p, 9«.

(7) idem^ p. 100.

ÉBAUCHE HlOTORiQUE

tre recherché pour ses concussions le réunit àm princes lorrains. — Us s'adjoignent un autre concussionnaire, le maréchal de Saint-André. — Le prince de Condé obligé de ployer devant le triumvirat. — On dissout ses troupes par un édit qui défend les assemblées de protestants.

Quelle cause détermina cette bassesse? Examinez les choses; elles vousrép3ndront mieux que les écrivains du temps.

Le connétable avait été le persécuteiu* des protestants; il avait saisi de sa main Dubourg et Dufour stu* les bancs du parlement : qu'avait-il à espérer de la régence du roi de Navarre qui était prolestant, et de l'influence de la reine mère qui inclinait vers les Bourbons et vers la doctrine des protestants, leurs aflidés?

Il avait de profonds ressentiments contre les Guises ; mais, se réimissant avec eux , il partageait les bénéfices de l'anarchie, et trouvait des dédonunagements qui convenaient fort à sa cupidité.

D ailleurs, on avait attaqué les Guises pour les dilapidations des finances pendant le court règne de François 11 : n'était-il pas plus que probable que les attaques remonteraient bientôt au règne de Henri H , et par conséquent aux abus dont le connétable avait profité, et dont il avait été Tauteiu* ?

Et en effet, les députés de Paris aux états généraux s'étant réunis en assemblée particulière pour délibérer sur les propositions qui seraient portées à la seconde session des états, prorogée au mois de mai^ il fut arrêté qu'on y proposerait de faire rendre compte des gratifications excessives accordées par les derniers rois non-seulement aux Guises, mais aussi à la duchesse de Valentinois^ au maréchal de Saint- André, et à toutes les sangsues de la cour. C'était tout ensemble menacer le connétable et son fils, marié avec une fille de la duchesse, accuser son administration et ruiner sa fa mille : il fallait donc qu'il se réunit aux Guises pour éviter la honte et le dommage qui le menaçaient; heureux de pouvoir masquer des motifs peu honorables par une apparence de zèle pour la religion catholique et d'aversion pour les protestants!

Uanimadversion publique nommait entre les dilapidateurs et les concussionnaires du temps de Henri II le maréchal de SaintrAndré, homme dr plaisir, pour qni Henri If avait une aini-

DES GUERRES DE COUR

tié d enfance^ et célèbre par ses profusions et son avidité. Il s'était^ ainsi que la duchesse de Valentinois^ gorgé de confiscations qu ils faisaient prononcer contre les calvinistes.

Le connétable Anne de Montmorency , le duc François de Guise, se groupèrent donc devant leurs accusateurs avec Jacques d'Âlbon, maréchal de Saint-André y pour former une opposition intestine à la cour et au conseil , sous la protection de Philippe II, roi d'Espagne; et avec le concours de son ambassadeur. Le public voulut bien donner à cette opposition, odieusement anarchique, le nom de triumvirat. C'est de cette réunion de trois concussionnaires que devait sortir la Ligue.

Dès lors^ deux partis bien distincts se déclarèrent hautement dans PÉtat: celui des triumvirs avec les catholiques^ celui des mécontents avec les réformés. La régente était entre ces deux partis ; elle conservait une apparence d'autorité par le soin qu'elle prenait de les concilier^ par le désir qu'elle montrait de les satisfaire. Elle inclinait pour le prince de Ck)ndé^ mais la position du triumvirat donnait trop d'avantage à ses ennemis; il fallut négocier pour lui.

La question, quand le triumvmit se forma, consistait à savoir si les ti'ois personnages qui le composaient devaient être éloignés du gouvernement comme concussionnaires, et si les Bourbons les remplaceraient. Depuis Tusurpation des triumvirs, la question est de savoir ce qu'on fera du parti protestant qui fournit des troupes au prince de Gondé ; s'il pourra- lui en fournir çncore, ou si on l'en empêchera. ' On colore des deux parts les intérêts de sa faction de prétextes religieux; on stipule en plénipotentiaires du catholicisme et du calvinisme pour la cupidité menacée sur ses trésors, et pour l'avidité envieuse qui voulait en amasser à son tour.

A la suite de longues négociations et de fréquentes consultations avec le parlement, parut un édit, au mois de juillet 1561. Cette loi interdit aux calvinistes toutes assemblées publiques et particulières, même sans armes; les évêques connaîtront du crime d'hérésie, et ne pourront prononcer une peine plus grave que le bannissement ; la peine de mort est prononcée contre les prédicateurs catholiques qui

se permettront des qualifications injurieuses ou séditieuses contre les calvinistes.

Les calvinistes gagnèrent à cet édit l'abolition de la peine de mort cx>ntre Thérésie prouvée ; mais l'interdicton des assemblées niinajt les espérances du prince de Condé. Aussi était-ce le triomphe des Guises. François de Guise dit en sortant du parlement : Pour soutenir cet an été, mon épée ne tiendra jam(U* au fourreau.

\j& prince de Condé était aussi mécontent que le duc de Guise était glorieux de son succès, n était inévitable que le premier fovorisAt sourdement des infractions à la loi. Cependant redit fut suivi de raccommodements de cour qu'on osait appeler réconciliations. Le prince de Condé et le duc de Guise s'embrassèrent, mangèrent ensemble, et, la haine dans le cœur, se jurèrent une amitié étemelle (1).

Bientôt les protestants du parti de Condé osèrent plus qu'auparavant ; des rixes s'élevèrent entre eux et les catholiques, des violences furent exercées des deux parts.

' Il devait arriver tout naturellement, quand la guerre fut allumée entre les grands dits catholiques et les grands dits protestants, quand il y eut deux armées, deux généraux, non pour l'intérêt du catholicisme ou du protestantisme, mais pour l'intérêt de leur grandew, qu'il y eût aussi plus de troubles entre les catholiques et les protestants vrais, que les rites se multipliassent, que les disputes, les injures devinssent plus sérieuses, plus meurtrières ; les bancs des églises, les pupitres et les lutrins durent en souffrir beaucoup , et les images, ainsi que les reliques, en éprouver de notables dommages. Toutefois, les prédications, les incitations de l'orgueil théologique , ne furent pas cause de grands ravages. Les capitaines du prince de Condé furent bien autrement influents dans les désordres attribués au fanatisme. Dès 1560, les calvinistes eurent des capitaines autorisés par le prince, avec drapeaux, munitions, solde, discipUne, et tout l'appareU de troupes réglées. Peu après la conspiration d'Amboise, Maugiron dans le Dauphiné, Montbrun dans le Comtat , et plusieurs autres, prirent des villes, ruinèrent le pays plat.

(1) Anquetil , liv. I, p. 109.

iiO

ÉBAUCHE HISTORIQUE

. Les états ^généraux , convoqués à Pontoise au commencement de l'année i56i, se rendirent ensuite à Saint-Germain^ où le roi fit Fouverture de la session.

Le déchfdnement Tut extrême contre le clergé de la part de la noblesse et du tiers-état. Un cri général s'éleva contre les richesses de l'Église et contre leur mauvais usage. Le clergé offrit^ pour apaiser ces rumeurs, le premier don gra* tuit qu'il ait payé.

Le colloque de Poissy se tint au mois d'août de la même année. Le 9 septembre , le roi s'y rendit. Le chancelier fit l'ouverture. Toujours homme d'État, toujours judicieux , il insinua que les catholiques devaient se relâcher sur quelques articles pour ramener les calvinistes, ce qui indigna les évoques.

Marie Stuart, devenue inutile aux Guises^ retourna en Ecosse.

Les historiens sont fort embarrassés pour décrire Tétat des affaires à la fin de i561 et au commencement de Tannée suivante; ils croient voir le fanatisme des sectes contrevenir par un miouvement spontané aux conditions de Pédit^ et ils ne remarquent pas de part et d'autre les chefs de la faction et leurs capitaines permettant^ excitant les infractions^ échauffant, irritant les partisans des deux cultes , parce qu'ils trouvaient utile de les tenir en haleine^ et de les accoutumer à des attaques et à des rencontres qui leur préparaient des soldats pour des combats plus décisifs. Dans ces circonstances , le chancelier de THÔpital suggéra à Catherine de demander à tous les, parlements des députés qui lui aidassent à faire un autre édit. Ils furent assemblés à Saint-Germain (1).

Le chancelier circonscrivit leur délibération dans ces termes :

a Est-il avantageux au royaume de permettre ou de défendre les assemblées des calvinistes?

a Supposant même la religion des calvinistes mauvaise^ est-ce une raison de la proscrire? ne peutron être bon sujet du roi sans être catholique, même chrétien?

a Nous sommes ici, dit-il aux magistrats^ non pour établir la foi , mais pour régler l'État. »

Les. questions de THApital , traduites selon

(I) DeThou, liv. XXIX. — Davila, liv. H. — Pasq., liv. IV, lettre xiii.

l'intention qui les faisait proposer, pourraient se présenter ainsi : La liberté du cahinisme fera-t^ile cesser ou non les motifs qui déterminent un grand nombre de calvinistes à se ranger sous les drapeaux de la faction de Condé?

De la discussion parlementaire sortit un édit nouveau^ qui fut célèbre sous le nom d^édit de janvier 1562.

Les calvinistes s^étaient emparés à force ouverte de quelques égUses : l'édit ordonne qu'elles seront rendues et regarnies des croix y images et reliques enlevées. Ils s'étaient opposés à la levée des dîmes et autres revenus de 1* Église catholique : il leur fut défendu d'y mettre obstacle. L'édit leur enjoint^ de plus, de garder les jours de fête et d'observer la police extérieure du culte catholique ; il leur interdit enfin de marier ensemble des parents au degré prohibé.

Mais ce ne sera plus un crime d'être hors de la religion catholique ; la loi permet aux calvinistes l'exercice de leur religion ; ils pourront s'assembler hors des villes et sans armes : les magistrats veilleront à ce qu'ils ne soient ni troublés ni injuriés. Ils ne pourvoiront pas par des tributs aux frais de leur culte, mais par des contributions volontaires. Les ministres ne se permettront ni injures ni invectives, ni contre les prêtres ni contre les cérémonies catholiques; ils s'interdiront les prédications ambulantes et hors de leurs églises; ils rece\Tont dans leur église le magistrat qui pourra s'y présenter; enfin, ils ne tiendront de consistoire, ou assemblée générale des ministres , qu'avec la permission de la cour.

Toutes ces concessions sont provisoires, et en attendant la décision du conseil général.

Le chancelier de l'Hôpital, dont les conseils avaient autorisé Catherine, était un homme droit et éclairé; mais il regardait les excès des protestants et des catholiques comme des effets naturels d'un conflit d'opinions religieuses et des progrès de la secte nouvelle dans l'esprit des peuples ; tandis que c'était le produit des influences exercées par des grands, ennemis les uns des autres, et par leurs affidés, à l'effet de grossir et d'exciter leur parti.

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