CHAPITRE XIV
Les Guises feignent de se retirer, par mécontentement de l'cdit de tolérance ; ce n'était qu^une feinte C4)n-
DES GUERRES DE COUR
venue avec le connétable él Saint-André. — Le duc de Guise, dans son voya^, (ait attaquer les protestants par des armes catholiques, pour pousser tous les catholiques contre Catherine et Condé. -- Massacre de Vassy, ou plutôt soulèvement des catholiques contre la reine et Condé.
. Les Guises voient avec un profond mécontentement ce qu'ils regardent conune le triomphe de Ck>ndé et de la régente. C'en était du moins la préparation. Pour sortir de cette hu miliation^ ils ont recours à ime insigne per* fidie.
Ils déclarent que l'édit de janvier est la perte de l'État et de la religion^ qu'ils ne veulent pas être témoins des catastrophes que cette funeste loi prépare , et qu'ils se retirent. . Ils se rendent en efTet en Lorraine; mais ils laissent à la cour deux confidents^ deux complices de leur dessein y qui aideront à faire rentrer le duc de Guise triomphant à Paris. Ces complices sont le connétable de Montmorency et le maréchal de Saint-André. Deux autres agents déclament hautement, impudemment contre la loi réprouvée: ces agents sont le légat du pape et l'ambassadeur d'Espagne.
Les Guises s'assurent de la bonne volonté du duc de Lorraine, négocient avec les princes allemands, les détournent d'envoyer des troupes aux réformés.
Catherine cependant gouverne paisiblement. De bonnes lois, de sages règlements signalent sa confiance en son digne chancelier. Les Bourbons, dégagés de toute inquiétude, se divers tissent, oublient les affaires ; leurs amis, leurs ennemis s'oublient eux-mêmes dans des liaisons de galanterie, dans les fêtes, dans les voluptés qui en sont les suites ordinaires. Le roi de Navarre rêve aux espérances que l'Espagne lui donne de la restitution de son royaume. Pendant ce temps-là le prêtre italien crie ; l'ambassadeur espagnol répand l'or et les menaces, intimide et corrompt; Saint-André tracasse; et le vieux connétable, devenu sournois et sombre attend pour devenir féroce, de brutal qu'il était, le signal qui' sera donné par son nouvel ami, qui naguère était son spoliateur.
Bientôt on apprend que le duc de Guise est en route pour revenir à Paris. On apprend, quelques jours après, que, chemin faisant, il a fondu à Vassy sur douze ou quinze cents protestants réunis dans une église; que cinquante
ont été tués et deux cents blessés. La reine s'émeut , toute la cour s'agite ; on se demande pourquoi, comment est arrivé cet événement.' On se récrie ; on accuse le duc ; on attend avec impatience son arrivée; on le voit d'avance rentrer prisonnier dans Paris -, on prévoit son jugement, sa condamnation, son supplice.
Enfin il est aux portes de la capitale, et l'on est stupéfait d'apprendre que le connétable de Montmorency et son mar.échal de Saint-André sont là pour le recevoir avec les honneurs du triomphe. On entend proclamer la victoire du catholicisme sur l'hérésie; une victoire où il n'y avait point de guerre ! On appelle victoire l'assassinat de cinquante malheureux désarmés et priant Dieu, par quatre ou cinq cents estafiers d'un méchant prince étranger! Montmorency et son suivant ont fait de ce crime l'affaire du gouvernement auquel ils ont part : c'est, disent-ils, sa volonté; c'est sa gloire, ce sont les prémices de ses futurs exploits (i).