‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 116 sur 478 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Situation des partis après la bataille de Dreux. — Guise tué à Oriéans ; SaintrAndré, à Dreux. — Restent Montmorency et Condé; ils sont prisonniers chacun du parti opposé. — Négociation. — Ils se prêtent à conciliation pour avoir leur liberté^ mais les motifs de dissension subsistent.

A la mort du duc de Guise finit le triumvirat. Le seul des triumvirs qui subsistât encore, le vieux connétable, était prisonnier à Orléans. Le roi de Navarre, chef légal du conseil de régence, n'existait plus. Le parti de ^opposition était aussi sans chef, le prince de Condé se trouvant prisonnier de la cour. La régente était la seule personne en qui résidât Fautorité. Heureusement ses qualités personnelles convenaient parfaitement à l'exercice d'un pouvonr de régence, qui est temporiseur et médiateur par essence.

La fortune avait rendu à son autorité , pour laquelle on a accusé sa finesse et sa ruse d'avoir tant travaillé, sa légitime indépendance : elle avait fait plus , elle avait favorisé ses bonnes intentions en mettant entre ses mains le chef du parti qu'elle avwt à combattre contre son gré.

Elle donna sa cour pour prison au prince de Condé : sa femme était avec lui. La régente les fêtait, les caressait tous deux ; elle ne négligeait rien pour que la princesse de Condé disposât son mari à la paix. Cette princesse était nièce du connétable de Montmorency : la régente l'envoya près de lui à Orléans, espérant qu'elle fléchirait son opiniâtreté.

A force de sollicitations et de négociations , Catherine obtint des deux chefs qu'ils se relâcheraient de leurs prétentions.

Le duc de Montmorency ne voulait sou£Bnr près de la régente aucune mfluence opposée à ses opinions, à ses sentiments, à ses habitudes, aux intérêts de ses protégés. Tout ce qui pouvait altérer l'identité qu'il voulait établir entre le roi , la régente et lui , le Wessait ; il se sen-

DES GUERRES DE COUR

tait incapable d'exercer une autorité flexible , intdligente y et Tinstinct des esprits bornés les porte au pouvoir absolu. L'aspect du prince de Condé près de Catherine et du jeune roi, ayant Toreille de Tune et de Pautre^ lui était insupportable. Tel était le fond de son ftme. Mais il fallait un voile à ce bas instinct; en conséquence^ Fantipathie envieuse du courtisan , antipathie déguisée sous l'apparence d'une patriotique aversion pour le culte protestant, ne ae déclarait que sous cette formule^ qu'// ne fani ^'ftn cuiie dans l'État, parce qu*à l'aide de ces paroles il écartait les afHdés du prince de Condé. n regardait l'interdiction de leur culte comme un obstacle à leur ralliement^ et à ces assemblées où le prince pouvait faire une espèce de revue de sa clientèle. H n'en voulait pas au cuhe , mais au patronage qui en tirait parti.

De son côté, le prince de Condé ne voulait abandonner ni les villes dont il était en possession , ni une clientèle à la tète de laquelle se trouvaient des personnages aussi éminents par la nûssance, les emplois ^ les talents, et surtout le caractère , que les Colignys; il tenait à conserver un patronage qui, sous des apparences de désintéressement honorable, cachait Fambition des pouvcMrs et des richesses dont sa flâisoD était privée, sa jalousie pour les Guises et les Montmorencys, sentiments dont ce prince répugnait à faire Faveu.

Le fond de la question était toujours dans la diflik'ence dlntéréts entre le connétable et le prince de Condé. Ils étaient inconciliables et irréconciliables à cet égard. Mais l'un et l'autre étaient dominés par un besoin commun , celui de leur liberté, qui était un préliminaire au conflit de toute autre prétention , et à un nouveau combat pour tout autre intérêt.

Pour l'obtenir, il fut convenu que Condé garderait ses villes, mais qu'il n'aurait, pour rexercice do culte qu'il iH*otégeait, qu'une ville de chaque bailliage ressortissant au parlement, au lieu de ta France entière que T^t de janvier accordait pour l'exercice libre et général de ce cttlte« Cette restriction était nécessaire pour laisser au connétaUe l'espérance de voir plus tard son parti, qui était voué au culte catholique, regagner l'exclusif.

n ne convenait pas aux chefs du parti religieux de négocier franchement sur leurs inté-

rêts personnels, et d'échanger des paroles véridiques; il ne convenait pas plus à l'autorité royale d^ntervenir comme médiatrice entre des liommes qui se disputaient des avantages acquis sur elle. En conséquence , on suivit la forme adoptée : on rédigea un édit qui parut le 49 mars 1563 à Amboise , et qui , pour sauver la majesté royale et masquer Hnsolence des partis , évita de prononcer entre l'ambition de Montmorency et celle de Condé, et prononça entre les catholiques et les protestants.

L'erreur de croire aux guerres de religion est fort appuyée sur les édits de pacification , qui ne montrent jamais que les calvinistes en opposition avec les catholiques : prenons donc une idée bien nette de celui-ci, en nous en rappelant les antécédents.

Le parti calviniste ne faisait pas h guerre. Les ministres prêchaient; les désœuvrés, les femmes, écoutaient, suivaient, croyaient, criaient, s*étourdissaient et étourdissaient leurs parents, leurs amis, leurs voisins; quelques huguenots insultaient des catholiques, s'introduisaient même dans les églises pour en prendre possession : voilà la secte.

Les catholiques opposaient prédications et déclamations furibondes aux prédications et déclamations des intrus; l'autorité venait au secours des plus forts et des plus nombreux , qui étaient les catholiques; elle persécutait, écartelait, brûlait les sectaii'es : alors se déclarèrent en faveur de ceux-ci des hommes tels que les Colignys, Lanoue, gens fort indifférents aux dogmes, mais dont l'âme généreuse s'indignait de voir opprimer la liberté de conscience ; ils se soulevèrent contre les cruautés d'une tyrannie sanguinaire; ces hommes réunis avec les sectaires qui croyaient croire, voilà le parti.

Quant^à Tannée, c'étaient les reîtres et les lansquenets qui la composaient, et avec eux des troupes de gentilshommes qui voulaient bien faire, pendant un temps déterminé et pour l'ordinaire fort court, une espèce de service de vassaux près des grands qu'ils s'honoraient de servir ; c'étaient les dévoués des princes de la maison de Bourbon, des Colignys, des Turenne, des Longueville, des Robau, etc.; et dans ces troupes féodales les catholiques, circonstance remarquable, étaient mêlés avec les protestants.

Les troupes extraordinaires qui, dans ces

ÉBAUCHE HISTORIQUE

guerres , étaient ajoutées aux troupes royales soldées depuis François l^^ étaient composées de la même manière que celles des protestants; c'étaient des soldats suisses ou espagnols, et les vassaux vcriontaires des Guises et des Montmorencys^ qui composaient la tête de la cavalerie.

Encore une fois les sectes^ les cultes catholique et réformé ne se battaient pas; ils ne fournissaient même pas de soldats aux armées des grands^ qui se battaient^ disaientrils» pour leur cause^ dans la vérité, pour leur intérêt personnel. Ils leur donnaient des vivres, ils leur offraient au besoin des retraites, des places de sûreté; ils les accueillaient, ils les favorisaient; mais ils ne marchaient pas avec leurs troupes, ils n'en faisaient point partie; en un mot, ils ne faisaient pas la guerre.

Peut-on reconnaître le caractère de guerre de religion et de fanatisme, à celles où les religionnaires et les prétendus fanatiques des deux parts laissent à des mercenaires étrangers ou à des don Quicbottes volontaires le soin de leurs querelles? Étranges fanatiques!

En conséquence du traité, le connétable ^ le prince de Condé furent mis en liberté. Les troupes du prince évacuèrent Orléans et Lyon, et la régente y mit garnison.

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