CHAPITRE in
U reine négocie la paix. - On foit une trêve, pendant laquelle les Français des deux parUs se rapprochent et s^embraMent. - les négociaUons sont rompues — Bataille de Dreux. ^
calhoUques et ûe protesUmis^ ont beaucoup contribué à faire prendre le change sur les motifs des guerres du seizième siècle, sur les causes qui les ont rendues si cruelles, sur les actes publics qui ont qualifié les partis. Les protestants, c'était le mot qui désignait l'armée de Condé ; les catholiques, c'était le mot qui désignait l'armée royale, ou celle de Guise. Ainsi, quand on parle des excès d'une troupe d'uo parti, c'est le nom d'une secte religieuse qui en porte le reproihe ; et par cette raison c'est le fanatisme de cette secte qu'on en accuse. Quand le parlement veut arrêter les ravages de l'armée de Condé, il fait poursuivre les prolestants, pour ménager le nom de Condé. Voilà ce qu'il faut bien se mettre en léte pour entendre et les arréU, et les cdits, et les traités , et les historiens , même de Thou, qui s'est servi de mots de convention au lieu des mots propres, et auxquels s'ajustent les faiU qu'il rapporte lui-même aVec tant de franchise et de dignité, (t) Davila, livreur^ p. 114.
Catherine attend le prince de Condé avec de
nouvelles propositions. Elle consent à Pcxer-
cice public du calvinisme partout où il a été
élabK depuis Pédit de janvier, excepté dans
Pans, Lyon, les résidences descoiu^ souve-
rames et les villes frontières. Condé veut Fexer-
Cîce libre au moins dans les faubourgs de ces
naêmes villes, et dans les lieux circonvoisins
chez les barons, châtelains et autres gentilshommes.
Pour ces négociations on était convenu d^une
trêve. Remarquons, avec Lanoue, ce qui se
passa entre les troupes respectives durant ce
temps de repos, a On voyait, dit-il, sept ou
a huit cents gentilshommes de côté et d'autre
a deviser ensemble, aucuns s'entre -saluer,
« d'autres s'entre-embrasser; de telle façon
a que les reftres du prince de Condé, qui igno-
a raient nos coutumes, entraient en soupçon
<r d'être trompés et trahis, et s'en plaignirent
<c aux supérieurs. » Ces reîtres étaient de fort
bon sens de ne pas croire qu'ils venaient se
battre pour une religion contre une antre,
quand Us voyaient ces haanières élégantes de
gentilshonmies, cette politesse de nobles guer-
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riers, dans des hommes* en qui ils supposaient la rage du fanatisme et des averaons furieuses. Quelle apparence, en effet, d'une guerre religieuse entre ces combattants ^ qui ne sont en présence qu^en vertu de la foi jurée et de leur dévouement à un chef (pi'ils afTectionnent? Qu^e q>parence d'animosité religieuse entre ces reltres et les Suisses soudoyés pour servir des querelles étrangères? Et si la France était aussi divisée, aussi exaspérée qu'on le suppose par les opniions religieuses, comment fallait4l des troupes étrangères pour vider ses différents? comment s'en mêlait-elle si peu? et comment laissait-elle à des mercenaires étrangers le soin de faire triompher une cause sacrée, et de servir les plus intimes intérêts de leur conscience?
Les négociations rompues, le prince de Condé s'éloigne de Paris; il va en Normandie au-devant d'un secours d'argent qu'Elisabeth lui envoyait d'Angleterre. L'armée de la cour le suit, et l'atteint près de Dreux.
Là, on se bat sept heures avec des ahemalives de succès et de revers.
Enfin, les troupes du prince de Condé ploient et perdent le champ de bataille. Le maréchal de Saint-André est tué, le connétable prisonnier des confédérés, le prince de Ck)ndé prisonnier de l'ai mée de la cour.
Le duc de Guise , comblé par la fortune , achève la défaite des confédérés; il complète sa victoire, il s'en assure tout Thonneur; il n'en parlait jamais à la suite sans dh*e : « Ma bataille, ma victoire, d U traita nobleofient son prisonnier : Condé et lui couchèrent ensemble, ce que n'auraient pas fait deux prêtres ou deux théologiens de différent culte; et le prince de Condé rapporte que le duc de Guise dormit profondément toute la nuit, tant il se sentait peu d'horreur pour l'hérétique qu'il avait vaincu.
Guise court à Orléans pour en faire le siège. Il est tué d'un coup de pistolet. Fût-ce un malheur de guerre, ou un assassinat? Fût-ce un meurtre commandé par l'amiral Coligny, chef de l'armée d'Orléans, ou commis par un officier agissant de son propre mouvement, et croyant user du droit de la guerre? Cette question , souvent discutée, semble avoir été jugée contre Coligny par le P. Griffet, critique sa- \yant et judicieux. Il resta dans l'esprit des
ÉBAUCHE HfâTORIQUE
princes lorrains que le meurtre avait été coah mis par ordre de Coligny. Le duc de Guise laissa un fils âgé de onze ans, qui devint célèbre à jamais par la Saint-Barthékmy, où il vengea son père, ensuite par les barricades, et enfin par l'assassinat qui termina sa vie.