CHAPITRE X
Assemblée des notables anDoncée pour le commencement de 1066 à Moulins. — Paix de Moulins. — I^ reine se sert de cette solennité pour opérer un rapprochement entre la maison de Lorraine et les €k>lignys d*abord , et ensuite entre elle et les Montmorencys ; les querelles se pallient ; les mécontents se concentrent et ne se dissipent point.
La cour revint à Blois au commencement de l'hiver. Toutes les affaires qui se présentèrent furent renvoyées à rassemblée convoquée à Moulins pour le commencement de l'année
Ce n'était point une assemblée il'états géné-
(I) Anquetil , liv. I, p. 227.
ÉBAUCHE HISTORIQUE
raux > mais de notables insignes. Elle fut corn* posée des princes du sang, de beaucoup de cardlnaut, d*évéques, des chevaliers de Top» dre, des seigneurs les plus considérables et des chefs de tous les parlements. Le jeune roi dit à Fassemblée qu*il avait parcouru son royaume pour receveur les plaintes de ses sujets, connidtre les désordres, et y remédier. Il invita rassemblée à concourir avec lui à ce but. Le chancelier de l'Hôpital proposa en conséquence le fameux édit de Moulins, qui règle «ne multitude de cas jusque-là indécis. Quant aux querelles religieuses qui partageaient le royaume, il n'en fut question que pour confirmer en général les édits donnés à ce sujet , et pour recommander la paix ; nouvelle et solennelle preuve de l'opinion généralement établie en France, que les deux religions pouvaient y exister ensemble, et que, par elles- marnes, elles n'étaient nullement causes de guerre civile.
Catherine voulut que la réunion de ces notables servît à rapprocher les esprits, dont elle avait à craindre de nouvelles dissensions; car c'était dans les partis de la cour et non dans les deux cultes opposés, c'était dans Tâme des grands et non dans celle des croyants des deux sectes, qu'étaient les ferments de guen'e. Elle pouvait raisonnablement espérer que l'autorité d'une grande assemblée de notables opérerait un rapprochement, en faisant agir sur chacun la raison de tous, en rattachant les individus à une masse considérable, en unissant ceux à qui un rapprochement immédiat était impossible, par des tiers agréables à chacun d'eux; en mettant les intérêts personnels et les animosités particulières en présence d'une assemblée qui représentait l'intérêt public, en les soumettant aux lois de l'honneur, au besoin de considération. L'intention de la reine était noble, judicieuse et éclairée.
H faut se rappeler ici que quand François de Guise fut assassiné, on accusa l'amiral d'avoir commandé le meurti'e (1). A la paix d'Amboise, le prince de Condé jura que l'amiral éjtait innocent, et se donna pour garant de son innocence; mais la veuve de François de Guise, Anne d'Est, et Antoinette, de Bourbon, mère du duc.
(1) Anquetil , liv. I,p. 230.
allèrent néanmoins au Louvre demander justice au roi; elles étaient couvertes de cr^, suivies de leurs femmes en deuil, de leurs parents, de leurs amis. Le roi permit de porter l'affaire au parlement, mais après trois années révolues, pendant lesquelles il ordonnait le silence. Les trois années étaient écoulées, et n'avaient point affaibli les ressentiments de la famille de Guise; la reine se flattait d'éviter par un raccommodement solennel l'éclat d'une procédure qui n'avait été éloignée que pour parvenir à ce louable but. La solennité projetée pouvait remplir son attente, a On convmt qu'après le serment fait par l'amiral qu'il n'était ni auteur ni complice du meurtre, la veuve et le cardinal de Lorraine diraient qu'ils le croyaient innocent, qu'on s'embrasserait, et qu'on promettrait de ne plus garder aucun ressentiment. Les choses se passèrent selon la convention; mais Henri, fils aine du défunt, trop jeune pour contredire, fit pourtant remarquer qu'il ne priait aucune part à la cérémonie (i].x>
Le duc de Montmorency, fils du connétable et gouverneur de Paris, avait aussi une querelle à terminer avec le cardinal de Lorraine. Celui-ci, à son retour de Trente, sous prétexte que les ennemis de son frère étaient aussi les siens, avait obtenu la permission de prendre des gardes. Près de rentrer dans Paris, il grossit si^garde d'une nombreuse escorte de parents et d'amis, tous armés, avec laquelle il comptait entrer dans la capitale d'une manière triomphante. Montmorency, en sa qualité de gouverneur, marche à sa rencontre , lui fait dire par des hoquetons de renvoyer sa troupe. Le cardinal ne tient compte de l'avertissement. Quelques coups de feu sont tirés de part et d'autre; quelques hommes des deux côtés sont étendus sur le pavé. Le cardinal descend de cheval, se jette dans une boutique, et de maison en maison gagne la sienne pendant la nuit. Dans l'explication qui eut lieu après l'avanie , le prélat assura que , s*il n'avait pas montré l'ordre du roi qui l'autorisait à avoir des gardes, ce n'était point par mépris pour le gouverneur ; et le gouverneur assura qu'il n'avait agi comme il avait fait que pour remplir
(1) Mémoires de Condé, t. II et IV; Vie de CoUgny, liv. IV.
DË6 GUERRES DE COUR
son devoir^ et sans intention d'offenser monsieur le cardinal : ils s'embrassèrent^ et se promirent amitié.
Catherine avait fait tout ce qui lui était possible contre les passions et contre les intrigues, en les mettant toutes en présence dans une grande assemblée de notables. Les grandes assemblées sont le refuge des intentions droites contre l'intrigue^ contre les malveillances cachées^ contre les ambitions hypocrites; elles sont aussi ht sûreté de la force et de la véritable habileté^ contre l'adresse insidieuse et les manœuvres souterraines. Mais il y a des temps où les meilleurs moyens échouent. DansTanarchie^ il n'en est aucun dont le succès soit certain ; il n'y a de sûr contre elle que le temps qui Fuse. Catherine fit des raccommodements, point de réconciliation.