CHAPITRE XL
Éléments d\iiie noavdle guerre. — hù prince de Condé , lee princes lorrains , les Montmorencys , les Colignys, voulaient tous exercer le pouvoir du roi, àg^ de seize ans. — L'esprit de vengeance de Henri de Guise, Tanimadversion de son oncle, revenu du concile , celle du duc d'Aumale , se font sentir contre les Golignys. — Ceux-ci se voient menacés ; ils ont besoin de la guerre ; les protestants, tranquilles dans leur liberté, ne leur offrent point de oon* cours; ils arborent la révolte politique.
C'est le sort d'une régence de ne pouvoir fixer les ambitions^ parce qu'une régence n'est qu^une autorité temporaire et de courte durée , et qu'un jeune roi 9 d'autres idées et d'autres affections qu^une vieille reine; parce que y aussi^ la régence d^une femme est' d'ordinaire le partage d*une princesse étrangère : c'était là ce qu'on voyait en France. Gagner du temps par des transactions, éviter les usurpations qui menaçaient le pouvoir royal Je remettre entier au prince lorsqu'il serait en âge de gouverner^ c'est tout ce que pouvait faire la régente.
Catherine gagna peu à la réunion de Moulins; le cardinal de Lorraine^ le connétable de Montmorency et son fils le duc de Damville^ Ie~ prince de Condé > les trois Golignys^ voulaient tous l'exercice d'un pouvoir que le roi y âgé alors de seize ans, n'exerçait pas encore, et qu'ils ne pouvaient s'habftuer à voir
dans les mains d'une Florentine «otrée dans la famille royale par une mésalliance.
Le prince de Condé, qui avait oublié son parti dans les délices de Valéri, terre qu'il tenait de la maréchale de Saint-André , n'avait pas oublié la promesse que Catherine lui avait fait^ de hi lieutenance générale du royame, comme l'avait eue son frère ; et Catherine avait prudemment répondu qu'elle la destinait au due d'Anjou , le jeune frère du roi , dont elle opposa les titres à plusieurs ambitions suspectes ou à des prétentions excessives, telle qite eelle du connétable Anne de Montmorency, qui sollicitait la survivance de sa charge pour son fils. Avec un lieutenant général, disaii^Ue^ une survivance de connétable est inutile.
Le jeune Henri de Guise n'avait pas renoncéi^ comme sa mère, comme son aïeul, et son on-* cle le cardinal de Lorraine, à venger la mort de son père sur l'amiral de Coligny. Les Golignys ne se voyaient aucune garantie contre, cette famille. Le retour du cardinal , le caractère du duc d'Aumale son frère, l'esprit de ven* geance qui s'annonçait dans le jeune Henri de Guise leur neveu, la rendaient redoutable. Le raccommodement de Moulins était si peu une réconciUation avec les Guises, qu'après la séparation des notables, le duc d'Aumale appela l'amiral en combat singulier en présence de la reine; et les Golignys se plaignirent que les Lorrains voulaient les faire assassiner e^ empoisonner (I).
La position desColignys les força de recommencer la guerre. De tous les grands qui jusque-là Tavaient faite, ils étaient les seuls de qui l'on pût croire qu'un peu d'affection sincère pour le calvinisme entrât dans leurs motifs. C'étaient les seuls esprits capables d'examiner les nouvelles doctrines, et les seuls caractères à qui il fût possible d'aimer une discipline plus sévère dans l'Église, plus de simplicité dans le dogme , plus d'accord entre les nouveaux rites d'une part , et les intérêts politiques et les bonnes habitudes de la vie privée de l'autre. Mais , pour croire qu'ils ne fussent portés à la guerre que par les intérêts de la réforme, il faudrait ne pas leur en voir de personnels et de plus pressants; et pour que la;
(1) Anquetil , liv. h p. 230.
lie
religion parût être leur motif unique ou principal, il faudrait ne pas la voir employée par eux comme moyen de succès pour des intérêts différents^ ainsi qu^elle va Tôtre.
Nous avons dit qu'à la conclusion du traité d'Amboise, Dandelot, l'esprit le phis méditatif de la famille, avait près de lui ^ à Orléans^ Calvin et Théodore de Bèze; ces deux cheCs de la secte recevaient de lui les instructions et les directions dont ils avaient besoin pour assurer la marche de leur Église. On peut conjecturer celles qui leur furent données après le traité d'Amboise^ en observant la révolution qui se déclara dans le clergé protestant en 1566 et 1567^ et surtout après le traité de Moulins. Les calvinistes affectèrent alors un rigorisme extrême dans leurs mœurs ; ils étaient déchaînés contre la galanterie, ils faisaient pendre les adultères (i). Les Colignys trouvaient dans ce système un moyen de faire rougir le prince de Condé de ses faiblesses , de le faire revenir aux intérêts de son parti; et, en effet, ce fut sur les représentations réitérées des ministres, et pour rédification de son parti, que le prince de Condé, dont la vie était encore moins réglée depuis son veuvage que durant son union avec âéonore de Roye, prit la résolution de se remarier, et épousa la sœur du duc de Longueville (2).
Mais ce qui détermina surtout ce changement, fut que le gros des protestants , depuis qu'ils avaient des églises , ne voulait plus entendre parler de guerre , ni de contributions pour la guerre, ni de logements de gens de guerre , par la raison que la liberté de conscience suffisait à leur ambition, a L* amiral et les ministres de la religion protestante, dit Anquetil, se sentaient incapables de contre-balancer les vœux de tout le royaume pour la paix. » L'intérêt de la religion réfonnée ne concourant donc plus aux vues des Colignys , ils excitèrent, au nom de la morale et de la justice, une révolte contre les désordres de la cour; n'ayant plus à venger la violation de la liberté de conscience, ils excitèrent les esprits contre la licence effrénée des mœurs et contre tous les abus du gouvernement qui en étaient la suite , notamment contre l'arbitraire et Fex-
(1) Anquetiljliv. I, p. 233.
(2) Ibki.
ces des taxes qui pesaient sur le peuple. Aux controverses théologiques se mêlèrent les pamphlets de morale et de politique, les libelles, les satires personnelles, lespasquils, les placards séditieux. Tous les bons Français étaient appelés à la révolte, sans distinction de cuHe , contre les favoris qui dévoraient les revenus du trésor, contre les traitants italiens qui en retenaient ou en détournaient une grande partie. Les protestants du parti de Coligny ne s'en tinrent pas aux écrits; ils s'unirent par des confédérations et par des serments Depuis longtemps , la religion romaine entretenait des confréries (1) : les grands du parti catholique en avaient fait une qui fut découverte pendant le voyage du roi. La reine l'avait dissoute dans un conseil extraordinaire , et avait forcé les confédérés à la désavouer : le parti de Coligny ne s'en autorisa pas moins; il avait des rôles de recrues , des recettes établies, des routes tracées, des mots de ralliement, des signaux d'intelligence, des envoyés publics ou secrets dans les cours étrangères.