‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 126 sur 478 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Deuxième paix, 23 mars 15S8. — L*armée protestante dissoute et les chefs sans parti, par les concessions

DES GUERRES DE œUR.

trompeiises qu'on fait aux mccontents. — Mouvements sourds excités par la cour contre le parti. — Les princes lorrains s'emparent du jeune roi et de l'esprit de la reine. — L'Hôpital exilé. — Attaque au prince de Gondé pour le payement des reltres ; ordre de l'arrêter.

Le 23 mars 1568^ le roi promet par un édit Texécution de celui de janvier 1562. Il pardonne tout; il rend ses bonnes grâces aux confédérés.

Ils se séparent dans un morne silence. Les troupes allemandes sont congédiées, la cour se chaîne de les payer, en se réservant secrètement de récupérer cette avance sur le prince de Condé. Gondé et Famiral se retirent dans leurs ch&teaux. Tous les grands de leur parti font de même; ils se trouvent ainsi dispersés dans le royaume.

Et voilà ce qu'on appelle la deuxième paix de religion.

Le parti de Condé céda-t-il par confiance en ses forces, ou au contraire par un sentiment de faiblesse? Crut-il les promesses de la cour bien sincères et bien solides? La réponse ne me parait pas douteuse : si le prince de Condé et les Colignys se fussent sentis appuyés fortement, en déposant les armes ils eussent exigé quelques garanties. Il est probable que la folle entreprise d'enlever le roi ne parut au peuple protestant, comme aux catholiques, qu'un attentat de Tambition parfaitement étranger à tout intérêt public ou religieux. Dès lors les contributions pour payer les reltres devaient être fort difficiles à obtenir. Il faut donc regarder la dispersion de l'armée de Condé comme un acte de résignation et de prudence en même temps, parce qu'en la dispersant, ce prince se flattait d*ôter à la cour toute raison de révoquer ses concessions.

Il n'était plus temps pour le prince de Condé ni pour les Colignys de compter sur les bonnes intentions de la reine, ni même d'errer qu'elle leur saurait gré de leur résignation à ses volontés : la faction Tavait réduite à vouloir son extinction totale.

Dès que les reltres furent retirés, la reine permit aux prêtres catholiques les prédications séditieuses contre les protestants et contre la paix; ils avancèrent hautement qu'on ne doit pas garder la foi aux hérétiques, et qu'on fait son salut en les assassinant. Les prêtres caiho-

tiques n'étaient en cela ni les organes de leur religion ni ceux de la masse de catholiques qui composât le gros de la nation, ni même ceux d*un parti fanatique. Ils étaient les organes d'une cour ulcérée contre des courtisans en révolte (1). Par le mot d'hérétiques, on n'entendait pas les simples et francs calvinistes, mais les amis et les partisans du prince de Condé et des Colignys. Le poignard, le poison, le supplice lent du cachot, détruisaient ceux qu'on savait conseiver ou seulement avoir eu des liaisons avec le prince ou ses principaux affidés. Les écrivains de la faction prétendent qu'en trois mois plus de dix mille personnes périrent par ces moyens exécrables (2).

Le ressentiment de la reme et l'irritation du jeune roi, qui avait atteint sa dix-huitième année, se déclarèrent sans déguisement. Le chancelier de l'Hôpital fut exilé dans ses terres et dépouillé des sceaux; le cardinal de Lorraine devint l'âme de la reine et des conseils; la reine fit signer à la cour et aux gouvernements de province le serment de ne reconnaître que les ordres du roi, de ne prendre les armes que pour hii, de s'abstenir de toute entreprise qui n'aurait pas son aveu, comme si les lois n'imposaient pas ces devoirs, ou qu'on fût dispensé de l'obéissance aux lois.

Les manifestes, les plaintes, les récrimma- Uons se succédaient dans le parti des confédérés avec la même rapidité et les mêmes caractères que du cêté de la cour.

Bientôt elle agit contre le prince de Condé ; elle lui demanda le remboursement des cent mille écus avancés aux reltres pour les faire sortir du royaume; le roi déclara qu'il n'entendait pas que cet argent fût levé sur tous les calvinistes indistinctement, mais seulement sur les chefs qui s'étaient engagés envers les étrangers.

L'amiral accourut vers le prince de Condé, qui était alors dans son château de Noyers en Bourgogne; le reste du parti s'émeut, se rapproche, se groupe.

(1) La etiaire faisait alors la fonction que font aujourd'hui les galettes. Walter Scott a justement observé que les gazettes ont beaucoup réduit l'effet de la prédication.

(1) Anquetil , liv. I, p. 273.

TavanneS; commandant en Bourgogne^ reçoit l'ordre d'arrêter le prince à la fin d'août i568. Le prince est averti^ s'échappe de Noyers avec l'amiral^ sa femme, sa fille ainée^ d'autres enfants en bas àge^ l'épouse de Dandelot^ un enfant à la mamelle, des nourrices et d* autres femmes, partie à cheval, partie en litières, le tout escorté de cent dinquante hommes.

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