CHAPITRE m
Le prince de Condé et Goligny se réfugient à la Rochelle. — La troisième guerre éclate ; le duc d*Anjou généralissime et Tavannes, d*une part ; Condé, Goligny, de Tautre.— Bataille de Jarnac; Condé tué. — Jeanne d'Albret. — Son fils Henri , prince de Béam. — Le jeune prince de Condé. *
Les confédérés avaient conservé pour toute garantie plusieurs places et quelques troupes de garnison. La Rochelle était du nombre des places. Le prince de Condé et son cortège y arrivent le 18 septembre i568, malgré les difficultés d'un voyage nocturne, à travers des chemins détournés, passant la Loire à un gué jusqu'alors inconnu, et évitant les corps de cavalerie embusqués sur tous les passages.
Le cardinal de Ch&tiUon se sauve en Normandie, de là en Angleterre, déguisé en matelot.
La reine de Navarre se rend aussi à la Rochelle avec son fils et sa fille, munie d'argent et suivie de troupes. Soubise, Montmorency, le vidame de Chartres, Dandelot, Lanoue, Genlis, Mouy, d^Acier, Morvilliers, levèrent des soldats, chacun dans la province où il se trouvait.
La guerre commença ainsi, en 1568, de tous côtés et en même temps.
A cette époque, la politique de la reine, ses principes de tolérance, qu'elle n'avait pas qraint de manifester au pape, cédèrent à sa colère et à ses ressentiments, et à la ferme volonté de son fils. Elle vit dans le calvinisme, non plus la doctrine, mais la révolte de fait; elle s'autorisa de l'exemple de François?', son beau-père, et de Henri son mari, pour l'interdire, non comme doctrine dépravée, mais comme secte différente du culte général, envieuse, malheureuse, et qui, par son malaise et son mécon-
ÉBAUCHË HISTORIQUE
tentement, offrait toujours à l'ambition des grands la facilité et la tentation de se former un parti contre le gouvernement.
On vit paraître édits sur édits contre les religionnaires. L'édit de janvier 4562 est révoqué; l'exercice du calvinisme est interdit sous peine de mort. Les calvinistes sont dépouillés de leurs charges, et n'en pourront plus posséder. La persécution est imminente; les échafauds et les bûchers sont relevés. Ainsi la secte était frappée en haine de ses chefs, et la religion réformée fut menacée de payer pour l'ambition en révolte; tout cela était de la persécution à l'égard du culte où Condé trouvait des partisans : ce n'était nullement de la guerre de religion.
Pour rexécution des nouvelles lois, le duc d'Anjou est nommé généralissime d'une armée qui heureusement n'était pas encore sur pied, et ne pouvait y être de quelque temps.
Les chefs de la faction entament des négociations en Angleterre, en Allemagne, partout où ils espèrent (rouver des secours.
Ils amassent des vivres, des armes, des munitions; ils composent des manifestes et des apologies où, plus sages que l'année précédente, au lieu de supposer prisonnier le roi qui les désavoua et les chargea l'épée à la main, et d'attaquer la régente qui les avait toujours protégés, ils font tomber leurs reproches sur leur invariable et fougueux ennemi, le cardinal de Lorraine. L'amiral met en mer une petite flotte; il fait des armements en course, et trouve des ressourcés dans les prises faites sur les marchands flamands, sujets de TEspagne. La révocation des édits de tolérance, qui avaient rendu les protestants si indifférents aux entreprises du prince de Condé et des Colignys, fit accourir sous ses drapeaux des honmies qui jamais n'avaient pris les armes. Il se forma de petites armées dans plusieurs provinces du Midi. Le baron d'Acier leva jusqu'à vingt-cinq mille honmies dans le Languedoc et le Dauphiné. Ces troupes pillaient, dévastaient, incendiaient, massacraient indistinctement ce qui se rencontrait sur leur passage; elles s'acharnaient principalement sur le clergé; elles démolissaient les églises des monastères; mais toutes étaient conduites ou excitées par des gentilshonmies affidés au prince de Condé.
DES GUERRES DE COUR
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La soldatesque du parti catholique n'était ni plus humaine^ ni plus modérée.
Cette rage malfaisante n^avait rien de fanatique; c'était comme précédemment une picores, une espèce de chasse nécessaire pour subsister^ et en même temps une prouesse et un divertissement.
Les deux armées eurent l'air de se chercher vers Loudun. Le froid, qui était excessif^ les força de se retirer et d'attendre. Beaucoup de villes s'ouvrirent alors au parti du prince de Gondé; la voix publique le secondait si bien, qu'il s*enivra d'espérances chimériques; il affecta la puissance suprême et trancha du monarque; il fit des traités avec des princes souverains, fit frapper à son effigie une monnaie dont la légende était Louis XIII, roi de France; il reçut de l'Angleterre des canons, des hommes et de l'argent; et, des bords du Rhin, lui vint une nouvelle armée d'infanterie commandée par un prince de Bavière, duc de Deux- Ponts.
Les deux armées se remettent en campagne, et elles se battent sur les bords de la Charente, auprès de Jamac, le 13 mars 1569. Tavannes commandait l'armée royale sous les ordres du duc d'Anjou; il surprend le prince de Condé, qui n'avait qu'une faible troupe. Ce prince venait d'avoir la jambe cassée par accident; il chargea néanmoins l'ennemi ; il fut accablé par le nombre, et, au moment qu'il venait de se rendre sous la promesse de la vie, le capitaine des gardes du duc d'Anjou, Montesquiou, survint, qui lui cassa la tête d'un coup de pistolet par derrière.
Il mourut, ainsi que François de Guise, son nwJMUini iiiii, son émule de gloire, son adversaire, par mm espèce d'assassinat que les mœurs du temps, la gwie, la révolte, permettaient de regarder sans boneiir, et moins comme un crime que comme une méekificeté licite.
U s'était attiré cette guerre par celle qu'il avait faite injustement à la régente; mais la représaille de la régente, en s*étendant à tous les protestants qui étaient étrangers à l'injure dont elle se vengeait, et en abolissant la liberté de conscience, était encore plus injuste que les attaques dont elle avait été l'objet. Elle vengeait son offense particulière par une persécution générale, et c'était cette raison qui
avait concilié un si nombreux parti au prin(*t' de Condé. Les défenseurs de la liberté de conscience ne devaient pas manquer de protec^ teur et de chef. La reine de Navarre, princesse gui y dit d'Aubigné, n'avait de femme que le sexe, l'dme entière aux choses, viriles, i'espril puissant aux grandes affaires, le cœur invincible aux grandes adversités, met à la tête du parti le prince de Béarn son fils, et le fils atné du prince de Condé; elle les conduisit ellemême à l'armée commandée, à Cognac, par Dandelot : le prince de Béarn fut proclamé généralissime.
A cette époque, les partis belligérants avaient donc pour chefs sept adolescents, nourris dans 1^ passions et les ambitions qui avaient signalé leur père.
D'un cdté, c'était le roi, âgé de dix-neuf ans; son frère le duc d'Anjou, âgé de seize ans, qui, à Jamac, avait montré de la bravoure, s*était jeté dans la mêlée, et avait eu un cheval tué sous lui; il était, conmie nous l'avons dit, généralissime de l'armée royale; un troisième frère, le duc d'Alençon, qui jouera près du duc d'Anjou, devenu roi sous le nom de Henri 111 , le rôle de celui-ci à l'égard de Charles IX; enfin, Henri de Guise, ûgé de dixhuit ans, fils de François, tué par Poltrot, avec le duc de Mayenne, son frère puîné.
D'autre part, c'était le jeune roi de Navarre, qui devait être notre Henri IV, âgé de seize ans, et le jeune Henri de Bourbon, prince de Condé , fils aîné de Louis le petit homme tant joli, qui s'était battu avec honneur contre ce colosse de connétable de Montmorency. Le jeune prince de Condé avait quatorze ans.