ACTE n, SCÈNE I
hk BsiNB.— n vous disait peut-être. •• que... LB ROI, brusquement. — Par la mort-Dieu! l'amiral m^a dit de grandes vérités. Les r(MS ne se recomiaissent, m'a-Vil dit^ qu'à la puissance qu'ils ont de fûre du bien ou du mal à leurs sujets et, à leurs serviteurs; et la mienne s'est insensiblement écoulée entre les mains de ma mère et de mon frère. Votre superintendance, a-t-il ajouté , poun*a quelque jour m'être grandement préjudiciable et à tout mon royaume; je la dois tenir pour suspecte et y prendre garde; et il a voulu m'avertir, comme Tun de mes meilleurs et plus fidèles sujets et serviteurs, avant de mourir. Eh bien, mort-Dieu ! puisque vous Pavez voulu savoir, voilà ce que me disait l'amiral (*).
LA BEiNB. — Suffit-il d*accuser votre mère et votre frère pour leur faire perdre votre confiance et votre aflection? L*amiral est un calomniateur, à qui vous n'auriez pas dû prêter l'oreille.
us BOi. — Votre ami lui a donné le droit de parler sans ménagement, et sa situation le dispense de toute précaution.
LA BEiidB. — Notre ami !
LB Boi. — Oui, Guise, son assassin. Je veux qu'on l'arrête, pardieu! 11 sera fait justice de son crime (**) !
LA BEINB. — Guise, notro ami ! Guise son agfHwsin !
LB nnc d'anjou. — Il n'est ni l'un ni Pauire.
I.B Bou — n est Passas^. Pour votre ami, ii<Hi, il ne Test pas, vous avez raison; vous dites plus vrai que vous ne le croyez. {Élevant la twfx) Mais vous êtes les siens; vous servez ses desseins contre moi, contre ma couronne, croyant qu'il est utile à votre indépendance, à la rivalité que vous affectez avec moi , à l'ascendant que vous voulez prendre sur moi; mais, par la mort-Dieu! je mettrai fin à vos manèges.
hA RBiifB. — Jignorais qu'il fdt Passassin de Coligny, maispuisque vous le dites, je le crois ; et... (froidement) je l'apprends sans étonnement : Coligny a été Passassin de son père : Coligny devait périr comme François de Guise,
(*) La réponse du roi est extraite littéralemeot du dÎBOOors de Henri lU, XIII.
(••) Mémoires de Marguerite de Valois.
de la main d'un memtrier gagé, tel qu'était Pdtrot.
LB Boi. — Qui vous assure qu'il fut Passassin de François de Guise ?
LB DUC d'an jou. — Il s'en est faiblement défendu; il convient d'avoir donné à Poltrot le cheval sur lequel il s'est enfui (*).
LB BOi. — Les Lorrains avaient juré à Fontainebleau d'oublier le passé.
LÀ BBiNE. — Le duc, alors enfant, n'a rien juré; et tout le monde sait qu'U a promis depuis à sa famille de venger son père : il y était engagé par l'honneur et par le devoir.
LB BOi. — Eh bien I moi je jure, par l%onneur et par le devoir du roi de France, de le punir d^une façon dont toute la terre gardera la mémoire !
LA BBiNB. — n est bien jeune...
LB Boi. — n est audacieux, entreprenant, ambitieux.
LA BBINB. — Si ce coup est un crime, ce n'est pas l'ambition qui Pa fait commettre.
LB Boi. — Sacredieu! ce n'est pas Pambilion ! Abattre les têtes qui sont entre lui et moi, qui sont ma sûreté, ma défense!... Et vous ne voyez pas qu'il vous menace vousmêmes? car après moi, c'est vous, c'est mon successeur.
LA BEiMB. — Vous VOUS rappellerez, s'il vous plaît, ce que j'ai dit tout à l'heure à l'amiral lui-même, qu'il fallait arrêter ces complots à Porigine; qu'aujourd'hui c'était à Pamiral, que demain ce serait peutrêtre à moi... Vous m'avez entendue (**)? .
LB DUC d'anjou. — Oui, VOUS Bvoz dit ccIb en propres termes.
LE BOi. — Eh bien, cela est-il vrai pour vous et faux pour moi?
LA BBiif R. — Cela n'est juste ni pour vous
O Voyez, dans les observations du père Grifiet sur Phistoire du père Daniel , celle qui regarde Pamiral de Coligny et le meurtre de François, duc de Guise, devant Orléans.
(••) Selon de Thou, VU, elle dit ces paroles au roi de Navane et au prince de Condé quand ils vinrent se plaindre au roi du coup porté à Tamiral, et elle a dit à peu près la même chose à Pamhral, suivant le discours de Hcori III, IX. Suivant les Mémoires de Vesiat de la France, la reine dit à Coligny : « Combien que je ne sois qu'une femme , si suis-je d'avis qu*on y pourvoye de bonne heure. •
LA PROSCRIPTION DE LA SAINT-BARTOÉLEMY