ACTE V, SCÈNE V
TA VAN RIS. — Cela est entendu.
LB DUC DB 6UI8B. — Les colonels des tfoupes françaises et les commandants des Suisses des cantons catholiques seront au Louvre à minuit.
LA BBiNB. — ^inquiétude m^a fait descendre ici ; je voulais savoir si le roi étdt seul. Maintenant qu*il va se trouver en compagnie non suspecte^ je vous laisse rendre compte de vos dispositions; ces détails me causent une peine extrême^ je crains ma faiblesse. Seulement je vous recommande^ messieurs^ de prendre toutes les précautions nécessaires pour la sûreté du roi de Navarre, et pour que mafille^ que je viens d'envoyer coucher dans la chambre de son mari , ne se trouve pas dans le sang et le carnage (*).
jour. On vena plus loin comment les heures furent ehangées. Mémoires de Coligny, p. 420, et de Thou, XXXV et XXXIX.
(*) Les Mémoires de filarguerite racontent ce qui suit : • Le 23 au soir, étant au coucher de la royne ma mère, assise sur un coffre auprès de ma sœur de Lorraine, que je voyois fort triste, la reine ma mère, parlant à quelques uns, m'aperçut, et me dit que je m'en allasse coucher. Comme je foisois la révérence, ma sœur me prend par le bras et m'arrête, et, se prenant fort à pleurer, me dit : Mon Dieu, ma soeur, n'y aila pas! ce qui m*ef fraya extrêmement. La royne ma mère s'en aperçut, et, appelant ma sœur, se courrouça fort à elle, et lui deffendit de me rien dire, lia sœur lui dit qu'il n'y avoit point d'apparence de m'envoyer sacrifier comme cela; et que sans doute s'ils découvroient quelque chose, ils se vengeraient de mol, La royne ma mère répond que s'U plaisait à Dieuy je n'astrois point de mal; mais, quoi que cefust, il/ailoit que j'allasse, de peur de leur faire soupçonner quelque chose.
« Je voyois bien qu'ils se contestoient. et n*entcndois pas leurs paroles. Elle me commanda encore rudement que je m'en allasse coucher. Ma sœur, fondant en larmes, me dit bonsoir, sans m'oser dire autre chose ; et moi , je m'en allai toute transie et éperdue, sans me pouvoir imaginer ce que j'avois à craindre. Soudain que je fus dans mon cabinet, je me mis k prier Dieu qu'il lui plût me prendre en sa protection , et qu'il me gardât, sans savoir de quoy ni de qui. Sur cela le roy mon mary, qui s'étoit mis au lit, me manda que je m'en allasse (vinsse) coucher : ce que je fis. Et trouvai son lit entouré de trente ou quarante huguenots que je ne connoissois point encore, car il y avoit fort peu de temps que j'étois mariée. Toute la nuit ils ne firent que parler de l'accident (la blessure) advenu à M. l'admirai, se resolvans, dès qu'il seroit jour, de de-
TAVANNES. — Soyez assurée^ madame, que le capitaine des gardes Nancey veillera à leur sûreté (*).
LB DUC DB GuisB. — Pour épargner un tel spectacle à la reine Marguerite, Nancey ordonnera de faire successivement Tappel des gentilshommes du roi de Navarre; on les fera descendre l'un après l'autre, sans bruit, dans la cour, et là seulement ils seront poignardés (**).
LA BBINB. — Quelle boucherie !
TATAhNBs. — Bfadame, n'oubliez pas qu'il s'agit de sauver vos fils et vous-même !
(La reine mère et le due d* Anjou sortent.)