SUIVIE D'UNE NOTICE NOUVELLE SUR LA VIE DE HENRI III
AVANT-PROPOS
Dire que la religion n^a été que le prétexte des guerres intestines du seizième siècle^ ou que la religion n'est entrée pour rien dans les motifs de ces guerres, c'est dire exactement la même chose.
Cependant des critiques m'a$$uren| que la première de ces propositions est un lieu commun, et la seconde un paradoxe. Dans votre ébauche des guerres des grands, me diton , vous n'avez fait que répéter ce que tout le monde a dit; quand vous assurez, m'ajoutat-on, que la religion n^a pas été la cause de ces guerres, vous avancez un paradoxe insou* tenable.
• Quoique ces reproches ne s*accoi*dent guère^ je suis obligé de convenir que je les mérite tous deux; mon ouvrage est tout ensemble paradoxe et lieu commun.
Lieu commun, quand j'accuse l'ambition des grands, leurs passions, leur corruption ; car tous les historiens ont réellement indiqué ces maladies comme causes des guerres du seizième siècle. Paradoxe, quand je me refuse à accuser le fanatisme, les prêtres, l'aveugle* ment populaire, des crimes dont j'ai accusé les grands; quand je suis conséquent et suivi, quand je suis un, précis, positif, et que je m'élève contre la contradiction des écrivains qui, après avoir indiqué l'ambition des grands comme motif des guerres civiles, vouent le fanatisme à l'exécration générale par une accusation directe et véhémente, répandent leur . éloquence fulminante sur les excès du zèle religieux, mettent sur son compte des atrocités qui sont manifestement imputables aux seuls factieux de la cour, et laissent ceux-ci dans l'oubli et dans l'impunité. C'est une vérité d'expérience, qu'après avoir lu nos modernes historiens sur les guerres de religion, le lecteur ne sait à qui s'en prendre, ni sur qui arrêter son indignation^ et reste
dans une pénible perplexité. C'est parce que j'ai voulu en sortir, que j'ai étudié l'histoire de ces temps dans les sources; et c'est pour en tirer Itô autres, que je publie le résultat de mes études. Oui, à l'égard de nos historiens, je suis paradoxal; car mon système est l'opposé, non du sens commun, mais du contre-sens qui leur est commun à tous. Mon précédent écrit (l)'et la dissertation qui suit réunissent donc deux caractères jusqu'ici tenus pour incompatibles; et j'espère que cette singularité sera assez curieuse pour m'attirer un certain nombre de lecteurs.
Quelques personnes m'ont adressé une critique plus sérieuse : c'est qu'il est dangereux d'affaiblir l'horreur du fanatisme. Je sens la cavité de cette obs^vaticm, mais je ne puis me relâcher de mon respect pour la vérité et la justice. L'histoire doit sans doute livrer les monstres qu'elle rencontre à l'animadversion universelle ; mais elle n'a pas le droit d'en créer ni d'en placer où il n'y en a pas. Où en serions-nous si l'historien arrangeait les faits en haine d'un parti odieux? Serait-il assuré, en le chargeant d'inculpations imméritées, de ne pas épargner des coupables beaucoup plus dangereux ? Si l'on pouvait arranger les faits historiques pour condanmer ou absoudre à volonté des catégories politiques, je demanderais sur qui, des grands d'une cour profondément vicieuse, ou de prêtres fanatiques, il serait aujourd'hui le plus utile de provoquer l'exécration générale? On pourrait être embarrassé pour le choix. La solution de la difficulté, c'est de marcher droit vers la justice et la vérité, et c'est ce que j'ai fait.
(1) Voir ci-dessus, pag. 97 et saivantes, V Ébauche hist0rique des premières guerres de cour, ou guerres des grands, improprement appelées guerres de religion dans le seizième siècle. (Note de l'Éditeur.)