‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 211 sur 478 · CHAPITRE XVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVn

Le roi de Navarre et le prince de Gondé, instruits de la guerre qui les menace, prennent des places en Guyenne. — I^ roi invite les états à leur envoyer des députés pour appuyer ses menaces. — Les états se refusent à toute démarche offensante pour le roi de Navarre.

Cependant ceux de la religion prétendue réformée, informés des intentions du roi^ ne perdent pas de temps pour se mettre en état de résister. Le 28 décembre, on apprend qu'ils se sont emparés, dans la Guyenne, de plusieurs villes, places et châteaux ; les états font à ce sujet une députation au roi. Le roi répond qu'il a pourvu à ce qu'il fallait; cependant il déclare qu'il serait bon que les députés choi-

sissent quelques-uns d'entre eux pour les envoyer en qualité d'ambassadeurs vers le roi de Navarre, le prince de Condéet le maréchal de Damville ; sans dire à quelles fins, observe Bodin.

Il voulait que les états envoyassent aux princes une espèce de manifeste au nom de la nation , leur fissent d'altières sonunations, leur déclarassent une guerre à outrance, s'ils ne se soumettaient pas à la clôture de leurs temples et à la proscription de leurs ministres; et par ce moyen il espérait s'assurer de la concession de subsides mesurés à la violence de sa démarche. Ces subsides obtenus, il prenait la voie des négociations avec le roi de Navarre; il rejetait sur les états l'odieux de sa déclaration > faisait la paix, et pouvait appliquer à ses profusions les fonds mis à sa disposition pour la guerre. Cette combinaison d'une cour besoin gueuse et avide se manifeste dans tous les détails qui suivent la proposition du roi.

Sur sa réponse, chacun des trois ordres nomme douze commissaires pour délibérer sur les instructions qu^il serait convenable de donner aux ambassadeurs proposés; on les nomme même, à la charge qu'ils déclareront en pleine assemblée l'objet de leur légation. La chambre du clergé, sur le rapport de ces douze commissaires, se hâte d'envoyer un projet d'instructions aux deux autres ordres. Le clergé, comme déraison, les avait remplies de paroles aigres et piquantes; ce sont les expressions de Bodin. Les envoyés du clergé avaient laissé, à Pappui des instructions, un cahier beaucoup plus ample, d'où elles étaient extraite». Le tiers état se les fait lire, et les trouve pleines de paroles dénonciatives de la guerre, et obligatoires aux frais de la guerre. Alors la majorité, qui avait voté pour l'abolition du culte protestant, se désunit; et une partie se joignant à ceux qui n'avaient voulu consentir que la conversion par voies douces et raisonnables, l'assemblée fait noter en interligne les endroits piquants et contumélieux, et entend qu'ils soient retranchés. Cette décision eut lieu le 2 janvier 1577. Communiquée le même jour aux deux autres ordres, les instructions sont rapportées le lendemain 3. Le clergé et la noblesse y avaient fait quelques-unes des corrections indiquées, mab pas toutes. Le tiers état, retrouvant encore phb

DISSERTATION SUR LES GUERRES

sieurs paroles piquantes qu'il avait avisé de rayer, et observant de nouveau que de telles paroles étaient dénonciatives de la guerre et obligatoires aux frais d'icelle , persista à vouloir de nouvelles corrections. Alors Tévêque de Bazas, député du clergé pour la communication dont il s'agit y confessa que messieurs du clergé n'étaient point les promoteurs de cette légation ; aiims le roi^ qui voulait qub

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