CHAPITRE XVin
Le roi persiste à vouloir la guerre. — Il se rend aux états généraux pour recevoir les requêtes qu'il a suggérées. — L'orateur du tiers état, gagné par la cour, trahit le vœu de rassemblée dont il était Torgane.
Cette résolution à la guerre, cette affectation de fanatisme et d*humeur belliqueuse, n'avancent rien. Les trois ordres travaillent journellement à leur cahier. Ils passent en revue toutes les parties de l'économie sociale ; ils marquent les abus du sceau de leiu* réprobation ; ils indiquent les lacunes à remplir dans la législation, les changements, les améliora-
tions à faire dans plusieurs parties. La noblesse était particidièrement occupée d'un règlement de haute importance pour l'état militaire, la discipline, la police, le payement de la gendarmerie et de l'infanterie ; le tiers état était occupéà l'examen de l'administration de la justice. On parlait par intervalle de finances , mais pour attaquer les abus; le tiers état avait mis le doigt sur ime des plaies des finances : les constitutions arbitraires de rentes, les dons déguisés sous ce titre, les uns sans qu'il fût entré un denier du capital dans les coffres du roi, les autres pour une somme très-modique, n demandait qu'on en flt la recherche. Le roi était dans une vive impatience. Le il, il n'y tint pas. n envoie son ami de Villequier au tiers état. Villequier fcUt entendre à l'assena blée que le roi trouvait étrange qu^on s^occupât à des disputes frivoles et inutiles (telles que la justice, la discipline militaire, les rentes simulées), et qu'on ne touchât point ad peikcipal,
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subvenir à ses urgentes affaires^ exhortatU qu'on eût à y pourvoir et à y donner ordre (i). Le lendemain iâ, le roi indique une séance royale pour le jeudi suivant 17. C'était là que devaiait lui être solennellement adressées la harangue du clergé, pour laquelle Catherine de Médicis avait pratiqué l'archevêque de Lyon ; la harangue de la noblesse, rédigée par la reine pour le baron de Sennecey et corrigée de la main du roi; et la harangue de Versoris, dont le zèle pour la cour n'était pas douteux. Le clergé et la noblesse invitent le tiers état à former une commission des trois états pour aviser aux finances; et cette commission a lieu. Le roi y fait faire des ouvertiu^s; le 16, la veille de la séance royale, le comte de Suze vient à l'assemblée du tiers état, reprocher, de la part du roi, la lenteur que l'on met à la rédaction des cahiers, et se plaindre des insinuations des députés, qui soutenaient n'avoir chaîne de fournir moyens au roi. Le roi fait dire que les cahiers, donnant charge de demander l'unité de religion, comprenaient la déte^ mination de la guerre, et par conséquent prescrivaient de donner les moyens de la faire [%-
(1) Journal de Bodin.
(2) Bodin.
DITES DE RELIGION
Hémari^ président de Bordeaux, présidait ce jour-là Fassemblée. D répondit an comte de Suze qu'on ne demandait pas la réunion par les annes^ mais eellê qui se pouvait faire par conciles et par réformation et abus. On ne voulait pas la réunion à tout prix; on la voulait sans guerre et sans impôt : c'est ce que la cour ne voulait pas entendre.
Le roi ne souffrait pas autour de lui le moindre désir de la paix; il fallait que tout fût possédé du démon de la guerre , car sans la guerre point de subside. Le moment où il se persuadait que les orateurs des trois ordres allaient y suivant leur promesse^ la soufBer dans la nation contre les protestants , était arrivé. Catherine de Médicis ayant laissé échapper^ en parlant à YiHequier, le regret d'avoir conseillé la fatale déclaration, le roi sn fiche contre elle à ce sujet dans un conseil tenu le lendemain (1)^ et charge ensuite Villequier deJ'apais^.
Enfin^ arrive le jour de la séance royale , le 17 janvier. Le roi s'y rendit en habit de fantaisie, a vêtu non d'un manteau grand et royal, « mais d'un petit manteau de drap d*or^ avec « un pourpoint et des chausses de même; le « tout si riche, qu'on disait qu'il y avait quor « ire mille aunes de passement sur le tout (2). x>
Il n'est pas inutile de dire ici que le tiers état^ assemblé deux jours auparavant pour entendre la lecture des prin^cipaux points de la hanmgue de Versoris^ avait arrêté quil en ajouterait quatre. Le premier, que la réunion demandée devût se faire par moyen doux et »ans guerre. Sans guerre! le mot était poignant pour la cour. Il fut rq>été à Versoris qu*il n^oubliât ces mots : sans guerre ^ et de tendre à la paix par toutes voies. Le second point regardait les bénéfices consistoriaux , à Pélection desquels on voulait que le roi n'eût aucune part; le troisième, les abus des finances; le quatrième, Péloignement des étrangers admis aux emplois publics. La recommandation ffûte à Versoris manifestait toujours plus Pesprit de tolérance de la majorité des votants des trois ordres , et devenait un commentaire très-modéré de ce qu'il y avait de violent dans l'arrêté de la majorité dérisoire des gouvernements.
(1) Joamal de NcTore.
(2) Dctaix.
Versoris ne remplit point dans sa harangue, ou ne remplit qu'imparfaitement, le vœu de l'ordre au nom duquel il parlait. Il insista fortement sur le besoin de la réunion des cultes ; peu ou point sur la manière de l'opérer telle que l'entendaient les états.
La réponse du roi fut très-succincte. Elle se borna à témoigner la satisfaction qu'il ressentit de la requête tendante à ce qu'il voulût réunir tous ses sujets à la religion catholique et romaine.
Une grande rumeur s'élève le lendemain dans l'assemblée du tiers état ciMitre Versoris (1). Cinq départements protestent contre son discours; et, quelques joiu^s après, quand on fit la lecture générale du cahier qui contenait l'arrêté des gouvernements, une nouvelle altercation s'éleva entre lui et ceux qui lui reprochaient l'omission remarquée dans sa harangue. Un député l'accusa formellement de n'avoir pas dit au roi , malgré Tordre qu'il en avait reçu, et malgré le texte même de l'arrêté compris dans le cahier, que la réunion devait s'opérer par douces et saintes voies. Versoris soutient qu'il l'avait dit. Un autre député démentit Versoris; alors le prévAt des marchands de Paris, député aussi, met la main sur son collègue, lui disant qu'il le mènerait au roi; mais le lieutenant général de Limoges Vempécha par paroles hautes et piquantes. L'assemblée jette de grands cris (2) ; le président s'évade par l'huis (la porte) de derrière, craignant une émeute et des violences, et ne revient que quand le bruit a cessé. Le débat finit sans que l'article de la religion qui y avait donné lieu fût corrigé, parce qu'un député modérateur mit en avant une autre affaire (3).