‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 214 sur 478 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Le roi affecte de méoonnaitre le vœu des états; eu confléquenoe il demande Targent Décessaire pour foire la guerre. — Refus des états. — Le roi insiste à deux reprises. — Nouveaux refus.

Le roi, toujours décidé à se montrer con-

(1) DeThott dit que Versoris ne répondit point à ee qu'on attendait de lui.

(2) Bodin, Collection des états généraux , t. XJII, p. 262.

(3) Jdem,

DISSERTATION SUR LES GUERRES

vaiocu que la majorité voulait à tout prix l'unité de religion ; que vouloir une seule religion et vouloir la guerre, et vouloir établir de nouveaux subsides^ étaient volontés identiques et indivisibles 9 pressa l'impôt en honune qui se croyait sûr de son fait. Une compagnie de spéculateurs avait conçu le plan d'une subvention unique, du produit de 15 millions, payable par feux^ dont la plus forte taxe serait de 50 fï*. et la plus faible de douze deniers : le roi s'en était entiché. Il le recommande à l'attention de plusieurs députés. Le i4^ le tiers état, sans discuter le projet de subvention unique ^ décide de donner avis au roi de lever^ par forme d*emprunt^ telle somme qui serait déterminée par les états, sur les financiers et partisans.

Mais le roi envoie, le 26, vers les trois états, le duc de Montpensier, le prince dauphin d'Auvergne fils du duc de Montpensier), le cardinal de Bourbon, leducdeCossé, Morvilliersetleduc de Nevers, le fidèle narrateur de tous ces faits, pour notifier à quoi se montent les sommes qu'exige l'exécution du projet de réunir tous les Français au culte catholique.

Le prince dauphin ne voulut point se trouver aux états. Le chancelier exposa les besoins du royaume, déclara les volontés du roi. Il demandait que rassemblée avisât le moyen de faire fonds selon le projet de la subvention unique, et lui fournir en deniers comptant deux millions pour fournir aux frais de la guerre qui se présentait. Le cardinal de Bourbon leur fit ensuite une petite exhortation, et leui' remontra qu*aider le roi en une si sainte résolution n'était pas moins le devoir d'un bon chrétien que celui d'un fidèle sujet.

Le roi était dans une parfaite assurance du succès. Il croyait déjà tenir l'argent promis eux favoris, puisqu'il l'avait demandé pour la religion et pour la guerre contre les hérétiques.

Dans sa joie, il recommence à porter des pendants d'oreilles, ce qu'il n'avait pas fait, dit Nevers, depuis plusieurs mois ; c'est-à dire que ce jour-là le roi quitte je deuil qu'il portait depuis plusieurs mois, le deuil de ses finances épuisées, le deuil que partageait la cour entière, étant privée de l'aliment nécessaire à ses folies : ce jour-là, était revenue la douce attente de nouveaux fonds à gaspiller; ce jourlà, le roi rentrait dans la royauté, à laquelle il

avait si tristement dérogé en s'oocupant de ses aflaires, et il annonçait, par sa parure, qu'il était rendu aux douceurs de l'anaitié, dont il avait souffert la trop longue privation (I).

Ce vertige ne fut pas long.

Le lendemain 28, le tiers état décide qu'on représentera au roi , au sujet de ToctnH de quinze millions, que les députés ne sont autorisés à aucune oflGre ;

Et l'on fait une lecture générale des* cahiers.

Le roi ne peut croire à ce refus. Sans doute on ne l'aura pas entendu ! Il ne craint pas de se compromettre par une insistance. D met en avant son frère, qui, le 31 janvier, accompagné des ducs de Mayenne, du Maine, de Nevers et de Morvilliers, vient répéter que le roi demande deux millions comptant, et l'ocfaroi de quinze autres.

Le tiers état répond de nouveau que les provinces n'ont donné charge à leurs députés de faire aucune offre. Le prince n'admet point cette réponse : il invite à délibérer de nouveau sur sa demande, et se retire.

On délibère de nouveau, et Pon persiste.

Le roi témoigne le lendemain un grand mécontentement au président du tiers état. U n^ a que des ennemis du trône qui puissent refuser l'argent nécessaire pour la guerre sainte. Pourquoi il conunande d'aviser derechef touchant les deux miUions que Sa Majesté demandait pour six mois, et l'octroi des quinze millions, et de ne chercher excuse dans les procurations.

Le jour suivant, nouvelle délibération sur la

(1) Qui ne regarderait Ti^necdote écrite par le duc de Nevers, sous la date du 27 janvier, concernant les pendants d*oreilles, comme un trait de satire, si son journal tout entier n'était la preuve de son dévouement aveugle aux opinions du roi ? Il est de son avis envers et contre tous. Il ne se contente pas de pousser à la guerre contre les huguenots ; il offre au roi deux millions sur la forêt de Senonches, le fonds de dix mille écus de rentes qu*il possédait en Flandre, et encore d'autres terres engagées, il est vrai, poor quatre millions, mais qu*ii s'empressera de retirer, pour le bailler à quelque prince allemand qui amènerait en France six mille lansquenets. Ceci rappelle que le duc de Nevers, fils du duc de Mantoue, n'était pas Français. C'est de la meilleure foi du monde qu'il consigne dans son journal un fait qu'il regarde comme le signe de la satisfaction qui renaissait dans le cœur du roi.

DITES DE FIELIGION.

demande des deux millions pour six mois, et de Toctroi annuel de quinze. Les députés de Paris remuent ciel et terre pour les faire accorder : ils craignaient la suspension des rentes de l'hôtel de ville. L'assemblée persiste; les députés de Paris se tiennent enfin pour battus; ils ne reparaissent que rarement aux assemblées ; et y api*ès avoir flatté les espérances du roi par une majorité factice et illusoire^ ils finissent par éprouver que les décrets obtenus ou surpris, moyennant quelques voix artificieusement et faiblement décidées, ne tiennent point contre Tassentiment général, et n'ont ni stabilité ni vertu.

Mézeray dit à ce sujet : « Le roi demandait deux millions d'or pour les frais de la guerre, et les favoris firent jouer tous les ressorts imaginables pour avoir celte gorge chaude. »

11 avait dit un peu plus haut (Abrégé chron., p. 1125) : «Le roi, afin d'avoir des garants enf vers le public de la guerre qui s'allait comf mencer, désira prendre par écrit l'avis des f plus grands seigneurs et de ses principaux f conseillers. Ils conclurent tous qu'elle était « juste et nécessaire : non pas peut-être qu'ils «le crussent ainsi, mais parce qu'ils pen- 0 saient que c'était son désir de la faire, ou du « moins d'en feindre renvie, q/ln de tirer de « l'argent des états, o

Deux jours après, les cahiers sont signés. Ils comprennent quatre cents articles ; ils embrassent toutes les branches de l'organisation sociale; ils attestent, par les développements qu'ils ajoutent aux cahiers de 1560, que la civilisation faisait chaque jour de nouveaux progrès; que des lumières vives et sûres et des sentiments généraux s'étendaient progressivement dans la nation.

On décide que les cahiers seront présentés au roi par le président du tiers état, accompagné d'un député de chaque département.

Dans l'étrange lutte qui était engagée entre le roi et les états, le roi n'eut pas assez de jugement pour reconnaître que plus il montrait le désir de la guerre, plus on était obstiné à lui refuser les subsides; et il croyait être bien habile en s'obstinant à la résolution de faire la guerre pour forcer à les lui accorder : l)évue facile à expliquer, par cette fausse idée qu'il y a un art de gouverner les peuples contre leurs intérêts.

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