‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 225 sur 478 · LES MÊMES, LA REINE DE NAVARRE, MONSIEUR · texte numérisé non relu

LES MÊMES, LA REINE DE NAVARRE, MONSIEUR

LA BEiNB MÈBB. — Vous arrivcz bicu à point, mes enfants, pour la cérémonie.

MOKSiEUB, lui baisant la main. — Nous descendons de voiture ; à peine avons-nous eu le temps de nous habiller.

(La reine de Navarre baise aussi la main à sa mère,)

LA BBiRB MBBE. — Vous étcs vcuus ensemble?

LA BEINE DE NAVABRB. — EUSCmUe.

MONSIEUR. — Nous sommcs partis hier soir d'Olainville, et nous avons marché toute la nuit (*).

LA REINE DE NAVARBE. — Jc VOUS ramèUC

un fils bien soumis à vos volontés ainsi qu'à celles du roi, et bien revenu de son inclination pour les huguenots.

LA BBiNB MàBE. — C'cst foTt uéccssaire à tous. Ma chère Marguerite , vous avez fait là une excellente chose... Si vous étiez arrivée dix heures plus t5t , vous auriez pu nous ren-

(*) Od lit dans M. de Thou : « Le duc d'Aleoçon vint à Paris le 9 novembre 1576, tint sur les fonts de baptême Tenfant du duc de Nevers, puis 8*en retourna avec la reine de Navarre, sa saur bien-(Umée, trouver le roi à Olainville, d'où ils vinrent à Blois, où les étals étaient convoqués au 7b. »

dre im autre service du même genre. Le roi vient d'envoyer le duc de Montpensier en ambassade vers votre mari y pour l'engager à se rendre aux états , où il apprendra quel est le sentiment général en France concernant Thérésie, et ce qu'il a de mieux à faire en conséquence.

LA BBINE DB NAVABRE. UUC femme CSt-

elle bien propre à convertir im mari?

LA BKiNB utfB. — Vous avcz si bien converti votre frère !

LA HEINE DB NAVARBB. — Uu mari nc ressemble... à rien.

L4 BBINB MÈBE^ à Mousieur. — n faut que vous soyez bien au courant de ce qui se passe ici , afin de vous conformer exactement aux désirs du roi votre frère. Apprenez en gros le principal. Inquiet de la popularité du duc de Guise , jaloux de la confiance que lui témoignent les catholiques^ le roi vient de se mettre à la tête des associations catholiques qui se font chaque jour (') ; il s'en est déclaré chef, pour empêcher le duc de Guise de l'être. Il se peut aussi qu'il soit bien aise de trouver l'occasion de vous compromettre avec le parti huguenot^ par un commandement qui vous interdirait tout retour vers eux, et vous les aliénerait pour jamais. Enfin, il veut qu'il soit dit qu*il n'en fait qu'à sa tète : depuis quelque temps il prend à tâche de me contrarier; dans la circonstance présente, il m*a durement fermé la bouche et m'a presque traitée de huguenote. Ajoutons l'influence des favoris qu*il a près de lui à Blois. Ce sont Quélus^ Maugiron, Saint-Mégrin, et Saint-Luc. Ils sont du conseil du cabinet, et du conseil bien plus intime de la chambre. Ils sont criblés de dettes. Trois surtout sont insatiables; Saint-Luc mérite une exception (**). Poiu' nous, nous n'avons pas de quoi payer nos gens et pourvoir aux plus pressants besoins : nous manquons de tout. Le roi veut é re excité à la guerre

(*) Le roi signa, le 12, un acte d'association avec les fidèles zélés catholiques contre les huguenots. Le texte de cet acte se trouve dans la collection des états généraux, t. XIII. Déjà une association catholique s^était formée en Picardie, sous l'influence du parti de Guise. Ce fut le commencement de la Ligue. M. de Thou rap* porte le texte de l'acte d'association de Picardie.

(**) Voir la note r, à la suite du premier ^te.

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LE BUDGET DE HENRI ÏU

pour avoir de Fargent, mais ne veut pas la faire. Je crois que voilà l'objet de la convocation des états, et la clef de tout ce qui se passera (*).

MONSiEUB. — C'est une fâcheuse extrémité que de recourir à une assemblée d'états généraux.

L4 RBiKB HBBB. — Pbs d'autrc moycu d'avoir de Targent.

monsieur. — L*hôtel de ville?

LA beinb mbrb. — Ignorez-vous l'esclandre de l'an passé , pour quelque deux cent mille méchants écus d'or que le roi eut la bonté d'aller leur demander en personne, et qu'il ne put obtenir?

MONSIEUR. — Ne pouvait-on envoyer un bon édit au parlement pour autoriser un emprunt?

LA RBiNB MBBB. — Lo parlement! Les misérables^ pour refuser il y a six mois un édit d'emprunt, eurent l'insolente adresse d'ouvrir au roi leur propre bourse; ils vendirent leur petite vaisselle pour lui en donner le prix; ils imposèrent les avocats, les procureurs môme, les firent contribuer pour cent mille livres.

MONSIEUR. — Imposer les avocats, les procureurs ! c'est grêler sur le persil !

LA BEINB MBBE. — Dites sur le tambour, sur la cloche du beffroi. Aussi entendit-on un terrible roulement et un affreux tocsin. Mais il avait fallu en venir là pour payer les reitres, qui ne voulaient point sortir de France sans être payés.

MONSIEUR. — (k>mment ne peut-il s'aider de son crédit personnel?

LA. BEINB MÀBB. — Sou Crédit pcrsoniiel ! il l'a perdu sans ressource, depuis que dans le mois de mai il s'est avisé de mettre la main sur l'argent destiné à payer un quartier de rentes aux rentiers de Paris.

MONsiBUB. — Sans doute un besoin urgent servait d'excuse à cette mesure?

LA REINE MBBB. U avait bcsoiu de cet argent pour aller, avec la reine , en pèlerinage à Notre-Dame de Chartres, dans l'espérance d'avoir des enfants [**), et ensuite prendre des bains de mer à Dieppe.

MONSIBUB. - £h bien , comment la reine s*est-elle trouvée de ce voyage?

(«) Voir la note D, à la suite du premier acte. (**) Voir la note E, h la suite du premier acte.

LA BBiNB MÀRB. — Co qu'ils eu out rapporté de plus clair, c'est une grande quantité de guenons, de perroquets, de petits chiens achetés à Dieppe, dont ils ont rempli leur voiture , et qui, comme vous voyez, ornent maintenant les appartements du roi. {Efle montre de la main des perroquets sur leur perchoir y et appuie sur les mots : les appartements du roi.)

UN DBS PfiBBOQUETS. — YisB Sa Majesté !

i.A BEINB MèBB. — Il a nûsou , on ne dit plus le roi; on dit Sa Majesté. Cela est ordonné par l'étiquette du palais {*).

Mo.%8iEUB. — Je vous rcmcrcie de me mettre au courant de toutes ces nouveautés.

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