‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 232 sur 478 · LE ROI, LE DUC DE NEVERS, MORVILLIERS · texte numérisé non relu

LE ROI, LE DUC DE NEVERS, MORVILLIERS

LE BOi. — Eh bien ! messieurs , vous m'apportez des nouvelles des états?

MOBviLLiEBs. — Lcur arrêté vient d'être pris.

LE DUC DB NBVEBs.' — Cc n'a pas été sans peine ; mais il est à souhait.

LE BOi y à Morvilliers. — Lisez.

MOBVILLIEBS, lisant. — a Le roi sera supa plié de réunir tous ses sujets à la religion a catholique et romaine, par les meilleures et a plus saintes voies et moyens qu'il se pourra, d

LB tioiy interrompant. — Par les plus saintes voies! Il s'agit bien de cela!

LE DUC DE NEVBBS. — VoUS SCrCZ pluS COU-

tent de ce qui suit.

MOBYiLLiBBS. — « Il Sera demandé au roi a que, dès à présent, l'exercice de la religion a prétendue réformée soit interdit, tant en pua blic qu'en particulier, d

LB Boi. — Ceci vaut mieux.

n Maguier, p. 310 et suiv. Extrait littéral.

LE BUDGET DE HENW IIL

LE DUC pE NEVERs. — Ce quî suil est parfait.

M0RVILL1BRS. — « QuB Ics ministres dogma- « lisant, diacres, surveillants, soient contraints « vider le royaume dans le temps qu'il plaira « au roi ordonner, nonobstant tous édits faits « au contraire (*). »

LE BOi. — Ceci n'est pas une invitation à faire la guerre, conrnie je l'attendais; mais c'est une invitation à s'y préparer ; la conséquence est la m^me : c^est qu'il me faut de l'argent. {Au duc de Neven,) Cet arrêté a passé à une grande majorité, à Tunanimité peutêtre?

LE DUC DE NEVERs. — Malheurcusement non, sire ; l'an'ôlé a d'abord été fortement contesté. Un avocat, nommé Bodin, a mis une forte opposition au dernier article; les poumons d'un autre avocat, appelé Versoris, affidé de la maison de Guise, l'ont heureusement emporté; mais la majorité qui Ta voté est fort équivoque.

LE ROI. — Qu'est-ce à dire?

LE DUC DB DEVERS. — Lcs députés u'ont point voté par léte.

LE ROI. — Je le sais; j'avais fort recommandé qu'on fît voter par gouvernement. J'étais sûr d'en avoir sept contre cinq.

LE DUC DR NBVBRS. -^ Aussi a-ton voté par gouvernement. Nous avons eu peine à Pobtenir; mais nous Pavons emporté, en donnant pour prétexte le danger des longueurs.

LE ROI. -^ Voilà à quoi servent de bons présidents.

MORviLLiERs. — Daîis Ics scpt gouvcmements qui ont formé la majorité, il y en a deux qui, entre eux, ne comprenaient que dix-neuf députés : le premier en avait dix-sept , le second deux (**). Quand ils seront complets, la majorité des gouvernements pourra changer.

LE ROI. — Elle pourra aussi n'être que plus décidée.

MOKviLLiERS. — Si l'ou en vient à cx)mpter les suffrages par tête, je crains fort que la majorité ne soit contre nous.

LE ROI. — La majorité des gouvernements aura suffi pour changer bien des opinions in-

(*) Cet arrêté est littéralement copié daas le journal de Bodin, sous la date du 18 décembre 1576. (**) Journal de Bodin, 18 décembre 1576.

dividuelles. Et d'ailleurs l'argent et Tintrigue peuvent me faire des recrues dans les arrivants, comme ils en ont fait dans les arrivés. Enfin, comptez-vous pour rien Paccueil que je prépare aux demandes de la majorité qui vont m'être présentées? Quand on saura, à n'en pas douter, le plaisir que me fait une hostilité marquée contre Thérésie ! N'est-ce rien que l'ascendant de mon opinion, l'influence de mes sentiments? Combien y a-t-il de députés quî en arrivant aux états ne demandent pas quel est le sentiment du roi, pour s'y conformer?

MORVILLIERS. — Ouî , quRud îls iguorcnt celui de leurs commettants.

LK ROI. — Ils ne le savent jamais que confusément. La loi seule en est censée l'expression. La loi faîte, c'est la loi ; on obéît. La nation ne peut faire elle-même le compte des voix dont elle se compose : c'est la loi qui le lui apprend.

LR DUC DR NEVERS. — Cela pcut être pour les lois de peu d'importance. Mais quand les lois blessent des intérêts sérieux, la douleur crie, la douleur répond; les souffrances s'entendent, se reconnaissent, et ceux qui souffrent de ce^ prétendues lois ont bientôt fait le compte de ceux qui en rient.

LE ROI, étonné. — Monsieur de Nevers, n^êtes-vous pas malade? n'auriez-vous pas besoin de quelques jours pour vous soigner (*)? Vous voyez tout en noir.

LE DUC DE NEVERS. — M. Bodiu, quc Votre Majesté estime, m'a paru se bien porter, et il n'est pas de la majorité. Je dois même vous dire ce qui lui est arrivé. L'arrêté fait, une députation particulière de son bailliage s'est trouvée là pour le désavouer : Versons triomphait. Bodin reprit la parole en homme supérieur, et avec un tel avantage, que les provinces ont été au moment de revenir sur leur résolution, et ont imposé à Versoris de vous exprimer leur éloignement pout* la guerre.

LE -ROI. — Bodin est un de mes amis; je lui ai fait dire que je lui permettais d'assister à mon dîner. J'arrangerai cela avec lui. Quant à Versoris, s'il faiblit, je n'ai besoin que d'un regard pour le relever.

(*) Nevers rapporte que le roi lui demanda s'il n'allait pas, pour se purger, à la campagne ?^

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