‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 237 sur 478 · ACTE m, 8CÈNR IIL · texte numérisé non relu

ACTE m, 8CÈNR IIL

vous rendre compte de ce qui s'est fait au codseU (*).

LB DUC DB fiBVBES. — Nous avoDs examiné les états fournis par MM. de Gossé et de Biron, pour les troupes et l'artillerie des trois armées ordonnées par Votre Majesté : Pune^ qu'elle commandera contre le roi de Navarre ; la seconde y que conunandera Monsieur contre le maréchal de Damville ; la troisième^ pour M. de Mayenne contre le prince de Condé. Nous av<ms vérifié l'état des troupes existantes y et arrêté celui des hommes , des chevaux et de Tartilierie qui nous manquent.

LB Boi ^ au maréchal de Cessé. — Combien vous manque-t-il d'hommes d'armes?

LB MAB^HAL DE cotSB. — Trois mille*

LB BOi. — Et d'hommes à pied?

LB MABBCHAL DB C0S8B. — SÎX mille.

LB Boi , au duc de Biran, — Et vous , monrieur le grand maître de l'artillerie , que vous manque-i-il?

LB DOC DB BiBOif. — Il mc mauquo quatre cents chevaux d'artillerie.

LE Boi. — Quels moyens avonsHious pour nous procurer des honunes? .

, LE DUC DB KBVBBS. — Nous avous l'arrièrcban^ pour les hommes d'armes.

cHBVEBNi. — Je pense qu^il vaut mieux demander de l'argent que des hommes, et laisser l'arrière-ban tranquille, pour qu'il fournisse à la dépense.

LB Boi. — Je suis de cet avis.

LE DUC DE NBVBBs. — Nous Burous dumoius le service des gentilshonmies sans fiefs.

CHBVBENi. — Ajoutez quc le clergé ofire cinq mille hommes de pied et douze cents chevaux ou hommes d'armes P). Avec de l'argent» nous aurons facilement une augmentation de gendarmerie et d'honames à pied.

LE DUC DB BiBON. — Avcc dc l'argent, l'artillerie aura facilement des chevaux.

LB Boi. — Sans doute : voyons donc le chapitre des finances.

LE DUC DE NBVBBS. ~ M. Ic premier président de la chambre des comptes a fait un état

n. Voyez la note Q, à la suite du troisième acte.

{**) L'assemblée du clergé résolut de bailler le payement de 5,000 hommes de pied et contribuer à l'association, et M. d'Angers propose M. de Reims pour colonel desdits 5,000 hommes. (Nevers.)

fort précis des voies et moyens qui s'offrent pour subvenir aux dépenses. C'est un travail très-lumineux , à la 'manière de^ Anglais dans leur parlement. C'est ce qu'ils appellent un budget.

LE Bor. — Un budget, soit. Eh bien! M. de Nicola!, sommes-nous riches?

DE NicoLAî. — Oui , sire, en espérance : en réalité, pas encore.

LE BOi ,à M. de BeUièvre. — Le résultat des calculs faits sur les besoins et les moyens?

DE BELLiàvBE. — EU résultat , il manquc huit millions pour les dépenses ordinaires , y compris l'intérêt de la dette. Quant aux dépenses extraordinaires de trois armées pendant six mois, elles ne peuvent s'élever à moins de quatre millions; il faut en outre douze cent mille livres pour première mise (*).

LB ROI. — Et vos moyens pouf remplir ce déficit sont?

DE BELLiÀvBB. — Pour Ics dépcDSOS Ordinaires , un impôt unique qui remplacera tous les autres impôts, rendîra le double de ce qu'ils rapportaient , et sera presque insensible aux contribuables. Plus de taille ni de taillon; plus de gabelles ni de regrats; plus d'aides, de gros ni de détails. Une seule taxe imposée sur trois millions de feux , dont la plus forte taxe sera de cinquante livres , et la plus faible de douze deniers (**) : cette taxe , sur trois millions de feux, produira vingt-cinq millions. Si l'on veut se réduire à deux millions cinq cent mille feux, elle produira quinze millions. C'est une admirable invention de trois habiles honmies qui ont fait faire un progrès très-sensible à l'art des finances, une des gloires de ce tempsci.

LE BOi. — Il faut encourager leurs talents. Dites-moi leurs noms.

DE BBLLiÈvBB. — ChatUlon, Poncel et Delaborde O.

(*) Pour la guerre (Nevers, 27 janvier). Message du roi vers la noblesse et le clergé : le roi demande au clergé 200,000 livres par mois pendant six mois,

ci 1,200,000 livres.

A la noblesse 2,000,000 —

(Bodin) 31 janvier, au tiers état. . . 2,000,000 — Pour les dépenses ordinaires, octroi de quinze millions sur les feux.

(*•) Bodin, 23 janvier 1677.

(*•■) Voyez la note R^ à la suite du troisième acte.

LE BUDGET DE HENRI II!

LE Boi, — Je m'en souviendrai. Dites-leur que j'ai demandé leur nom; répandez même le bruit de cette faveur : cela donne de l'émulation.

DE BELLiÀvRB. — Pour Textraordinaîre , il faudra que le tiers état fournisse , en deniers comptant, deux millions f); la noblesse, deux millions sur le ban et Farrière-ban , outre le service personnel du premier ban; le clergé, douze cent mille livres. En tout, cinq millions deux cent mille livres pour la guerre.

LE Boi, à Mn de Bellièvre, — Vous ne parlez pas des fonds des associations {**),

DE BELLiàvRR. — • Cos fouds sout le pi^oduit de contributions volontaires si éventuelles , si conditionnelles, sicasuelles...

LE BOi. — Il ne faut pas les mépriser pour cela.

DE BBLLiÀvfiE. — Nous lesrcgardous comme une réserve.

LE Kox y joyeusement. —Ainsi il ne s'agit plus que de communiquer tout cela aux états, et provoquer leur délibération. Je veux m'y rendre demain moi-même, et y tenir une séance royale au petit pied* J*irai sans appareil, avec une bonhomie dont ils seront touchés. , . Visite de famille... J'aurai un manteau court et leste que j'ai fait faire exprès, au lieu de cet attirail de manteau royal qui ne finit pas... Il n'est cependant pas dépourvu d'un certain éclat; l'étoffe est d'or, et elle est recouverte de quatre mille aunes de canetille : c'est ainsi qu'il faut être quand on demande de l'argent. On ne peut rien refuser à un roi magnifique : on voudrait , on ne peut pas. Je dirai franchement, bonnement, avec confiance aux états ce que j'attends d'eux, et ils se confondront mfailliblement en effusions de reconnaissance, et l'octroi de subsides s'ensuivra. M. le garde des sceaux (à M. de Bellièvre) , vous préviendrez de ma visite M. le président du clergé, qui préside les trois états*

Toutefois, il est bon que la séance soit précédée de quelques communications. [AM. de Bellièvre.) Mon superintendant des finances ira successivement aux trois chambres leur présenter les états de finances arrêtés au conseil... Mais

(*) Bodin, 26 janvier.

C) Bodin, 3!..

non : il vaut mieux que ce aoit M. de NicdaK. Un premier président de la chambre des compta, un magistrat supérieur, inspirera plus de confiance qu'un officier de ma maison et de ma cour. M. de Nicolaî , c'est donc vous que je charge d'aller ce matin aux états. Vous leur .déclarerez la situation des affidres : bien entendu que ce sera sommairement.

DE NicoLAï. — J'entends, sire. Je ferai un exposé court et clair.

LE Boi, sévèrement, — Et clair I Que ditesvous donc, monsieur? Court et obscur, voilà ce qu'il faut, et de façon à ne leur faire entendre le fond des choses (*).

DE NICOLAÏ. — Pardonnez, sire; je croyais toujours être à la chambre des comptés.

LE BOi , à la reine mère, — Maintenant il faut voir ce que nous avons à faire à l'égard du roi de Navarre. Les états lui envoient une députation pour lui notifier le désir de le voir réuni à eux , et désirent que je leur adjoigne un député. Qu'a pensé le conseil sur ce sujet?

LA BEiNE MÈBE. — D'après l'opinion unanime du conseil et la mienne, et sauf votre approbation, j*ai chargé M. de Saulves de rédiger des instructions pour M. de Biron, qui se rendra vers le roi de Navarre (**) , indépendamment de la lettre que vous vous, êtes réservé d'écrire vous-même. De Saulves doit être ici, avec le projet de cette instruction.

LE Boi, à un officier de la chambre. — Faites entrer le secrétaire d'État de Saulves.

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