‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 24 sur 478 · ACTE U, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

ACTE U, SCÈNE VIL

LE DUC DE BEBBi • — Il est SBUS doutc allé demander du secours au duc de Bourgogne, et il va nous ramener ce fléau !

LA BEiNB. — Une populace qui, apprenant la fuite du Dauphin, va s'emporter aux derniers excès!

LE DUC d'oblbans. — Quc dire au peuple?

LE DUC DR BEBBl. — OÙ tTOUVCr M. IC DaU-

phin?

lk duc de BouBBOiN. — Comiuent Ic déterminer à revenir?

LE COMTE d'abmagnac, à part. — Ces genslà font pitié.

LA BEINE. — Si Ton savait seulement pour quel motif il s'est enfui?

LE COMTE d'abmaonac, à part. — Celle-ci fait perdre patience. [Haut.) Vous demandez, madame, pourquoi monsieur le Dauphin s^est enfui? Si son départ ne s'expliquait pas assez par Temprisonnement de ses amis et Pobstacle mis à ses desseins, il faudrait penser qu'il a été déterminé par les insultes et les humiliations ajoutées à la rigueur de ce coup d'État.

LA BBiNE. — Comment, et par qui?

LE COMTE D^ABMAGNAc. — Vous m'iuterrogez, je vais répondre sans détour : Par l'insolence de Boisbourdon, votre... protégé.

LA BEINE. — Entendez-vous me faire un reproche d'avoir fait arrêter des conspirateurs qui n'avaient pas l'intention de vous épargner plus que d'autres? N'était-ce pas Tintérôt commun, le vôti-e? N'était-ce pas votre avis?

LB COMTE d'abmagnac. — Je mc suis réuui sans doute contre les conspirateurs; mais je ne suis pour rien dans les causes de la conspiration, ni dans les insultes qui ont accompagné des précautions qu'elle a rendues nécessaires.

LA BEINE. — Et quelles sont donc ces causes, si ce n'est Tambition du Dauphin... enhardi peutrétre par les divisions que fomentent à la cour des intérêts opposés à la maison régnante?

LE COMTE d'abmaonac. — Il n'y 8 de divisions à la cour, madame, que celles qu'a mises entre vous et les princes votre... maître d'hôtel Boisbourdon.

LA BEINE. — Les divisions de la cour, comte

d'Armagnac, quelle qu'en soit la première

cause, ont pu paraître utiles à un ambitieux

I qui prétend faire revivre en iui-la première

race des rois de la monarchie (*) , et qui

LE COMTE d'armagnac. — Commcnt des princes de la maison royale peuvent-ils voir de sang-froid la France entre les mains d'un Boisbourdon?...

LA BEiNB. — Gomment un descendant de Clovis pourrait-il voir patiemment la France entre les mains des Valois?

LE COMTE d'ahmagnac, à part, — Je l'en arracherai. (Havt) Où sont les cautions d'une étrangère et d'un favori tiré du néant, contre l'Angleterre, qui trouvera plus facile d'acheter la France que de la conquérir?...

LA BRiNE, à part. — Je la lui vendrai plutôt que de la laisser en ton pouvoir. {Haut.) Où sont les garants?...

LE DUC DE BEBBi. — Ah, madame! quel moment pour de semblables querelles! Monsieur le connétable, un danger commun nous menace; que ce danger nous réunisse! Oublions le passé; faisons face au présent et à l'avenir!

LE DUC p'oBLiANs. -^ Madame, oublions ou du moins suspendons les ;souvenirs du passé. Monsieur le connétable, sans l'union, tout est perdu.

LE COMTE d'abmagnac. — Duc d'Oiléans , quand je vous ai donné pour femme Bonne d'Armagnac C), ma fille; duc de Berri, quand J'ai épousé la vôtre, j'ai fait assez pour prévenir les injurieux soupçons que madame ne craint pas de...

LE DUC d'obléaws, à la reine. — L'irritation vous a fait aller plus loin que vous ne vouliez.

LA BEiNE. — Monsieur le connétable, c'est trop d'emportement des deux parts; il s'agit de nous sauver d'un péril commun.

LE COMTE J>'abmaqî^ac, reprenant son sangfroid. — Madame, je suis prêt ; ordonnez : que faut-il faire?

LES PBiNCBs. — C'est à vous de nous dire...

LE MARGUILLIER DE SAINT-EUSTACHE

(•) Le nouveau Dictionnaire historique, au mot André d'Armagnac, établit sa descendance de Clovis, et la donne pour motif de la conduite qu'il a tenue à la cour de Charles VI.

(**) Ce fut la deuxième femme du duc d*Orléans; Isabelle de France, veuve de Rithard II, fut la première : la princesse de Clèves fut la troisième.

LA BEINE. — C'est de vous que nous attendons un avis salutaire.

LE COMTE d'abmagnac — 11 me semble que, pour le moment, il ne peut y avoir deux avis. D'abord il faut déclarer franchement et hautement , au peuple , le départ de M. le Dauphin, et promettre son prochain retour; ensuite négocier, sans retard, avec lui pour l'ob-* tenir.

LE DUC D'oBLBANS, LE DUC DE BEBBI, LA

BEINE, ensemble. — Mais où le trouver? où est-il? s'il est allé vers le duc de Bourgogne?

LE COMTE d'abmagnac — OÙ Ic trouvcr?

Chez lui... chez lui, dis-je, à Mehun-sur-Yèvre, dans le domaine que le duc de Berri lui a donné.

LA B E iNE. — Comment savez-vous. . . î

LE COMTE d'abmagnac — Je sais qu'il est là, parce qu'il ne peut être ailleurs. Il n'est point allé vers le duc de Bourgogne, parce que ce n'est point pour le duc de Bourgogne, mais pour lui-même et pour lui seul , qu'il a conspiré; parce qu'il veut de l'indépendance et du pouvoir, et qu'il n'en a pas plus obtenu du duc de Bourgogne que de la reine et du conseil. Remarquez quels étaient les confidents et les chefs du complot : tous des ennemis du duc de Bourgogne, le duc de Bar, les sires de Marcoignet, de Rambouillet, et autres, que le duc de Bourgogne fit arrêter conune ses ennemis il y a un an (*;. Si donc monsieur le Dauphin n'est pas allé en Flandre où est le duc, je le répète : il ne peut être que dans son domaine , à Mehun.

LE DUC DE BEBBI. — Et qu'cst-il allé faire là?

LE COMTE d'armagnac — Boudcr... et attendre que le peuple agisse. Et de quel autre dessein est-il capable? Saitril faire la gueiTe? Entre ses compagnons de plaisir, a-t-il un

(•) « La populace furieuse (excitée par le duc de

• Bourgogne en 1413) se précipite vers Thôtel de « Guyenne, où logeait le Dauphin, en brise les portes

• et pénètre jusqu'à Tappartement du prince. On sai- « sit devant lui plusieurs de ses officiers que l'on oon-

• duisit en prison, à l'hôtel même du duc de Bour-

• gogne : c'était le duc de Bar, Jean de Wailly son « nouveau chancelier, les seigneurs de la Rivière, de « Marcoignet, de Boissey, de Rambouillet. . (Tableau historique de Paris, t. If, p. 67.

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