ACTE II, SCÈNE Vm homme qui ait la première idée de la guerre
A-trii des troupes, de Targent, de la tête, du courage î Rien de tout cela.
LA BEiNB. — Mais ce peuple sur lequel U compte?
LB COMTB D^ABHAONAC.— Ce peuple, tOUt
redoutable qu'il est, n'est pourtant pas incapaHe d'entendre raison. Ce sont les gens de la haUe, les forts du port au blé, bonnes gens au fond. Heureusement les caôocAten*, les bouchers, les écoreheurs du duc de Bourgogne, ne sont pas de la partie; ils pourraient s'en mêler, et c'est là le danger qu^il faut prévenir. Mais le Dauphin, brouillé avec le duc de Bourgogne, doit les craindre aussi bien que nous; et, à tout prendre, il doit être à peu près aussi di^sé que nous-mêmes à entrer en négociar tion.
LA HHiNB. — Que peut-on lui promettre?
LB COMTE d'abhaonag. — Tout ce qu'il voudra, afin de sauver la difficulté du moment.
LA BEiMB.— Et ensuite?
LE COMTE d'abmaonag. — Et cusuitc accomplir toutes les promesses qui lui auront été faites, et le satisfaire sur tous les points... un seul excepté.
LA BEiNE. — Et ce point est?
LE COMTE i>'ABMA<Hf Ac. — Le pouvoir. Jedispose de l'armée, des places fortes et des finances (*) : Je ne me dessaisis pomt de ce partage.
LE DUC DE BfiBii. — Il voudra d'abord de Pargent.
LE COMTE d'abmaghac. — J'en donnerai:
LE DOC d'oiléaus. — La solde des troupes n'est pomt au courant.
LE duc de boubbon. — Lcs pensions ne sont pointa jour.
iZa beire. — Avec de l'argent et sa faction, il aura bientôt du pouvoir î II vaudrait mieux lui en donner tout de suite, que de lui en laisser prendre.
LE comte d'abma6nac. — Je lui donnerai de
(*) Le connétable, après s'être fait accorder la surintendance des finances et le gouvernement général de toutes les forteresses du royaume, r^ait plus en despote qu'en souverain, dit Villaret, t. XIII , p. 392.
l'argent, mais avec mesure et avec précaution. J'empêcherai qu'il ne fasse rien d'important ; mais il m'importe qu^il ose et hasarde quelque chose.
LA BEiifE. — C'est-à-dire qu'il se compromette ! Or, à moi il m'importe qu^ ose peu et qu'il puisse davantage ; et pourvu que je reste en possession de la personne du roi, qui ne peut m'étre disputée, j'aime autant le pouvoir dans les main» de mon fils que dans d'autres. ( Elle adresse ces dernières paroles au comte â^ Armagnac.)
LE COMTE d'abmao!«ac, avcc kauicur. — Et moi je trouve la conservation du roi mieux as* surée par la surveillance de son fils que par... Du moins son fils n'aura pas le funeste secret d'obscurcir ou d'abréger, dans des plaisirs désordonnés, les moments lucides de ce malheureux prince, et de mesurer à Pintérêt de ses favoris la dose de raison qu'on pourra lui laisser...
LE DUC d*oblbans, s' interposant . — Mon* sieur le connétable, ce n'est pas encore le moment de discuter les conditions du traité définitif. La chose urgente est de retourner au quai Saint-Paul , de promettre au peuple le retour de monsieur le Dauphin , d'expédier sans retard au prince des négociateurs pour l'obtenir.
LE COMTE d'abmagnac, de sang-froid. — Voilà en effet tout ce qu^l faut pour le moment.