‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 242 sur 478 · ACTE m, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE V

C'est la source aux écus, c'est le Pactole, c'est le jardin des Hespérides qui doit payer nos dettes.

QuiLUs ET sAiNT-MBGBin. — Sans doute, sans doute.

LB Boi. — Une table , que J'écrive au roi de Navarre !

QUBLUS RT SAINT-MBGBIN opprOChetU UUC

table, en dUant, Vun : Roi charmant ! tautre : Esprit supérieur!

(Le roi s'assied, et écrit. Les trois mignons s'éloignent y font silence , ensuite se parlent à

demi-voix.)

QuÉLus. — Que fera le roi ce soir pour se désennuyer de toifl ceci?

sàint-mégbin. — Hier spectacle, aujourd'hui la bague.

MÀUGmoiv. — Le temps est beau, mais fred; fa freddo.

QUÉLUS. — Va pour la bague. Le roi peut se préserver du fred; c'est le cas de courre en masque et en habit de femme.

MAUoiBON. — Chutl nous dérangeons le roi.

(Sifence.)

LE Boi. — Parlez, parlez, mes amis. Je n'ai plus que deux mots.

(Encore un moment de silence, après lequel le roi se lève.)

C'est fini. (// donne sa lettre à Quélus,)

Lis-nous cela, Quélus, mais bien, avec intelligence, conmie tu nous as répété ma harangue aux états.

QUÉLUS lit. — <( Monsieur mon frère, j'ai «voulu écrire particulièrement à Votre Maa jesté pour l'informer de mes intentions se- « crêtes à son égard , et désavouer les instruca tions ostensibles et les actes patents que les « circonstances m'imposent pour des intérêts a qui nous sont communs.

a M. de Guise ne cache plus l'intention de a me succéder, peut-être même de nfêter la a couronne. U se fait descendre de Charlemaa gne ; il a fait courir sa généalogie de Rome a à Madrid, de Madrid elle m'est venue à Paris. « Vous n'avez pas oublié qu'à mon sacre il a a pris le pas sur M. de Montpensier, prince du « sang royal de la branche de Bourbon. Il a « suscité dans les provinces des actes d'union « entre mes sujets . pour le soutien de la relief gion catb(^que contre les calvinistes. Enfin, « il a pratiqué les élections et les députés aux

« étals généraux, pour que leurs vives récla- « malions se joignissent aux actes de l'union et «les fortifiassent. Les associations des pro- « vinces sont conjurées avec les députés contre « vous, conmie huguenot, contre moi, comme « hrop faible protecteur des catholiques. Tous « étaient dans la main du duc de Guise , et près a de le reconnaître ouvertement pour leur chef, a Dans ces circonstances, j'ai cru qu'il était de « votre mtérêt, comme du mien, de dérober à d notre ennemi commun son influence et de a me l'approprier, en me montrant plus zélé et a plus puissant que lui pour la défense du culte a c^holique. Et comme l'ancienne et tendre a amitié qui me tient au cœur pour vous, et ot qui date de notre enfance, me rendait susa pect de partialité en votre faveur , il m'a été « nécessaire de signaler mon aversion pour a ^hé^ésie par des paroles violentes, et capables a de rendre d'autres que nous irréconciliables, a Je vous déclare la guerre pour que des tiers <x ne nous la fassent pas à tous deux, et pour « en être le modérateur et le pacificateur , Qc quand il nous conviendra. Je vous préviens a donc que tout ce qui vous sera rapporté « comme de mon fait, ou dit comme de ma a part , notamment par mon ambassadeur Bia ron d'après ses instructions, est absolument a contraire à mes intentions. Il vous est facile a de prévoir que la guerre ne sera pas san- « glante ni de longue durée. Entre nous, il me a faut des subsides. Je sois au bout de mes a moyens pour vivre ; le secours des états m'est « nécessaire; vous sentirez que j'ai besoin avec a eux d'un peu de complaisance. Souffrons « donc, mon cher frère, qu'ils fulminent contre a l'hérésie pendant qu'ils sont là. Pour les cona tenter, je leur accorde sans difficulté les lois d qu'ils me demandent , afin que tout cela a finisse au plus vite, et que je puisse satisfaire a au vœu de mon cœur en vous embrassant de a nouveau. Vous jugerez , par la confidence a que je vous fais, de la sincérité de mes sentia ments.

a Henbi. »

QUELUS. — Il faudrait que le roi de Navarre eût l'âme noire et dure comme une pierre, pour n'être pas pénétré de reconnaissance en recevant une pareille lettre !

MAUGiBON. — Comment douterait^il d'une

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