SCÈNE IV
LES miUEê, EXCEPTÉ DB SAULVBS.
LE Boi, se regardant au miroir. — Oh ciel ! comme je suis échevelél et ma collerette, conune elle va de travers! Est^îe qu'il j a longtemps que je suis dans cet état-là? {il se rajuste.)
QOBLus. — Nous n^avons pas remarqué cela, mon beau roi; nous n'avons pas quitté des
O La coar était tout entière montée sur un ton efféminé, àrexcmple du roi. La fraise godronnée, la loque d'étoffe, étaient à l'usage de tous les jeunes courtisans. Henri de Guise les portait comme les autres. Il est absurde de le foire aller à la cour en cuirasse. • Uavant-veille de la Saint-Barthélémy, il entra en lice pour courir la bague avec le roi. 11 était vêtu en amazone comme le roi. » (Mém. de testât de la France.)
yeux la pointe de votre lance. Comme elle enfilait la bague I une à chaque passe !
LE Bor. — n faut être juste : Saint-Luc m'a sum de bien près; et sans cette dernière bague qu'a a laissée couler de sa lance,.. {Pendant que le roi parle, on commence à le déxhabiller.)
SAiNT^Luc. — OuiJ'ai été bien maladroit. Je la tenais. Aussi Votre Majesté n'a pas manqué la suivante qu'il lui fallait pour gagner.
LE Boi. —Je crois, mon cher Saint-Luc... que tu as fait là une maladresse un peu volontaire.
QuiLus, gaiement. -^him adroite peut^tre.
LB Bor. — Je le pense, à vrai dire. Il tenait bien la bague, et il a aussitôt baissé sa lance.
SAINT-LUC. — Ah! sire, je suis incapable de frauder, ayant l'honneur de courre avec Votre Majesté.
(// a Pair affecté du reproche du roi.)
LE Boi. — Ne te chagrine pas, mon ami frauder pour perdre n'a jamais été un crime.
SAINT-LUC. — Mais perdre pour flatter !
LB Boi. — Quel mal quand tu aurais voulu me laisser le plaisir de gagner un joueur aussi adroit que toi?
SAINT-LUC, humilié. — Sire, il eût été si simple de ne pas enlever la bague !
LB Boi. — Oui, je vois bien que tu as fait une maladresse. Mais point de chagrin pour cela , je t'en prie. Tiens... Pabbaye de Luzarches est vacante, elle vaut quatre mille livres de rentes, je te la donne; je te fais abbé de bénédictins pour te consoler. C'est contre les cahiers des états, mais ils ne me sont pas encore remis et ils ne font pas loi (*). '
MAUGiBOw, à Saint-Luc, en lui prenant la main, — Oh ! le grand maladroit !
QuÉLUs.— Maladroit! maladroit! (// Vembrasse.)
SAINT-LUC, au roi. — Mon trop bon et tnm aimablemaltre!... La tête me tourne.. .qu'ai-je dH?... qu'ai-je fah?... N'allez-vous pas me croire un habile et avide courtisan (**)? (Le roi défait ses boucles d'oreilles devant son miroir, )
(*) Journal de Nevers, 6 février 1577. « Hier, Saint- Luc eut rabbaye do Luzarches en Périgord, de 4 ,ooo liv. de renies, et ce, contre les ordonnances des états. »
(••) Voyez la note Z, à la suite du quatrième acte.
LE BUDGET DE HENRI HI
QUÉLU8. — Cette parure ajoiïte à la douceur de votre visage.
LB Boi. — Je pensais^ au moment méme^ que ces bagues d'oreilles te siéraient très-bien ; les perles avec les cheveux blonds sont d'un accord charmant (*)• (// s'assied; Quélus se met à genoux devant le
roiy qui lui attache ses boucles aux oreilles,)
Mon ami , je veux que tu les gardes jusqu'à ce que je les détache. Entends-tu?
QUÉLUS. — J'entends, sire, et je sens encore mieux la grâce que me fait mon bon maître.
LE Boi. — Regarde-toi, mon ami ; n'es-tu pas à ton gré? Quelle femme ne serait flattée d'être aussi jolie que cela?
QUÉLUS. — Quelle femme ne s'enivrerait d'un regard du prince que j'adore (*')?...
LB Boi. — Ferme cet écrin.
QUÉLUS. — Mon roi me permet-il de passer quelques anneaux et quelques bagues dans ses doigts? ( // passe plusif^urs bagues et anneaux à la main gauche du roi.) Que ce diamant rose sied bien sur cette main si blanche en dehors, et plus rose en dedans que ce brillant même ! Quels doigts parfaits ! Gomme cette main s'arrondit, comme elle se déploie ! Comme ces jolis doigts se séparent et se rapprochent ! Que d'expression dans ses mouvements ! Quel accord avec le plus doux visage et la voix du plus doux accent I
LE Boi y à un officier de la chambre. — Faites rentrer M. de Saulves.
(Les favoris s'éloignent, excepté Maugiron et Saint'Mégrin.)