‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 257 sur 478 · ACTE V, SCÈNE lïL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE lïL

Boom» — Si Votre Majesté m'ordonne de lui répondre sans aucun déguisement...

LB BOf • — Parlez.

BODiN. — Je lui crois la même fer\'eur pour le calvinisme qu'a Votre Majesté pour le culte catholique.

LE 101, souriant, -r- Vous voulez dire la même indifférence. Je vous entends, monsieur le philosophe... Lh bien^ pourquoi le roi de Navarre ne se fait-il pas catholique ?

BooiN.-» Parce que le roi de Navarre et ses adhérents le prince de Condé^ le maréchal deDamville^ M. de Turenne^ ont des ennemis dans votre cour et se souviennent de la Saint- Barthélémy; parce qu'ils ont^ comme chefs des protestants^ une clientelle pour les défendre, des places de sûreté pour les préserver, des alliés pour les secourir au besoin.

LE Boi. — Vous croyez donc que nos dissensions sont purement politiques, sous des apparences d'intérêts religieux?

BODin. — Je le crois : je crois même, comme vérité historique, qu'il n'y a jamais eu de guerres de religion, et, comme vérité morale, que les différences de culte et d'opinion ne sont point un principe de guerre civile.

LE BOf. — Tout cela est fort bien ; mais enfin le roi de Navarre me fait la guerre. Irai-je humblement lui demander la paix, en roi vaincu, qui implore un prince victorieux?

BODiN. — Tel est le caractère du roi de Navarre, qu'il lui suffira peut-être d'être assuré que vous ne la refuserez pas, pour vous l'offrir.

LE Boi. — Vous disiez tout à l'heure qu'il a des ennemis autres que moi : rien n'est plus vrai. Ses ennemis sont aussi les miens ; je suis armé contre eux plus que contre lui : ils sont plus dangereux pour moi que je ne veux l'être pour lui.

BODiiv. — Un intérêt personnel se joindra donc à la générosité naturelle, pour déterminer le roi de Navarre à accepter la paix. Au reste, sire, les états ne sont pas autorisés par leurs cahiers à voter des subsides, ni pour la paix, ni pour la guerre.

LE 101. — Que sont-ils donc venus faire à Blois?

BODiif. — Ce que vos lettres àe convocation indiquaient : de bonnes lois, et réformer les abus.

LE Bor. — Mes mmistres auraient bien fait de bonnes lois sans eux.

BODIN. — Les états peuvent aussi en concevoir de bonnes sans les ministres.

LE Boi. — De bonnes lois sur l'impôt seraient bien nécessaires, et corrigeraient bien des abus- Par exemple, je propose un impôt sur les feux , un impôt unique qui remplacerait tous les autres, dont la perception serait économique et douce, et qui délivrerait la France des rigueurs, de la complication et des frais de la taille, du taillon, des gabelles et des aides.

BODIN. — Nous n'avons pas le pouvoir d'abolir les impôts qui existent, ni d'en créer qui n'existent pas. D'ailleurs...

LE ROI. — Achevez.

BODIN. — Quand la taille a été établie, l'abolition des aides et de la gabelle devait s'ensuivre, et on les a cumulées ; aujourd'hui les quatre impôts se lèvent ensemble. Enfin, ne voulant point la guerre défensive ni offensive, nous n'avons pas à en voter la dépense.

LE Boi. — Si vos députés n'ont à m'apporter que des refus, je les dispense de venir... Mais qu'ils remettent mes demandes en délibération avant de me faire une réponse (* ) . Pensez sérieusement, je vous prie, aux conséquences qu'aurait leur mauvaise volonté. Leurs commettants ne sont pas indifférents, comme vous le supposez, aux intérêts de la religion. Leurs cahiers ne s'opposent point à l'octroi d'un subside, au moins d'un extraordinaire. La plupart demandent la réunion en un seul culte ; c'est comme s'ils consentaient au moyen de l'opérer, et par conséquent à un subside. Qu'ils y réfléchissent encore... Je les recevrai après une nouvelle délibération.

{Bodin se retire^)

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