SCÈNE II
LE ROI, BODLN.
LE Boi. — Vous ne m'êtes pas favorable relativement aux finances; mais je vous tiens pour homme de bien, et j*ai mauvaise opinion de ceux qui me rapportent vos discours et sûrement n'adoucissent pas vos paroles (*). Ditesmoi franchement par quels motife vous vous opposez à la guerre.
BODIN. — Sire, parce que la France ne la veut pas.
LE Boi. — Les états n'ont-ils pas voté la rupture de l'acte de pacification?
BODiN. — Les voix ont été comptées par gouvernements; si elles l'eussent été par télés, la majorité aurait été opposée à la rupture de la paix, puisque, quand on a délibéré sur les subsides nécessaires pour faire la guerre, on a voté par tète, et qu'alors la majorité s'est déclarée contre.
LE ROI. — Que m'a donc dit Versoris dans sa harangue?
BODIN. — 11 est contrevenu à son mandat, qui était d'inviter Votre Majesté à travailla à là réunion des calvinistes par douces et saintes voies, et sans guerre.
LE Boi Aujourd'hui il ne s'agit plus pour
moi de faire ou de ne pas faire la guerre. On me la fait; il faut me défendre.
BODin, — Les états regardent les hostilités du roi de Navarre comme purement défensives. Ce sont les menaces parties de ce c6téci qui l'ont déterminé à reprendre les armes. Il veut la liberté de conscience que l'édit de pacification lui assurait: c'est vous, sire, qui contrevenez à l'édit de pacification ; c'est vous qui déclarez la guerre. Rentrez dans l'esprit de la pacification, et vous aurez la paix.
LE Boi. — Vous croyez donc au roi de Navarre une conscience bien religieuse?
BODIN, — Il suffit qu'il veuille l'avoir libre.
LE BOi. — Croyez-moi , il ne tient guère à ses calvinistes.
BODIN, — Un brave se bat pour une épingle, si on la lui dispute.
LE BOK — Soit; mais n'est-il pas vrai que vous ne le croyez pas bien ardent calviniste?
(*) Voyez la note BB, à la suite du cinquième acte.