SCÈNE V
LW MÉMBS, DE BELUÊVRE, DE CHEVERNI.
LB BOi. — Messieurs, la reine, ma mère, m'apprend de belles choses! Les huguenots s'avancent à grandes journées, sans obstacle , triomphants. Us sont tout à l'heure maîtres de la France. Les états refusent des hommes et de
(*) Nevers, 27 février 1577, rapporte que la reine mère dit ces propres paroles à M. de Bauzille, qui était probablement un des députés de la noblesse.
(**) Nevers, 28 février 1577. La reine dit ces propres paroles au roi, le 28 février 1577.
(•••) Nevers, 24 février 1577, rapporte ces paroles de la reine et son éclat de rire : « La reine dit au roi, parlant sur les préparatifs de la guerre et faute d'argent, regardant à moi et riant bien fort : Nous nous y serons mis bien avant. Comme, de fait, elle-même v avait aidé. »
DE HENRI lit.
l'argent^ ou du moins il faut 8*y attendre. NV vez-vous aucun expédient qui supplée à leur bonne volonté?
DB BBLLiÈvBE. — Votrc Majcsté se rappellera peut-être ceux qui lui ont été proposés.
LB BOï. — Voyons.
DB BELLiàvBB. — Lc premier est celui dont le tiers état arrêta de donner avis à Votre Majesté...
LB Boi. — Je ne me raj^lle pas.
DB BBLLiBVBB. — De lêvcr un emprunt sur les financiers, receveurs généraux et particuliers, fermiers de son domaine , des aides et gabelles, des douanes, des parties casuelles^ autres semblables.
LB Boi. — La belle idée ! Me brouiller avec les seules personnes sur qui je puisse compter dans un pressant besoin (*) ! Les amis sont trop rares pour maltraiter ceux qu'on a.
DB BBLLIÈVBE. — Lc 13 janvier,M. l'évêque d'Embrun a proposé que chacun donnât au roi une journée de sa dépense.
LB Boi. — Eh bien ! cela était fort simple.
DB BBLLiàvBE. — Ou B demandé à M. d'Embrun s'il savait ce quil dépensait par jour, s'il dépensait un jour autant que l'autre? Il a répondu que non^ et il est convenu qu'il en serait de même de tous les contribuables.
LE BOi. — A d'autres I
DE BELLiàvEB. — M. Ic Cardinal d*Este a proposé de mettre la main sur les fonds destinés à payer les assignations données sur la caisse du clergé.
LE Boi. — Eh bien?
DE BBLLièvBB. — Ou lui a demandé s'il savait dans quelles mains étaient ces assignations ; il a répondu qu'il n'y en avait point dans les siennes. La proposition est restée là. .
LE EOf . — Autre chose.
DE BELLiÈvBE. — M. Ic Cardinal de Guise a proposé de prendre Fargent des pensions.
LE Boi^ vivement, — Ceci est une méchanceté. Je m'y oppose... au moins en ce qui regarde les pensions données à mes amis... Passe
(*) Bodin, 24 janvier 1&76. « Il a été résolu dans le tiers état de donner avis au roi4ever un emprunt de telle somme qui serait avisée par les états sur ses financiers, receveurs généraux et particuliers ^ fermiers de son domaine, a^es et gabelles, douanes, par^ tles casuelUs et autres semblables, »»
ACTE V, pour celles qui ne sont fondées que sur des services... N'y a-t-il que cela?
DB BELLiÀVBE. — La rcine, mère de Votre Majesté , a proposé la confiscation des biens des rebelles^ si dans six mois ils ne se faisaient catholiques.
LE Boi. — Dans six moisi L'idée de confiscation est bonne; mais donner six mois de répit ! L'expédient ne produirait rien avant six mois ! C'est se moquer. D'ailleurs^ une semblable faveur me rendrait justement suspect aux catholiques f)* Mais^ je le répète, l'idée est bonne; j'y reviendrai.
DE BELUÈVBE. — Votrc Majcsté y est déjà revenue. Elle a envoyé un maître des requêtes en Normandie^ pour faire quelques ventes de biens d'hérétiques. Personne n'a voulu en acheter C).
LE Boi. — Est-ce tout?
DE BELLiÈVBE. — Ou a proposé dc se servir, sans forme de procès, des biens des huguenots, meuble^ et immeubles.
LE BOi. — Qu'est-ce qui en empêche ?
DE BELLiEVRE. — Sirc , M. dc Cossé s'y est opposé, ce Si on fait cela, a-t-il dit, nous a nous retirons chez nous, à garder nos « moyens (***). »
LE Boi. — C'est un vilain trait; mais il faut lui passer quelque chose : il m'est nécessaire, et il le sait bien !
DE BELLiÈvBB. ~ M. dc Ncvcrs a proposé d'établir un tronc dans chaque église du royaume pour y recevoir les contributions de la noblesse ('**•). (La reine mère sourit.)
LE Bor, vivement à Bellièvre. — M. de Nevers ne s'est pas borné à provoquer le dévouement des autres; il s'est obligé à fournir cent mille écus, à prendre sur la vente d'un de ses domaines ('****).
DE BBLLiÈvBE. — Sirc , jc pHc Votrc Ma^ jesté de remarquer que je ne parle ici que des expédients proposés. L'ofTre de M. de Nevers