LIS MÊMES, MAUGIRON
LE BOi y à Maugiron. — Les huguenots font des progrès effrayants. Les moyens de les combattre me sont refusés. Dieu seul peut arrêter leur rage, ou inspirer aux catholiques ce qu'ils ont à faire. Qu'on assemble ce soir la congrégation des battus-blancs (**); qu'on leur annonce que mon intention est d'aller demain en procession de l'église de SaintrSauveur à celle du faubourg (***). {Les cardinaux se regardent avec inquiétude )
LB cABDiKÂL DB BOUBBON. — Sirc, uc délaissez pas une si sainte cause.
LB Boi, à Maugiron y sans écouter le cardinal. — Dieu nous sera en aide, et inspirera du moins ce qu'il faut faire.
MAUGiBON. — Votre Majesté n'indique pas d'heure?
LE Boi. — On sortira à neuf heures du matin de Saint-Sauveur. Les battus-blapcs seront nu-pieds , en sacs, leur discipline au c6té, leur chapelet en sautoir.
LE CABDiNAL o'este, (f tin ton fuppUant. — Sire!...
LE Boi , sans écouter le cardinal. — On ira
(*j Cette dernière phrase et la scèoe suivante sont une fiction qui toutefois se compose entièrement de détails empruntés à Thistoire et aux chroniques du temps.
(**) Voyez la note FF, à la suite du cinquième acte.
(***) Voyez la note GG, à la suite du cinquième acte.
LE BUDGET DE HENRI III
par le jardin des Jésuites et le faubourg de Vienne^ on reviendra par les halles et la rue de la Bretonnerie ; ce sont les quartiers les plus peuplés de Blois^ et habités par les meilleurs catholiques.
LE cABDiifAL DB ovisE, à parL — Ouî^ par la plus méchante populace. (Haut.) Sire , ne pourrait-on...?
LE BOi, sans écouter, — On fera cinq stations.
LE CABDINAL D^STB. — SîrC, lo papC doU-
nera trente mille écus par mois pendant six mois ('), en tout six cent mille livres; et M. le légat cent mille livres tdiit de suite C):
LE ROI n*écottfe pas, et toujours s* adressant à Maugiron. — Les cinq stations auront lieu aux halles, à l'hôtel de ville^ à la chapelle Saint- Fiacre , sur le pont , et devant Féglise Sainte- Solenne.
LE CABoiNAL DB GUISE. — Sirc ^ le clergé et la noblesse ne demandent que d'avoir des chefs de leur choix poor les commander, et tenir en dépôt les fonds nécessaires à leurs déposes.
LE BOî, toujours sans écouter, et irrité par ce qu*a dit le cardinal de Guise, — A chaque station , les pénitents chanteront un Dies ira, dies illa, et se donneront quinze coups de discipline sur les épaules découvertes.
LE CARDINAL DB GUISE. — L'émotion dc la populace peut être dangereuse.
LE ROI, sans écouter y et plus vivement. — Si Ton remarque de l'émotion dans les spectateurs, on redoublera. Qu'on n'épargne rien pour la cause de Dieu 1 Vingt-cinq coups de discipline au lieu de quinze, si les premiers font impression sur les spectateurs.
LE CARDINAL DB BOURBON. — SirC, VOUS rIIcZ
jeter l'afRiction et la désolation dans votre bon peuple.
LK ROI, sans écouter. — S'il s'élevait des gémissements parmi le peuple, les battus-blancs se répandraient dans la foule, et expliqueraient aux plus affligés quelles raisons obligent à recourir à Tassistance du ciel. Ils diraient que
Ç) Nevere, 9 février 1577.
(*'} Nevers, 30 décembre, s'exprime ainsi : « La reine me dit au soir que le oonce lui avait offert quarante mille écus. »
rinvasi<Hi des huguenots se fait sans obstacle; que...
LES cjLnD\nAU\,effrayés, perdent contenance et s'écrient tout éplorés : — Sire, sire, daignez nous écouter !
LB CARDINAL DB BOURBON. — I^ clCTgé eSt
tout prêt de vous bailler telle sonmie de deniers qu'il sera nécessaire pour accomplir vos desseins. Nous étions venus dans l'intention de le dire de sa part à Votre Majesté (*).
( Le roi se tourne vers les cardinaux, et leur prête r oreille.) LE cABDiNAL DE GUISE. — Ouî, sÎTe, Ic dergé est tout prêt.
LB CABOINAL d'bSTB. — NoUS pOUV(MlS BÙ BS-
surer Votre Majesté.
LB BOI. — S'il est ainsi , les choses peuvent encore se racconomoder. Que le dergé fournisse la somma que je hn ai demuidée, que le tiers état autorise une vente de domaines, et que la noblesse monte à cheval; cela fait. Monsieur, M. du Maine et moi nous y serons tout aussitôt, et à la tête de nos titris années.
LE CABDINAL DB BOUBBON. — Voilà, sire,
ce qui comblerait les vœux de la France.
LB BOî. — Eh bien ! messieurs, le clergé est assemblé; portez-lui sans retard mes sincères et affectueux remerdments. {Maugiron, gui écrivait sur une table l'ordre de la procession dictée par le roi, se lève.) Remettez-vous. Gela n'empêche pas que je n'achève le règlement de ma procession. ( Maugiron se rassied.)
LB CABDINAL DB GUISE. — Sirc, cotte peine est inutile, si...
LE BOI. — Pendant que j'ai les idées présentes, je suis bien aise de compléter cette ordonnance. Si elle ne sert pas demain, elle sera toute faite pour im autre jour. (Les çardinaux se retirent.)