SCÈNE XI
LBs MÊMES, UN GENTILHOMME db la chambbb , TBOIS DÉPUTÉS DB CHACUNE DBS GHAMBBES DBS ÉTATS.
UN GENTILHOMME DB L4 CHAMBBB. —Sire,
un député de chacun des trois ordres demande à Votre Majesté l'heure où elle voudra bien recevoir une grande députation des états. Mon* seigneur de Lyon est ici pour le clergé , M. de Rochefort pour la noblesse, M. Bodin pour le tiers état.
LB BOi , à Varehevéque de Lyon. — Qu'y a* t-il de décidé dans votre séance de ce soir?
l'abchbvAqub de LYON. — Lc clcrgé ayant appris que nosseigneurs les cardinaux de Bour^ bon, de Guise et d'Esté, ont assuré à Votre Majesté qu'il était prêt de lui fournir telles sonmies qui pourraient lui être nécessaires, s'est empressé de nous envoyer vers Votre Majesté...
LE BOi , l'interrompant . — Soyez les bienvenus, messieurs; je vous reçob avec le même plaisir qui vous amène...
L'ABCHkVÊQUB DB LYON, reprenant du même ton. — ... Nous envoie vers Votre Majesté pour l'informer que jamais il n'a autorisé m^dits seigneurs à faire en son nom une promesse qui
O Voyez la note KK, à la suite da cinquième acte.
LE BUDGET DE HENRI m.
compromit le domaine de Dieu^ dont l'Église est gardienne et dépositaire; qu'il proteste coihtre toute atteinte qui pourrait y être portée (*). Quant à l'aliénation que Votre Majesté a projetée d'une partie de son domaine, le clei^é ne peut se départir du principe exprimé dans ses cahiers, que le domaine est inaliénable. Au reste. Sire, il supplie Votre Majesté de lui donner congé.
DE fiOCHBFOHT, député de la noblesse. — Sire, les députés composant la chambre de la noblesse aux états offrent de nouveau leur «ang à Votre Majesté. Mais ils ne peuvent point promettre d'argent au nom de leurs commettants, qui ne leur ont donné aucun pouvoir à cet égard (**). Quant à l'aliénation proposée d'une partie de vos domaines, la ncÂ)lesse se réfère au principe exprimé dans son cahier : que le domaine royal e>t inaliénable , et vous demande très-humblement congé.
BODiN, député du tiers état, — Sire, le tiers état est obligé de déclarer à Votre Majesté qu'il tient le domaine de la couronne pour inaliénable, comme la couronne elle-même ; que la couronne et le domaine appartiennent à la nation; que les rois n'en sont que dépositaires et usufruitiers. Il demande à Votre Majesté, conformément à l'instruction donnée à Pierre Versons, et qu'il vous a déguisée, que l'union désirée se fasse par voies justes et raisonnables, et non par force ni violence; il vous prie de jeter les yeux sur les pouvoirs de Pierre Versoris : Votre Majesté y lira ces paroles": à condv^ tion que la réunion se fera par les voies de la douceur, et sans en venir aux amies (***). Au reste, le tiers état supplie respectueusement Votre Majesté de lui bailler audience de congé pour qu'il s'en retourne dans ses foyers.
LE BOi , avec humeur, — Est-il bien nécessaire que je donne une audience de congé aux états, pour m'entendre répéter ce que vous venez de me dire?
Booirr. — C'est une faveur qu'ils seraient affligés de ne pas obtenir.
LE BOi. — Je ferai savoir demain mon intention.
(// les congédie d^un signe de tête.)
(*) Voyez la note LL, à la suite du cinquième acte. O Voyez la note MM, à la suite du cinquième acte. (•••) De Thou, liv. XIII.