‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 294 sur 478 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

A rArsenal , dans le cabinet du duc de Sully. Le 24 novembre 1609, environ m mois après le mariage du prince de Gondé avec mademoiselle de Montmorency (•*).

LE DUC DE SULLY, seul, assis près d'une tablef tenant à la main une lettre ouverte. Monsieur le prince m'écrit qu'il viendra cette aprèa-dlnée me visiter. C'est m'annoncer de nouvelles plaintes contre sa fenmie et le roi. Quelle patience il me faut avoir 1 Toujours écouter des clameurs, sans savoir que répondre ! tou-

(') Mémoires de Sully, t. VU!, p. 59 et 60. (**) Dans le milieu du mois de mai, le mariage s'était (ait à Chantilly sans pompe.

jours forcé de condamner ce malbeiu*eux en le plaignant toujours I Mais on ne peut en bon • neur abonder dans le sens d'im jaloux ; ce serait lui enfoncer le poignard ^ et condamner à la fois sa femme et le roi^ que de déplorer avec lui im malheur dont il n'a encore que l'apprâi^ision... Que l'appréhension! Hélas! elle est si fondée ! Je ne m'étais pas trompé lorsque je prédisais au roi les funestes effets de son nouvel amour, et de la jalousie qu'il exciterait des deux côtés. J'en prévis de plus graves inccmvénients que de tous les autres, et je fis tous mes efforts pour en empêcher les progrès; je les redoublai lorsque le roi m'annonça le projet de faire épouser cette jeune beauté à monsieiur le prince. Je n'attendais point de Henri, dans cette occasion, la généreuse résolution de s'imposer la nécessité de renoncer à la personne aimée; c'était le contraire que j'appréhendais, et le point de vue ne me montrait que ressentiments et fureurs de la part du prince, des parents de la princesse, de la reine et autres : le fatal mariage ne s'en fit pas moins (*). Aussi, quelles animosités, quels scandales, quelles intrigues depuis trois mois!... J'entends M. le prince.

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