SCÈNE XI
LAHURE, LES MARGUILUERS.
LAUUBE. — Il me semble que ce n'est pas mal s'en tirer. Qu'en dites-vous?
PREMiEB MABGUiLLiEB. ~ C'cst admirable!
LAHUBB. — Remarquez-vous queleTfe Deum va être chanté, et que je n'en aurai pas le démenti? Si le Dauphin ne revient pas, et que la reine et les Armagnacs triomphent, je leur dirai que le péril le plus imminent et le plus grave ne m'a pas empêché d'exécuter les ordres de la reine. Si c'est le Dauphin qui l'emporle, il saura que la cérémonie a eu lieu à son intention. Me voilà en mesure des deux côtés.
PBEHIBa MARGUILLIER. — C'eSt un COUp dc
maître.
LABUBB. — Mais ce n'est pas tout. Je viens de me ménager en même temps la faveur du duc de Bourgogne. Le Dauphin ayant rompu avec les Armagnacs, il est à croire qu'il a renoué avec le duc de Bourgogne; et c'est son intérêt, car ce n'est point le Dauphin, c'est Jean-sans-Peur, que les cabochiens ont dans leur diable de caboche. Ainsi je contente tout le parti populaire, en conseillant verbalementy notez bien, verbalement, d'arborer à la paroisse les couleurs et les armes de Bourgogne; et, ce qui est le comble de l'habileté, en remettant au peuple la clef du vestiaire, je lui
laisse le blâme de cette action, si la reine l'anporte, et j'ai le mérite du conseil, si c'est le Dauphin.
PBEiiiEB MABGuiLLiEB. — n Serait possîble que voire habileté se trouvât ici en défaut; car bien des gens pensent que le Dauphin s'est brouillé avec les Armagnacs, sans se raccommoder avec les Bourguignons.
LAHUBE. —C'est très-invraisemblable; mais un averti en vaut deux. Tâchons de savoir ce qu'il en est; toutefois sans sortir encore du Louvre, de crainte d'accident.