‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 29 sur 478 · DBS DEPUTES DU PEUPLE · texte numérisé non relu

DBS DEPUTES DU PEUPLE

PRB1IIBB DÉPUTÉ. — MarguilUcr, le peuple veut avoir la clef du clocher; donne-la, ou tu es mort!

SECOND DEPUTE. — J'VOUloUS la clcf dc

l'orgue et celle-là du vestiaire, et celle-là du luminaire aussi. Si tu refuses, t'es occis!

LAHUBE. — Parlons, entendons -nous, mes chers concitoyens. Je veux bien vous remettre

ces précieuses clefs, mais à une condition sans laquelle je perdrai plutôt la vie.

PBEMism DÉPUTÉ. — Point de condition.

SECOND DÉPUTE. — TcS Clcfs , OU tU CS

mort!

LAHUBE. — Eh bien, je veux mourir^ oui, mourir,* mes chers concitoyens, plutôt que de livrer ces précieuses clefs, à moins que vous ne me juriez, au nom du peuple français, de ne permettre ni à l'organiste de jouer, ni au souffleur de souffler d'autres airs que des airs agréables à monseigneur le Dauphin, tels que Charmante Cassinel et autres semblables; de plus, de ne permettre aux sonneurs de sonner ^ carillonner qu'en réjouissance de l'heureuse évasion qui a soustrait monseigneur le Dauphin à l'emprisonnement qu'avait ordonné la cour du quai Saint-Paul; et enfin de ne mettre aux statues de notre église que des écharpes aux couleurs et aux armoiries de Bourgogne, son beau-père, et l'ami du peuple.

PKBMiEB DÉPUTÉ. — Quc diable est-ce qu'il nous chante donc? C'est lui qui nous recommande de... c'est à nous qu'il veut faire jurer que... c'est donc lui qui... c'est donc nous que... je pensions, quoi!...

sEco.\D DÉPUTE. — C'cst douc vnû qu'ils vouliont arrêter monseigneur le Dauphin?

LAHUBE. — Très-vrai, puisque c'était pour son évasion, par son ordre, et pour vous l'annoncer, que je faisais sonner ce 7e Deum pour lequel vous m'avez si injustement maltraité.

PBEMIEB DÉPUTÉ. — Oh diautrc ! Eh

bien! si c'est comme ça, faut chanter le Te Deum! faut le chanter; je voulons qu'il fût chanté...

LAHUBE. — C'est bien le cas, mes amis, c'est bien le cas. Retournez donc, faites sonner le Te Deum y et ayez le soin de tirer du vestiaire, pour la cérémonie, les chapes et autres ornements aux couleurs de Bourgogne, etblasonnées de la croix de Saint-André: le tout conune c'était il y a quelques mois. Il faut revêtir d'écharpes aux mêmes couleurs et aux mêmes armoiries tous les saints de l'église par roissiale. Ce n'est pas trop en règle, de mettre sur les épaules de notre grand saint Eustache la croix de saint André, son confrère; mais je pense, d'après l'idée que je me suis faite de

LE MARGUILLIER DE SAINT-EUSTACHE

ses vertus et de son caractère^ qu'il se prêtera volontiers à la circonstance. Voilà les clefs. A l'égard du luminaire^ vous trouverai dans Tarmoire aux cierges trente douzaines de cierges et de flambeaux de tous les calibres^ et qui n'ont été qif éméchés pour le duc de Bourgogne. Veillez à ce qu'on les allume fidèlement^ car les sacristains ont toujours soin d'en lusser la moitié d'éteints pour en gagner la cire. Quand le public se plaint de ce que la paroisse est mal éclairée^ ils croient être quittes pour accuser la qualité de la cire^ parce que c'est la fabrique qui la fournit. Les marguilliers n'en sont pas dupes; ils veillent sur les abus^ je les en avertis^ et sur les progrès des lumières... Allez^ mes cfaers concitoyens, instruisez le peuple des faits^ et éclairez-le...

(Les députés sortent.)

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