‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 321 sur 478 · RÉPONSE DE M. ROEDERER · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE M. ROEDERER

Matignon, le ii «epleiiibre i«30

Monsieur ,

Quand j'ai essayé de faire absoudre le fanatisme d'un crime auquel il e«t manifeste qu'il n'a eu aucune part , j'ai rejeté l'accusation sur le pouvoir absolu : ceux qui accusent le fanatisme absolvent le despotisme, voilà à quoi ils ne prennent pas garde. Mais ce n'est pas en baine de l'un ou de l'autre que l'historien doit écrire ; il doit tendre à la vérité. Malheur à ceux qu'elle déshonore et qu'elle flétrit !

Quant aux guerres dites de religion , dont j'accuse les grands et gens de cour, je sers en cela la cause du protestantisme autant que celle du catholicisme; car il est certain, et La Noue ne laisse aucun doute sur ce point , que les grands excès qu'on attribue au fanatisme ont commencé dans l'armée de Condé, qu'on appelle les protestants ; et que le pillage de Blois commis par l'armée de Guise , qu'on appelle les catholiques , n'a été que la représaille du pillage de Beaugency, exé-'uté par la soldatesque de Coudé. (F. p. 58.)

Gela me ramène encore à mon adage : Dire ce qu'on croit conforme à la vérité.

Je n'ai, comme vous dites, monsieur, prouvé autre chose que ce qu'on a dit cent fois avant moi, savoir : que la religion n'a été qu'un prétexte. Si elle n'a été que le prétexte des guerres de religion , il n'y a donc pas ea de guerre de religion, c'est^-dire causée par la religion ? Et si je n'ai fait que répéter ce qui a été dit cent fois , comment ce que j'écris peut- il être qualifié de paradoxe?

Au fait, monsieur, vous avez pourtant raison. Mon livre est tout à la fois lieu commun et parado]ce.

Lieu commun , parce qu'il répète après cent autres que la religion ne fut qu'un prétexte; paradoxe, parce que tous les écrivains qui ont dit cette vérité ont cependant raconté toutes les cruautés et tous les excès des guerres comme des œuvres de fanatisme : ils ne voient que la main-d'œuvre de l'action, si je puis parler ainsi , sans regarder les chefs et les intentions qui l'excitent et la dirigent. Ils voient le soldat qui pille et qui tue, jamais le général qui fait tuer et piller; et dans le soldat ils voient le catholique ou le protestant, et jamais la soldatesque pillarde et indisciplinée. Quand on a lu Lacretelle , par exemple, on voit bien l'auteur qui, de sa chaire politique, vous a dit : • C'est l'ambition des grands qui vous a fait tout ce mal; >» mais on voit bien plus le poète ou l'historien qui, dans ses descriptions des guerres, n'a montré que des fureurs religieuses; il ne fait la part de personne. On voit l'ambition des grands tout faire et le fanatisme tout faire. Et quand il montre l'ambition , il semble que le fanatisme n'a aucun rôle dans le drame, qui, quand il met le fanatisme en scène, ne laisse rien faire à l'ambition.

J'ai fait la part à chacun. Voilà mon paradoxe. Je ne puis vous dire en ce moment, monsieur, où j'ai trouvé que Calvin était à Orléans à l'époque du traité d'Amboise. Je suis à cinquante lieues de Paris, où j'ai laissé mes notes et extraits. Quand j'y retournerai, je m'empresserai de vous satisfaire. Je suis certain d'avoir à citer une autorité précise sur ce fait , parce qu'ayant voulu savoir si la lettre de Calvin au prince de Condé,qui est insérée dans P.Mathieu, avait été écrite d'Orléans , et étant resté longtemps dans le doute, enfin m'est venue la rencontre d'une autorité qui a résolu la question. Je croirais volontiers que c'est La Noue ou Castelnau. J'observe, au reste, que la lettre de Calvin rapportée par P. Mathieu ne prouve pas que Calvin fût, après le traité d'Amboise, dans un état de souffrance et de caducité extrêmes.

Je vous remercie , monsieur, de la communication qui me fait connaître la réfutation de la Revue d'Édmbourg. Je ne sais que par cet ouvrage ce qu'a écrit Lingard. La réfutation commence par beaucoup de futilités. Sur le fond de la question, elle peut être forte contre Lingard ; elle est faible contre le peu que j'ai dit sur ce sujet, et nulle contre ce que je présente comme le fond de l'histoire, dans un ouvrage qui doit être en ce moment à l'impression , et dont je charge mon secrétaire de vous porter les épreuves ou de vous prêter la minute, si vous avez le loisir de la lire en peu de jours, ou de vous l'entendre lire par lui.

Mon secrétaire aura l'honneur de vous remettre en même temps le cahier de la Revue protestante.

Agréez , monsieur , l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

Signé RoKnRRBR.

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