‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 320 sur 478 · LETTRE DE M. MARRON A M. RGEDERER · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. MARRON A M. RGEDERER

Quand j'ai vu M. Roederer nier que la religion ait été pour quelque chose dans le massacre de la Saint- Barthélémy ; qu'il y ait eu en France des guerres de religion ; acquitter le fanatisme catholique de tant de reproches qui , depuis si longtemps , pèsent sur lui , je me suis demandé : M. Roederer , tout vieux qu'il est, aurait-il , par impossible , l'ambition de devenir marguillier de sa paroisse, et de figurer au banc de l'œuvre? Sérieusement parlant , je crois que M. Rœderer a soutenu un paradoxe; mais il l'a soutenu d'une manière digne de lui , avec infiniment de talent, d'érudition et d'esprit. Quoique toutes mes anciennes préventions de huguenot ne*8oient pas ef&eées, il en a afiaibli , ébranlé plusieurs. Au fond , il n'a pas prouvé autre diose que ce qu'on a dit cent fois avant lui, savoir que, dans les gtierres dites de reBgkm^ la religion n'est communément qu'un prétexte, et que les agitateurs ,

Couvraot leurs iutéréu de l'intérêt des deux , Conduisaient dans le piège un peuple furieux.

Je remercie bien sincèrement M. Roederer de l'envoi qu'il m'a fait de son livre. J'ai éprouvé encore cette fois à le lire le même plaisir que j'avais à l'entendre au club de 89. Je prie toutefois M. Roederer de m'éclaircir un doute : Où est-ce qu'il a pris « qu'à la conclusion du traité d'Amboise , Dandelot avait près de lui, à Orléans, Calvin et Théodore deBèze, > ce dernier nominativement inculpé par Poltrot de complicité dans l'assassinat du duc de Guise ? Mézerai parle de Bèze et d'un autre ministre. Existe-t-il ailleurs quelque chose de plus explicite P La oonventioa d'Amboise est du 19 mars 1563, et en 1563 Calvin était dans un état de souffrance et de caducité qui présageait sa fin prochaine , laquelle arriva le 27 mai de l'année suivante. Deux ans auparavant, à la proclamation de la paix religieuse, les églises réformées de France avaient témoigné le désir de voir Calvin venir travailler à leur édification. On l'avait demandé avec instance au conseil de Genève, et le conseil, appréciant ce grand homme et craignant de l'exposer, s'était refusé à ce vœu.

Je ne pense pas que M. Rœderer ignore que sa doctrine sur les véritables causes de la Saint-Barthélémy, et sur la non-préméditation de ce massacre, a été soa-

AUX COMÉDIES HISTOWQUES.

tenue depuis peu dans V Histoire ultra - csitholique d'Angleterre, par le docteur Lingard (Londres, 1823). Mais je lui apprendrai peut-être que les auteurs de la Rewe d'ÉiUmbourg ont réfuté le docteur Lingard d'une manière bien remarquable. Si cette polémique n^était pas parvenue à la connaissance de M. Rcederer, il pourra en prendre une idée dans le cahier ci-joint delà Revue protestante^ p. 218-240. Je prie instamment M. Rodderer de me renvoyer ce journal le plus tdi possible.

Je prie M. Rcederer d'agréer les assurances de mes sentiments les plus distingués.

Marron.

Ce s ■epicmbre leso.

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