‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 328 sur 478 · V. AUOVSTK · texte numérisé non relu

V. AUOVSTK

Sans doute. Et le proverbe...

M. HOC

Eh ! le proverbe ment.

M. AVOUfTK.

On dit : Vn franc Picard,

M. HOC

L'argument est risible.

Allez-vous croire aussi tout proverbe infaillibleT Je ne m'y trompe plus ; et vous n'avez qu'à voir Comment dans le vulgaire on aime à recevoir Ces mots bien arrangés, ces paroles sacrées Qui deviennent des sots les règles révérées. Quelque impudent coquin^ rusé comme un renard. Aura dit un beau jour : Je suis un franc Picard! Vingt autres après lui, dans pareille occurrence, Auront dit et redit la même impertinence \ Et le public, croyant ce dicton convenu, L'aura pris pour garant d'un fait bien reconnu.

M. AUGUSTE

Le Doux est très-bon père : il sait qu'à sa famille Vous êtes agréable, et surtout à sa fille.

M. HOC

A sa tille? Est-il vrai qu'elle puisse m'aimer ?

H. AUGUSTB.

Ses discourt, ses regards me l'ont fait présumer.

M. HOC

Je me plais à penser...

M. AUGUSTE

Croyez, sans tlatleric...

M. HOC

Ce peut bien être aussi pure coquetterie.

Désir du mariage, enfance, vanité,

Amour du changement et de la liberté...

Que sais-je? Il faudra voir... De ce côté, mon frère,

J ai deux écueils a craindre... et... quand je considère..

M. AUGUSTE

Deux écueils? quels sont-ils ?

M. HOC

Le premier, un refus ; Le second, un aveu qui m'affligerait plus, S'il ne sortait du cœur.

M. AUGUSTE

Vous oubliez la mère.

Vous ne m'en dites rien. Elle est d'un caractère...

M. HOC

Croyez-vous bonnement que je ne prévois pas Combien elle nous peut susciter d'embarras? Elle s'est appliquée à la haute science Des lois de l'étiquette et de la préséance; Elle a l'état exact des amis, des parents Qu'un prétendu doit voir, et des empressements Qui sont dus à chacun , et l'ordre des visites ;

Les discours que, selon le rang et les mérites. Il doit tenir à tous; le temps qu'avec chacun Il convient de passer ; quand il est opportun Qu'il arrive chez l'un, quand il faut qu'il en parte; A quel autre il ne doit tout au plus qu'une carte...

(Séneus9m9nt,) Je sais que tous mes pas seront ici comptés. Tous mes moments marqués, tous mes discours notés. Je me perds, si je vais m'écarter de la ligne Que fixa son compas, que son cordeau m'assigne. Je vois tous ces dangers. Les oppositions Naîtront de toutes parts. Que de précautions

( Plut sérieusement . ) Il faudra!... Vous savez comme en diplomatie Un agent avisé travaille et négocie :

On dit un mot, puis deux; puis on ne dit plus rien. On regarde venir, et l'on prend un maintien. Suivant ce qu'on entend, on avance, on recule, L*on monte, l'on descend, on joue à la bascule; On s'enfonce dans l'ombre et puis l'on s'éclaircit, Et le moment d'après l'ombre encor s'épaissit. ... L'éloquence gasconne est fort persuasive. Mais j'admire un Normand prenant la défensive. Jamais oui, jamais non ; jamais un vrai Normand Ne se compromettra par un mot concluant 0 merveilleux effet d'une sage éloquence! Le discours d'un Normand dit moins que son silence. Un Gascon provoqué garde mal son secret : Le pauvre homme est perdu, s'il faut qu'il soit discret. Un Normand parlerait vingt-quatre heures de suite, Il serait en colère au point de parler vite. Son secret dans ses mots dûment empaqueté Ne serait à la fin que mieux en sûreté. Imitez à propos cette sage méthode; Nous sommes du pays, suivons-en donc la mode. Vous voilà bien instruit... Le Doux connaît mon bien. Pour finir, bien ou mal, il ne vous manque rien.

H. AUGUSTE

Tout se présente bien dans cette grande affaire ; Tout conspire au succès .. hors le père et la mère, ... Et la fille elle-même... En subtils ennemis. Il faut négocier avec ces vienx amis !

M. BOC

Moi, j'estime beaucoup cette honnête famille ; Mais sont-ils obligés à me donner leur fille?

[SiUnce et changement de ton,) Quand je crains leur refus, mon esprit prévoyant Aurait d'autres soupçons, s il n'était confiant...

M. AUGUSTE

Confiant!

M. HOC

Vous riez ! C'est bien à vous, mon frèrc^ A vous, de méconnaître ainsi mon caractère : Encor que vous soyez mon unique héritier, Et que votre intérêt soit de contrarier Tout projet de liens qui, de mon héritage; A des fils de mon sang assure le partage. C'est vous que j'ai choisi pour premier confident. Pour négociateur, pour conseil, pour agent;

MONSIEUR HOC, OU LE MÉFIANT

(Avec chaleur,) C'est vous que j'ai chargé du bonheur de ma vie, C'est par vos propres mains que je vous sacriûe!... Est-ce être méfiant que d*en user ainsi?

(Avec amertume) Moi méfiant! ingrat 1... Rien n'est fait, Dieu merci. Je vois bien qu'il faudra dans ce moment extrême Que je fasse à Le Doux ma demande moi-même ! Ainsi n'en parlez pas. Méfiant! de nous deux Vous seul avez des droits à ce titre odieux.

(Il sort : et revient sur ses pas.) N'allez pas vous mêler, au moins, démon affaire : II m'importe beaucoup que vous veuillez vous taire.

M. AUGUSTE

Oui, oui Je me tairai.

M. HOC

Vous me le promettez ?

M. AUGUSTE. '

Oui, je vous le promets.

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