‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 329 sur 478 · M. AUGUSTE, M. LE DOUX, MAD.\ME LE DOUX · texte numérisé non relu

M. AUGUSTE, M. LE DOUX, MAD.\ME LE DOUX

M. LE DOUX, à M, Hoc qui sort et ne Ventend pas. Adieu donc! vous sortez.'

(A M. Auguste.) Votre frère parait être tort en colère. A qui donc en a-t-il ?

M. AUGUSTE

Parbleu ! c'est le contraire.

Mon frère est amoureux !... Oh! qu'il sera plaisant De voir à cette épreuve un cœur si défiant! Entraîné par l'amour, retenu par la crainte, Tantôt dans l'abandon, tantôt dans la contrainte. Ivre quelques instants, l'heure d'après confus. Se fuyant, se cherchant, ne se retrouvant plus!...

(Avec gravité,) Au fond, tout est très bien. Cette importante affaire N'a de difficulté que dans son caractère. Son choix est excellent; et, quand vous le saurez. Je me flatte pour lui que vous l'approuverez.

MADAME LE DOUX

Quel est l'ai mal)le objet pour qui son cœur soupire?

M. AUGUSTE

Il m'a bien défendu, certes, de vous le dire.

MADAME LE DOUX

Craindriez- vous de voir notre ancienne amitié Trahir indignement un secret confié?

Parlez donc! C'est?... c'est.»... c'est?...

M. AUGUSTE

Eh bien ! c'est votre fille.

MADAME LE DOUX, gourmée.

C'est un peu brusquement aborder ma famille !

Que diable dis-tu là?

MADAME LE DOUX

Sans préparation

Me faire de plein saut sa déclaration !

M AUGUSTE

Mais vous l'avez voulu.

MADAME LE DOUX

Avant de me la rendre, On aurait dû savoir si je voulais l'entendre.

M. LE DOUX

Tu veux donc soutenir ton système étemel De cérémonial, et ton air solennel !

Il s'agit d'un ami.

MADAME LE DOUX

Monsieur, eh ! que m'importe ?

Un ami, pour entrer, n'enfonce point la porte. M. AUGUSTE , dtun tOH de ^isanterie.

Dans mon diseours très-bref, d'ailleurs improvisé, Je ne crois pas, madame, avoir rien proposé. Prenez ce que j'ai dit, à l'insu de mon frère, Conune un préliminaire à tout préliminaire.

MADAME LE DOUX

J'aurais au moins voulu qu'un illustre pacent, L'évêque, par exemple, ou bien le président (C'était la convenance, et c'est toujours la marche), Eussent fait envers moi la première démarche.

M. LE DOUX

Allons, apaise-toi. Il est sous-entendu

Que, quand avec l'ami nous aurons tout conclu,

L'évêque, son clergé, sa croix et ^ bannière...

MADAME LE DOUX

Que vous parlez, monsieur, d'une étrange manière!

M. LE DOUX

Je n'ai pas comme toi l'éloquence de Cacn : Mais j'adopte un principe, et j'y suis conséquent.

MADAME LE DOUX

Doit-on, par un assaut, entrer dans ma famille?... Ce que je dis, monsieur, n'est que pour votre fille. Je veux qu'avec décence, et même dignité. Elle prenne son rang dans la société.

Trouverez-vous mauvais un dessein aussi sage? Sonmies-nous dans un temps, dans un pays sauvage?

M. LE DOUX

Mais si notre ami Hoc, par hasard incorrect, S'en vient t'apostropher d'un impromptu direct. Voudras-tu rebuter ce parti convenable?

MADAME LE DOUX

Ce que vous supposez est fort peu vraisemblable.

M. LE DOUX

Enfin, s'il s'affranchit de tes formalités?...

MADAME LE DOUX

Que ne lui dites- vous que vous l'en exemptez? Voulez-vous lui jeter votre fille à la tête?

M. LE DOUX

Veux-tu la lui montrer comme, au jour de sa fête, Une sainte en sa châsse?... Eh ! pourquoi le blesser?

MADAME LE DOUX

Serait-ce l'avilir que ne point s'al)aisser?

M. LE DOUX

Promets-moi la douceur.

MADAME LE DOUX

Oui, si votre silence...

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