‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 331 sur 478 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LES MÊMKS, M. HOC.

M. HOC, à nMdame Le Doux.

J'apprends votre arrivée ; Jen suis ravi. Comment vous étes-vous trouvée De l'air de Saint-Germain, que je crois trop vanté?

MADAME LE DOUX

Monsieur, il fait toujours du bien à ma santé...

M. LE DOUX

Mon cher, avec sa mère Albine est revenue...

MADAME LE DOUX, bos à soH mari.

Eh bien ! n'aurez-vous pas un peu de retenue?

(fiaut.) Elle a voulu venir pour l'opéra nouveau Que Ton donne ce soir.

M. LE DOUX

Et qui sera fort beau !

MADAME LE DOUX

Je sais que de beautés la musique étincelle ; Le poëme, d*ailieurs, est ravissant comme elle.

M. LE DOUX

Ma femme est très-bon juge. Elle est grand amateur.

Elle connaît l'ouvrage?

M. LE DOUX

Elle connaît l'auteur...

Mais d'abord, mon ami, ma femme est prévenue Que chez moi la cuisine est froide et dépourvue. Je ne l'attendais pas. Nous avons arrêté Qu'on dînerait chez vous.

M. HOC

Ah ! j'en suis enchanté.

MADAME LE DOUX

Nous avons espéré...

M. LE DOUX

Mais je veux qu'il devine Qui nous l'a proposé?

MADAME LE DOUX

Qui ? C'est moi.

M. LE DOUX

C'est Albine.

MADAME LE DOUX , hcu, à soH mari.

Monsieur, y pensez-vous ?

(A M. Hoc.) Non, monsieur, point du tout; Et même cediner est très-peu de son goût.

M. HOC

Vous pouvez aisément à cette douce idée Fermer, malgré monsieur, mon âme intimidée.

Eh non! mon cher ami. Pourquoi le déguiser? Vous chérissez ma fille ,

(A demi-voix et penché vers son oreille) et voulez l'épouser...

Vous convenez très-bien à ma femme, à ma fille, A moi surtout, mon cher, à toute la famille... Plus de cérémonie.

M. HOC, s'adressant à M. Le Doux et à sa femme.

Heureux événement !

[Avec embarras et inquiétude.) Quoi ! mon projet d'avance avait votre agrément ! Je ne puis exprimer toute la gratitude...

MADAME LE DOUX

lies choses, il est vrai, vont d'une promptitude...

(A part.) Monsieur... Ah ! je suffoque ! est-il rien plus cruel Qu'étrangler de la sorte un acte solennel ?

M. HOC , à part.

La mère, je le vois, ne m'est pas favorable.

M. LE DOUX

Oui, vous aurez ma fille, ou je me donne au diable.

M. HOC

Doucement ! doucement ! Comme vous prenez feu !

{A part.) C'est plutôt prendre au corps que donner un aveu.

{Haut.) Je vois que vous allez prescrire à votre fille D'accueillir un ami si cher à la famille ; C'est ce qu'il ne faut point. En tout bien, tout honneur, Je désire moi-même interroger son cœur.

(A madame Le Doux.) Me permettriez- vous de savoir d'elle-même Quel retour elle accorde à mon amour extrême? Vous connaissez, je crois, mes mœurs, ma probité ; Je n'abuserai point de cette liberté...

MADAME LE DOUX

Mais... l'aveu d'une fille emprunte d'ordinaire. Pour instruire l'amant, l'organe de sa mère... Il me semble d'ailleurs, monsieur, qu'on peut fort bien Apprendre si Ton plait, sans un long entretien. Je pourrais, sans blesser en rien la bienséance, Vous en accorder un, monsieur, en ma présence... Et, contenant aipsi mon esprit scrupuleux, Je me contenterais d'avoir sur vous les yeux.

M. LE DOUX

Ils seront fort à l'aise avec cette méthode !

{Bas à M. Hoc.) ^

Je veux vous procurer un moyen plus commode.

M. HOC

Je vous suis oblige ; mais peut-être il vaut mieux

MONSIEUR HOC, OU LE MÉFIANT

Que j'écrive un billet tendre et respectueux.

M. Ll DOUX.

Tout comme il vous plaira.

M. HOC , à mctdame Le Doux,

Je soumettrai ma lettre A votre jugement, avant de la remettre.

■Aviax u Dora.

Je m'en rapporte à vous.

M. HOC , à madame Le Doux,

Mais ne défendez point De me répondre.

MADAMB LE DOUX.

Non.

M. HOC j à M, Le Doux,

Ordonnez-le encor moins.

M. LB DOUX

Je n'ordonnerai rien.

M. HOC

Ainsi, je vais écrire.

MADAMB LB DOUX.

Tout cela va d'un train !... Il faut bien y souscrire.

M. LB DOUX

Vous savez que je hais les affectations, Et ne m'épuise point en protestations.

Je suis vrai.

Mais léger.

M. LK DOUX

Je suis froid, mais sincère.

Je promets peu, très-peu....

M. HOC

C'est ainsi que j'espère.

M. LB DOUX

Mais je tiens.

MADAMB LB DOUX, gourmée.

Moi, monsieur, je promets quand il faut. Ma parole est sacrée.

M. HOC

Elle vient de si haut, (A part.) Qu'elle enjoint le respect. Mais pour la confiance Elle veut moins d'emphase et plus de bienveillance.

Page 1