LES MÊMES, M. LE DOUX
MADAME LB DOUX
Ah! nous vous attendions pour arrêter un plan.
M. LE DOUX
Un plan l un plan ! grands dieux !
MADAME LE DOUX
Le plan d'une réponse Au billet que voici. Biais, moi, je vous l'annonce, U me pandt douteux qu'on puisse décenunent Répondre à ce billet, où le feu d'un amant...
M. LB DOUX , après avoir lu.
Hoc n'est point un amant...
ALBUIB.
Qu'est-ce donc?
M. LE DOUX
C'est un homme Qui demande ta main. Savoir comment se nomme Le rôle qu'il Csit là, d'amant, de prétendu. Cela n'importe guère, et c'est du temps perdu De discuter ici toutes ces fariboles.
Loin de nous, mes enfants, les disputes frivoles !
{A sa /UU,) Eh bien ! que penses-tu de ce grave poulet?
ALBIHB.
Moi ! je ne l'ai point lu.
Pourquoi donc?
MADAME LB DOUX
S'il VOUS plaît f Il faut examiner si ma fille peut lire...
M. LE DOUX
Hé quoi î ce que vous-même avez permis d'écrire!...
MADAME LE DOUX
C'est que de certains mots... et l'on doit ménager L'oreille d'une fille...
M. LE DOUX , après avoir lu le billet. Allons !... |)oint de danger A lire ce billet. Moi, je vais sans scrupule Le lire à haute voix, et braver ta férule
(Il lit,) (t Depuis quatre ans entiers vous voyant chaque jour, « Je n'ai pu garantir mon cœur contre l'amour. »
MADAME LB DOUX
L'amour ! vous l'entendez ?
M. LE DOUX
L'amour ! Ce mot m'enchante.
MADAME LE DOUX
C'est ainsi qu'on entame une intrigue galante ! Mais, pour se marier, un prétendant correct A l'objet de son choix fait valoir son respect, Et non pas son amour!
M. LE DOUX
Lisons sans commentaire :
« Mais c'est un grand malheur si je ne puis vous plaire ;
• Et je crains ce malheur. Je n'ai nul agrément.
« Je sais aimer... beaucoup; mais plaire, nullement. <t Vous m'estimez, je crois ; mais ce n'est pas l'estime
• Qui sauve les dégoûts dans une vie intime ;
• C'est l'amour, l'amour seul. C'est de lui que mon cœur
• Sollicite la main dont j'attends mon bonheur. « A sa décision Albine doit souscrire.
« S'il n'a rien à répondre, elle n'a rien à dire. »
Ainsi finit l'épitre : or, malgré vous, je tien
Qu'en tout point, qu'en tout sens, cette lettre est fort bien.
Elle a, j'en suis très-sûr, le suffrage d'Albine.
Je ne dis pas, mon père...
M. LE DOUX
Oh non ! mais je devine.
Moi, je vais rondement, et je n'ai pas le tic De mettre mon esprit toujours à l'alambic. Lorsqu'un ami m'écrit, ses moeurs, son caractère, A ses mots, quels qu'ils soient, servent de commentaire ; Je n'en admets point d'autre. U peut être incorrect Qu'on t'ait parlé d'amour en style trop direct ; Mais je trouve fort bien que dans le mariage L'amour se glisse encor, malgré le bel usage. En hiveur de la chose excuses donc le mot I Qu'importe sur quel chiffre on attrape un bon lot ?
AunvB , à part.
Bfa mère» en fftit d'esprit, ne le cède à personne ; Mais mon père, anjotrrd'htii, la surpasse et m^étonne.
lUDAXr LE DOUX.
Eh bien 1 qaelle est, monsieur, votre condwion ?
M. LE DOUX , à sa fille.
C'est que vous répondiez.
MADAME LE DOUX
Belle décision !
M. LE DOUX
Plus il est déûant, plus il faut d'abondance Dans vos expressions.
MADAME LE DOUX
Plus il faut de décence.
M. LE DOUX
Il faut le rassurer par la sincérité... La bonté... la candeur... la cordialité !
MADAME LE DOUX
n faut le rassurer par la sage réserve
Qui prouve Tinnocence, et surtout la conserve.
M. LE DOUX
n faut dire ( après tout il est votre parent ) :
- Mon cher, ne craignez pas de m'étre indifférent
- Vous m'aimez, je le crois ; et mon bonheur suprême
• Sera de vous prouver aussi que je vous aime.
• J'aime bien mes parents et je les rends heureux,
« Je ferai mon bonheur de vous aimer comme eux. » Voilà ce qu'il faut dire.
ALBUiB, àpart.
0 mon Dieu 1 e'est tublime i
MADAME LE DOUX
11 faut dire ; « Monsieur, votre honorable estime H Est pour moi d'uo grand prix, et j'ose me flatter
• Desla rendre durable et de la mériter. »
M. LE DOUX
Dites-lui : Je vous aime.
MADAME LE DODl.
Eh no»! Jévoui h&mre.
Est le mot convenable, et c'ert beaucoup enoore.
M« LE DOUX
Je vous (Orne est le mot Je wms ehérls ; toujerns, Toî^Qttrs J'aurai pow vous, mmi eher, le même amom.
ALUMB.
Mon père, c'est bien fort.
M. Ul DOUX.
Cest fort bieU) au eoBtnire»
De dire en pareil cas ce qu'un bon cœur suggère Pour calmer les soucis d'un amour inquiet n faut plaire à Famaat, puisque l'amant te plaît Crois-moi : quand il s'agit de guérir un malade Et qu'on tient le reiaède, oa doit verser rasade. Voilà mon sentimttit... Maintenant tu feras, Pour la conclusion, comme tu l'entendras. Je m'en rapporte à toi. D'ailleurs voilà U aère, Qui, contre mes discours va se donner carrière. Et tu pourras choiâr, après cel entretien. Entre trois bons «vis, le tien, le sien, le mien.
(//tore.)
MONSIEUR HOC, OU LE MÉFIANT