ACTE I, 8CÊNE Vffl
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coup d'oeil un moment direct , perçant et &xe^ et ensuite oblique, errant et douteux.
M. DB LÀ CAUTBLLB. -^ Bicu saisi; trèsbien ! Ce cpie vous dites doit être juste. Je vois un homme , je le regarde jusqu'au fond de l'âme : c'est le moment de mon regard fixe et pénétrant; et puis je reviens à moi^ je réfléchis sur l'impression que j'ai reçue : aknrs mon regard exprime l'incertitude de ma pensée. Mais vous ne pouvez pas peindre ces deux regards en même temps.
n. MOTiLABT. ^ Nou^ vnûm^t!
M. DB LA OAUTELLB. «— Lequel peindrezvous?
M. MUTILAIT. — Celui quc vous voudrez.
M. DB LA CAUTBLLB. — Cc u'cst pas répondre.
H. MUTtLABT. — Ccst pourtsnt commc si je vous disais : Je peindrai votre regard comme vousTaurec quand je vous peindrai; je ne puis fairts autre ehose^ ni répondre autrement.
M. DB LA CAUTBLLB. — Il a ralsoD. Errant et douteux, cela ne pourraii41 pas ôtre pris pour de la mélancolie?
M. MUTiLABT. — A pcu près, tuHout si la bouche répond...
M. DB LA CAUTBLLB. — Lcs femmes van* tent beaucoup l'air mélancolique.
M. MUTILABT. — Eilcs l'aimeot assei.
M. DB LA CAUTBLLB. -* Jc mc fais peindre pour ma femme^ je la consulterai. Vous faut* il beaucoup de temps pour faire un portrait?
M. MUTILABT. — Très-peu , on ne peut pas moins.
M. PB LA CAUTBLLB. •» Cc u'est pBS répondre. Ce qui est peu pour vous, peut être beaucoup et trop pour nM>i. Vous êtes Normand^ M. Mutilart.
M. MUTILABT. — Mousicur, je ne suis pas Gascon.
M. DB LA CAUTBLLB. -^ ComMen de séances 7
M. MUTILABT. — DcUX.
M. DB LA CAUTBLLB. ^- CC n'CSt paS trop.
Mais de combien de temps?
M. MUTILABT. •-* D^uno petite heure, chacune.
M. DB LA CAUTBLLB. — Très-Uen... Et si le portrait ne ressemble pas, que devient-il?
M. MUTILABT. — Je Ic garde.
M. DB LA CAUTBLLB. — Mais qu'est-cc quî ju-
gera sll ressemble ou non? Sera-ce le peintre, ou le modèle?
M. MUTILABT. -* Cc scra vous^ monsieur.
M. DB LA CAUTBLLB. -— CcIB tt'est paS tTOp
juste.
M. MUTILABT. -— Si c'cst Dotre convention !
M. DB LA CAUTBLLB.--- Ainsi, VOUS DO Contesterez pas?
M. MUTILA ET. — Je IDC tiendrai pour dit qu'il ne ressemble pas, quand vous l'aurez dé-
M. DB LA CAUTBLLB. — Et VOUS uc mc dîrez pas que le défaut peut se corriger?
M. MUTILABT. — Je uc fend point la moindre objection.
M. DB LA CAUTBLLB. — Et VOUS uc me demanderez pas une séance de plus pour faire des chang^nents?
M. MUTILABT. •* Pas unc miuute.
M. DB LA CAUTBLLB. — Et voqs DO direz pas que j'ai mal posé?
M. MUTILABT. — Pbs uue syllabo qui sente la chicane.
M. DB LA CAUTBLLB. — Mais s'il VOUS plaît d'exposer mon portrait en public, et d'y ajouter qudques attributs disgracieux, pour vous venger de moi?.. . on pour vendre le tableau?. .. Vous ne répondez pas? Ce serait une infamie.
M. MUTILABT. •— Si Ic portrait ne vous ressemble pas , que vous importe que j'y ajoute quelque attribut?
M. DB LA CAUTBLLB. — CcIb cst justc; jc n'avais pas fait cette réflexion. Cependant...
M. MUTILABT. — Mais jo uc mc réserve pas cette faculté. Je supprime le portrait manqué. Aussitôt condamné, aussitôt lacéré.
M. DB LA CAUTBLLB. — Fort bien! à merveille ! Et le portrait , s'il réussit, coûtera-t-il des millions?
M. MUTILABT. — S'il réussit, il sera sans prix à mes yeux.
M. DB LA CAUTBLLB. — G'CSt fOTt oMlgCant.
Mais il s'agit de ma bourse.
M. MUTILABT. -«-A votre bourse, il coûtera... ce qu'il vous plaira.
M. DB LA CAUTBLLB. — Cc u'cst pss répondrc.
M. MUTILABT. — Dix louis paycrout le portrait. Cinq de plus payeraient, avec le portrait^ la bonne volonté et le zèle que j'y aurais mis^ parce qu'ils seraient une preuve de votre contentement.
4i4 MONSIEUR m: LA GAUTËLLË,
K . DB LA GADTBLLB. — Avec du talent et votre politesse y vous devez faire beaucoup de portraits.
H. MUTiLART. — Moiiis qu'uu autre qui n'aurait pas plus de talent que moi.
M. DB LA CAUTKLLB. — Et pOUrqUOi?
M. MUTiLABT. — G^ost que je ne peins que les hommes.
M. DB LA GAUTBLLB. — Et pourquoi ue peignez-vous pas les femmes?
M. MUTILART. — PaTce qu'il y faut mettre trop de mystère^ et que...
H. DB LA GAUTBLLB. — AcheveZ.
M. HUTiLAAT. — Et que les trois quarts des portraits qu^elles font faire sont pour leurs ..
M. I^E LA GAUTBLLB. — PoUT leUrS...?
H. MUTILABT. — Ne sout pas pour leurs maris.
M. DB LA GAUTBLLB. ~ J'eUteudS.
M. MUTILART. — Mou piuceau ne doit pas être complice...
M. DB LA GAUTBLLB. — VoUS étOS marié?
M. MUTILART. — Oui, mousicur.
M. DB LA GAUTBLLB. — Votre fcoune est jolie?
M. MUTILART. — Prs mal, mousicur.
M. DB LA GAUTBLLB. — Cela m'cxplique...
Vous aimez les tableaux^ à ce qu^il me paraît.
M. MUTILART. *— Ail ! mousieur^ ils font mon bonheur.
M. DB LA GAUTBLLB. — Il parait quo l'école espagnole vous intéresse?
M. MUTILART. — C'cst cc qu'il y a dc moins conunun en France , et ce qui est le plus en yogue.
M. DB LA GAUTBLLB. — Conmieut trouvezvous les miens?
M. MUTILART. — Admirables I
M. DB LA GADTBLLB. — Vous n'y trouvcz rieu à redire?
M. MUTILART. — Rieu, si ce n'est qu'il en faudrait de pareils au Muséum.
M. DB LA GAUTBLLB. — Vous étcs Ic premier peintre qui ne m'ait pas dit qu'ils sont en mauvais état.
. M. MUTILART. — Mais uou^ pas trop.
M. DB LA GAUTBLLB. — Qu'iis auraîcut tous besoin de réparation^ et plusieurs d'être remis sur toile.
M. MUTILART, SUT uti tofi de résetve affecté. — Puisque monsieur m'interroge ..
OL L'HOMME A PRÉCAUTiONS.
M. DB LA GAUTBLLB. — Qu'eStrCe qui pCUt
VOUS arrêter?
M. MUTILART. — G'cst quc r^toilcT des tableaux...
M. DB LA GAUTBLLB. ~ Eh bicU?...
M. MUTILART. — Eh bicu, mousiéur, c'est mon état principal. J'évite toujours de faire comme M. Josse.
M. DB LA GAUTBLLB. — C'CSt fOrt déUcat.
Mais parlez-moi librement.
M. MUTILART. — Mousicur^ cu voilà tTols qui auraient besoin d'être rànis sur toile.
M. DB LA GAUTBLLB. — A qUOÎ VOyCZ-VOUS
cela?
M. MUTILART. — A cc quc ces tablcaux sont à jour. Le vernis ne tiendrait pas dessus.
M.^ DB LA GAUTBLLB. — Commeut peut^D enlever la peinture de dessus une toiie^ pour l'appliquer sur une autre ?
M. MUTILART. — L'cxplicatiou ost difficile à donner clairement. Mais si monsieur voulait voir l'opération, je viendrais la faire ici sous ses yeux y dans son cabinet.
M. DB LA GAUTBLLB. — Sous mes ycux ! daiis mon cabinet ! J'aurais grand plaisir à voir cela.
M. MUTILART. — Mcs coufrèrës ne font ces réparations-là que diez eux. Ce n'est, disantils^ que dans leurs ateliers où ils peuv^t opérer avec commodité et sûreté... Et puis leur dignité souffrirait à travailler hors de chez eux.
Toutes ces raisons peuvent cacher un mauvais motif... Chez soi^ on peut copier un tableau précieux, peut^tre échanger un original crasseux et taché contre une passable copie; enlever une ou deux têtes d'un grand tableau, dans lequel il y a un certain nombre de figures, et les remplacer par des copies. Pour moi, je mets ma délicatesse à couvert de tout soupçon, et je me plais à préserver les personnes qui ont confiance en mon talent de toute inquiétude; et je n'opère que chez les propriétaires.
M. DB LA GAUTBLLB. — Et VOUS vicudricZ ici ?
vous vous établiriez tout le temps nécessaire pour nettoyer et restaurer mes tableaux?
M. MUTILART. — Oui , mOUSicUT.
M. DB LA GAUTBLLB. — Et il n'en Sortirait aucun de ce cabinet ?
M. MUTILART. — AuCUll.
M. DE LA GAUTBLLB. — Et VOUS y rcstericz...