‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 38 sur 478 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

LBS MÉHBS, LAHURE ET LES MARGUn^LIERS.

LAHUBR. — Monseigneur, enfin une joie vraiment franche, cordiale, nationale, universelle, se manifeste, pour la première fois, dans le peuple. Pour la première fois aussi la vérité va faire entendre des louanges sincères et libres, qui ne seront point exagérées, quelque excessives qu'elles puissent être. Avant vous, monseigneur, il n'y en eut que de fausses; pour vous il n'y en aura que de vraies. Ce qu'on aura dit à tant d'autres, on ne l'aura

LE MARGUILLÏER DE SAINT-EUSTACHE

on a dit à d'autres, sans

senti que pour vous le croire, qu'ils étaient grands, magnanimes, héroïques; maintenant, dans quelques termes qu'on vous le dise, quelque souvent qu'on le répète, pardonnez , monseigneur, à ma témérité, j'ose vous assurer qu'on vous le dira moins qu'on ne le pense.

LE D AU pn I N . — Marguillier de SaintEustache, votre franchise est courageuse. Elle me plaît...

LE DUC DEBAB. — Monseigneur, congédiez ce maraud, qui vous répète ce qu'il a dit au duc d^léans après le traité d'Arras.

LB DAUPHIN. — Seraitril vrai?

LAHUBF. — Il serait possible que...

4.B DAUPHIN. — Cela étant, quelle confiance puis-je prendre en vos discours*?

LAHUKE.— Ail! monseigneur, je m'en rapporte à votre conscience : elle est mon garant. Je ne fais que répéter ce qu'elle vous dit de vous-même. 11 n'en était pas ainsi de mon discours au duc d'Orléans.

LE DAUPHIN. — ^11 ne vous croyait donc pas!

lui?

LAHUBE. — Oh! paréonnez-moi , monseigneur; nwiis par un set orgueil dont vous êtes exempt. C'^st encore un témoignage que vous vous rendez à vous-même, j'en suis certain.

LE DAUPHIN. — Ma foi, jc suis obligé de convenir qu'il a raison. Maître Lahure , je vous crée chevalier de la Ceinture de C Espérance (*).

LAHUBB. — Monseigneur m'accable de ses bontés.

LE DUC DE BAB, ô<i< à Lahure. — Comment! m'accable? Dis donc me comble, imbécile !

LAHURE. — Aussi , monscigncur peut être assuré que je le comble de mes bénédictions , de mes...

LE DUC DBTBAR.— Dis douc jc l'accablc, butor!

LE cHANCELitB. — Monscigucur ne daignera-t-il pas ajouter le noble monosyllabe de au nom de maître Lahure?

LE DAUPHIN. — A la première occasion , chancelier. Il faut bien tenir quelque grâce en

(^) Charles VI, étant à Toulouse en 1389, fonda l'ordre de la Ceinture de VEspérance. (Hénault.)

Villaret attribue la création de cet ordre à Louis de Bourbon, justement surnomme le Bon, père de Jean ; qui figure dans la pièce.

réserve pour un sujet qui s'épargne si peu.

LE DUC DE BAB. — Si mouseigueur voulait seulement changer une lettre au nom de Lahure, pour le rendre plus sonore, et le préparer à recevoir la haute qualité d'écuyer, par exemple, un / à la place de VE qui le termine?

LE DAUPHIN. — J'y consens : qu'il s'appelle donc Lahuri. Il sentira, j'espère, que cet /, à la place qu'il va occuper , vaut, à lui seul, toute une syllabe.

LE DUC DE BAB. — Houneur au chevalier Lahuri ! Remerciez monseigneur.

LAHUKE, à part et se ployant en deux. — Le duc de Bourgogne me donnera quelque jour la Toison d'or.

LE DAUPHIN. — Pour rclcvcr la Ceinture de VEsporance y j'abolis Tordre du Porc-Épic; cela fera d'ailleurs plaisir à ceux qui ne Tout pas.

LAHURE , à part, tirant de sa poclie la décoration du Poro-Epic. — Et moi qui Pai reçue hier!

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