ACTE U, SCÈNE IX
M. DB LA C4UTELLB. -* Pour VOUS C&ûre peindre aussi?
MADAME DB LÀ CAUTBLLB. — Ouî ^ afin que
je puisse reoonnattre le plaisir que vous me faites en nie donnant votre portrait.
M. DB LA CAUTBLLB. — «Peu suis désespéfé, mffis M. Mutilart ne peint que les homnoes.
MADAMB DB LA CAGTBLLB. — Est^l pOSSibloT
Vous ne peignez pas les femmes^ et pourquoi done celât
M. MUTILART. — Madame^ il faut faire quelcpies sacrifices pour obtenir la confiance des pères de famille y des chefs de maison , des maris^ en un mot.
MADAME DB LA CAUTBLLB. •— Je ne VOUS entends pas.
M. DB LA CAUTBLLB. — Moi, je Peutends à merveille; et^ malgré la contrariété que j'en éprouve en ce moment pour ce qui vous regarde^ je l'approuve fort.
MADAMB DB LA CAUTBLLB^ à MuUlarf. —
Mais expliquez-moi donc^ monsieur?
M. DB LA CAUTBLLB. — Il nc VOUS dira pas, à vous> tout crûment sa raison... C'est que les femmes^ en général, ne se font guère peindre que pour leurs amants.
MADAME DB LÀ CAUTBLLB. — Ah! qucUc indignité!...
M. DE LA CAUTBLLB. — Indignité tant qu'il vous plaira; mais c'est ainsi , en général ; remarquez bien que je dis : en général.
MADAME DE LA CAUTBLLB. — J'igUOrC Si c'CSt
à un usage général^ mais il me semble qu'il est absurde de penser qu'une femme qui se fait peindre chez eUe^ au vu et su de son mari^ se fasse peindre pour un autre.
M. DE LA CAUTBLLB. «- On fait uu portraît pour le mari devant lui^ et une ou deux copies se font chez les peintres pour les amis.
M. MUTiLABT. ^ Monsicur saisit le fond de la chose. .. il n'y a de net que de s'abstenir tout à Mi. Sans doute il y a des exceptions ; mais je veux éviter qu'on puisse dire que j^ai mal rencontré.
MADAMB DB LA CAUTBLLB Jette SUT MutUart
un regard de mépris. — Ainsi, vous ne feriez pas mon portrait!
M. MUTILABT, —Je VOUS prie, madame, de m'en dispenser.
M. DB LA CAUTBLLB. — Madame^ je vous Pavais bien dit. Mais il ne faut pas que cela vous
prive de celui qui vous est promis. (A MuH- ^/.) Pouvez-vous commencer?
MUTILABT. — Monsieur^ tout est prêt. Si vous voulez vous asseoir ici.... (// po^.)
MADAME DB LA CAUTBLLB^ à SOn moH. — Est-
ce que vous allez vous faire peindre avec Phabit que vous avez là? N'avei^vous pas commandé un frac?
M. DE LA CAUTELLB. •— Ouî, Certainement; mais...
LA BUSE. — Monsieur^ le voici. Le tailleur vient de Papporter.
M. DE LA GAUTBLLE. — Il ost dc paTolo; la couleur m'ira bien, n'est-ce-pas, M. Mutilart?
MUTILART, en peine. — Monsieur, mais cet habit n^est pas pour vous. U est pour votre valet de chambre, qui l'a oublié ici.
[Il fait tigne à la JRn$e d'en cont^enir.)
LA BUSE ne comprend pas. — C'est bien Phabit de monsieur.
(// fait à son tour signe à MutUart de ne pas
disputer. Il passe l'habit à M. de la CauUlle.)
M. MUTILABT. -—Ah ! oionsieur, je disais bien que cet habit n^est pas pour vous. Une vous va pas du tout.
LA BusB. — M. le pemtre, il va le mieux du nHMide. Vous avei, vous autres peintres, des manies en peinture. Il vous faut des formes singulières; vous voulez toujours draper le monde. (Signes réciproques qui ne sont compris de part ni d^autre.)
M. DB LA CAUTBLLB s'exomine au miroir. — Cet habit est trop long. Il est trop large. (Ilessaye de le boutonner sur la poitrine.) Comme r;ette poitrine est ronde et renflée !
LA BUSE. —Vous savez bien, monsieur, qu'il faut avoir aujourd'hui la poitrine bombée à la russe : c'est la mode. Quant à Pampleur ^ à la largeur, ce sont de beaux défauts ; et d'ailleurs il y a remède.
M. DE LA CAUTBLLB. — Malgré ccttc laTgcur, il me gène à la poitrine. (// passe la main dans la poche intérieure.) Qu'estrce ceci? (// retire la télé de la poche) Oh ! oh 1 c'est une peinture ! Eh ! mais, c'est la tête de mon tableau ! (// regarée le tableau.) Non... si... Mais que signifie...?
M. MUTILABT. — Mousîaur, c'est une copie que j'ai ébauchée par la fenêtre du voisin. . M. DELA CAUTBLLB. — Ébauchéc ! Tudicu ! quelle ébauche ! (// va visiter le tableau, et re-
MONSffiUR DE LA CAUTELLE, OU LHOMME A PRÉCAUTIONS.
eotmait par derrière la coupure de la tête. Il la présente à la mesure et la trouve juste.) Morbleu ! mais cette tète a été coupée dans le tableau^ et remplacée !
MOTiLABT, avec assurance. — Je veux être peudu^ si la tète qui est là n*est de la même main que les Amours et le reste du tableau.
M. DE LA CAUTELLB. — Quclle effronterie!
LA. BusB. — Monsieur^ c'est un misérable qui a profité de votre absence et de la mienne.
M. DB LA CAUTBLLB. — S'il y cut jamais coquinerie bien avérée^ c'est bien celle-ci.
LA BU SB. — Allons, sortez d'ici^ misérable. (A M. de la Cautelle.) Monsieur^ permettezmoi de le mettre à la porte.
MUTiLABT, à M. de la Cautelle. —H n'est pas nécessaire, monsieur^ d'employer la force. Je suis coupable^ je Favoue^ mais non pas comme vous le croyez. Demandez à quel expert il vous plaira^ si cette tête rapportée n'est pas de la même main que le reste du tableau^ et n'a pas été faite pour le tableau; vous me jugerez après. Mais^ en attendant, n'êtes-vous pas curieux de savoir comment cette figui'e s'est trouvée dans la poche de cet habit difforme que vous portez?
M. DB LA CAUTBLLB. — Eu cffct^ CCla OSt
singulier.
MUTiLABT. — J'ai cru cet habit pour votre valet de chambre^ parce qu'il se l'est fait essayer par votre tailleur^ et qu'il a voulu vérifier s'il allait à sa taille pour le recevoir. Il est clair que votre fidèle valet vous fait habiller à sa mesure^ pour vous emprunter au besoin votre garde-robe.
MADAMB DR LA GAUTBLLE. — Voilà doUC Ce
qui fait que vous êtes toujours ridiculement habillé^ et lui très-bien ! {Elle rit. )
K . DE L4 CAUTELLE. — Sortcz d'ici^ coquius; sortez^ ou... (Ils sortent.)