COMÉDIE HISTORIQUE EN DEUX ACTES ET EN VERS
NOTE DE L'ÉDITEUR
Je trouve, écrit de la main de Tauteur, sur une lettre de M. deBoufflers, les mots suivants, dans lesquels il qualifie cet ouvrage d'une manière qui sera, peut-être, jugée bien sévère :
• Réponse à l'invitation que je lui avais faite d'assister à une lecture de la tragédie des États de Biois, que « M. Raynouard a faite chez moi.
• Je lui avais lu, quelques jours avant, ma rapsodie de Madame de Villedieu... »
NOTICE
EXTRAITE DU DICTIONNAIRE HISTORIQUE (Éd. ue 1804).
• Marie -Calhcri ne -llortense Des Jahdins uaquit à Alençon (1) vers Tan 1640, d*un père qui était prévôt (le prévôté royale de celle ville. Sa mère était femme de chambre de madame la duchesse de Rohan , une protectrice compatissante qui daigna i*aider dans son malheur, maigre l'aventure qa*eUe eut avec un ëe ses cousins, qui ra\ait contrainte de quitter la maison paternelle et de venir à Paris, où elle cultiva le genre dramatique, et donna en même temps de petits romans qui lui Qreut un nom. Elle eut bientôt des soupirants, parmi lesquels elle distingua un jeuâe capitaine d'infanterie, plein dVsprit et d'une (igure aimable, nommé Villedieu. Elle lui permit de lui rendre des soins, sous la condition qu'ils auraient le mariage pour but. Il était marié, dep iis un an, avec la fille d'un notaire de Paris. Elle lui persuada de faire casser son mariage, attendu qu'il avait été, suivant son dire, forcé par ses parents de le contracter. L'idée était extravagante; mais elle ne cherchait qu'à faire excuser son attachement pour un homme déjà engagé. Villedieu entreprit cependant de la réalistr ; et, sans perdre un seul moment, il fit publier ses bancs avec mademoiselle Des Jardins. Mais il trouva des oppositions.Mal heureusement pour lui, sa femme, informée ùt cette démarche, présenta contre mademoiselle Des Jardins on placet à la reine, dont elle avait l'honneur d'être connue. Elle n'en suivit pas moins son amant à Cambrai, où son régiment était en garnison ; et lorsqu'ils revinrent à Paris, elle y parut sous le nom de madame de Villedieu. Une telle union ne pouvait être heureuse. Il y avait dv'jà eu de grandes divisions entre les deux amants, lorsque Villedieu fut obligé de partir pour Parmée, où il perdit la vie à la première affaire qui eut lieu. Sa prétendue veuve ne fut point une Artémise, elle fut bientôt consolée de la mort d'un homme qu'elle n'aimait plus : partagée entre l'amour, les romans et le théâtre, elle vécut comme on peut vivre lorsqu'on a de tels amusements. La mort subite d'une de ses amies lui ouvrit les yeux ; une maison religieuse fut son asile ; elle se rendit à Conflaos auprès de W' de Harlay, archevêque de Paris , à qui elle confia son projet. Le prélat, charmé de cette conversion, la fit entRT dans un couvent; elle y vécut avec
»i PeUte ville dann la ci-dcvanl généralUé de (ircnobie, à quatre Ueues de Montéliinart.
sagesse jusqu'à ce que ses aventures ayant été connues de la communauté, par l'indiscrétion d'une religieuse à qui son frère les raconta, elle fut congédiée. Madame de Saint-Romain , sa sœur, reçut chez elle la nouvelle dévote, qui ne le fut pas longtemps. Elle trouva dans cette maison un monde choisi, qui lai ftt reprendre bientôt son ton de galanterie. Ce fut là qa'elkr connut le marquis de la Chatte (1), âgé d'environ soixante ans, qu'elle épousa ensuite. Ce marquis était marié, mais il avait congédié sa femme, et elle vivait dans le fond d'une province éloignée. Quoique madame de Villedieu ne l'ignorât pas, elle ne Ht pas de difficulté de lui donner sa main secrètement. Elle alla avec M. de la Chatte à douze lieues de Paris, où un curé peu scrupuleux leur donna la bénédiction nuptiale. Le fruit de cette union fut un fils, que M. le Dauphin et mademoiselle de Montpensier tinrent sur les fonts baptismaux. Ce fils ne vécut qu*un an. La Chatte le suivit d'assez près, et sa veuve inconsolable épousa bientôt, en troisièmes noces, un de ses cousins, qui lui permit de prendre le nom de Villedieu. Après avoir passé encore quelques années dans le monde, elle se retira à Clinchemore. On prétend qu'elle abrégea ses jours par l'excès d'eau-de-vie , qu'elle buvait même dans 866 repas.
Ses œuvres en vers et en prose ont été recueillies , 1702, dix volumes in-12 ; 1721, douze volumes in-lX, dont les deux derniers ne sont point de madame de Villedieu. On y trouve plusieurs romans : les Désordres de Vamour; le Portrait des faiblesses humaines; Cléomce; Carmtnte; les Galanteries grenadines; les AvMurs des grands hommes; Ly sandre; les Mémoires du sérail; les IVouvelles africaines; les Exilés de la cour d'Auguste; les Annales galantes. Tout y est peint avec ce pinceau vif, rapide, animé d'une femme; mais ce pinceau n'est pas toujours assez correct ni assez réservé, elle emploie quelquefois des couleurs trop romanesques ; et dans ses Mémoires du sérail il y a trop d'événements tragiques et peu vraisemblables. On ne voit que des faiblesses dans les romans de madame de Villedieu , et on voudrait y voir des portraits vrais du caractère et des mœurs des hommes.
(I) Le Nouveau Dictionnaire historique, «« édiUon, impriiuée à Caen, le nomme le marquis de la Chasse; et dans le« Mémoires de inademoiscllc de Montpensier, il est nommé le marquis de Chatte. yote de rdditeur..