NOTICE EXTRAITE DU DIGTIONNAIKE HISTORIQUE
Ses historiettes ont fait perdre le goût des longs romans, j'en conviens ; mais elles n'ont pas donné , il faut Tavouer, le goût des bons ouvrages de ce genre. Cette gloire était réservée aux célèbres Duclos, Marivaux , Prévost. Quelle différence des bonnes productions de ceux-ci à celles de madame de Yilledien ! Les unes plaisent également au philosophe et à Thomme sensible ; les autres ne peuvent plaire qu'aux amants fades et langoureux, ou aux libertins. Un autre reproche qu'on peut faire à madame de Villedieu , c'est qu'en prêtant ses intrigues galantes aux plus grands hommes de l'antiquité , elle a également gâté Thistoire et le roman. Ce mélange dangereux de la vérité et de la fable contribue à répandre de Tincertitude sur les faits les plus vrais, et accréditer les anecdotes les plus fausses, surtout dans Tesprit des femmes et des jeunes gens. Les ouvrages poétiques de madame de Villedieu sont fort inférieurs à sa prose ; sa versification est faible et languissante. Elle se plaint, dans une de ses pièces de vers, que l'on a arrêté un de ses romans ; c'est peut-être celui où elle voulait décrire, sous des noms supposés, Thistoire d'une dame de la cour qui s'était mésalliée. Elle a donné deux tragédies, Manl'ius Torquatus^ qui fut jouée en 1663 avec succès à l'hôtel de Bourgogne, et Nïjtetis, jouée aussi en 1663, qui ne fut pas si heureuse et qui la dégoûta du théâtre. Nous avons son portrait par elle-même, et ce petit écrit prouve qu'à certains égards elle n'avait pas profité du précepte du philosophe : nosce teipsum.
« J'ai, dit-elle, la physionomie heureuse et spirituelle ; les yeux noirs et petits, mais pleins de feu ; la bouche grande, mais les dents assez belles pour ne pas rendre son ouverture désagréable ; le teint aussi btau que peut l'être un reste de petite vérole maligne ; le tour du visage ovale, les cheveux châtains. Mais j'ose dire que j'aurais bien plus d'avantage à montrer mon âme que mon corps , et mon esprit que mon visage ; car, sans vanité, je n'ai jamais eu d'inclination déréglée. Mon âme n'est agitée ni par l'ambition ni par l'envie , et sa tranquillité n'est jamais troublée que par la tendresse que j'ai pour mes amis. J'ai plus de joie des biens qu'ils reçoivent que s'ils m'étaient envoyés; mais ma tendresse n'est pas aussi générale qu'elle est forte ; et pour qu'un homme soit digne d'être mon ami , il faut que ses inclinations soient conformes aux miennes, et qu'il soit le plus discret homme de son siècle. Ce n'est pas que je donne grande matière de discrétion, car j'ai de la vertu, et de cette vertu qui est également éloignée du scrupule et de l'emportement, dont la simplicité fait la force, et la nudité le plus grand ornement. J'ai une fort grande fierté; mais comme elle ne sied bien qu'aux belles, et que je ne suis pas de ce nombre, je tâche de mettre en sa place une douceur qui ne m'est pas si naturelle, mais qui m'est plus convenable. J'aime fort à railler, et ne me fâche jamais qu'on me r.iille, pourvu que je sois présente. «
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