ACTE H, SCÈNE IV
{Elle s'aniea.) Mon mari, toutefois, d'un principe important, Je ne sais trop pourquoi , se targue assez souvent :
• Trop peu se respecter, égare davantage
• Que se respecter trop, - dit-il, et... c'est fort sage. Cet adage pourrait me servir de leçon.
Contre mes beaux discours c'est une objection. {Pause. •• ensuite avec réflexion *)
Se respecter est bien ; .. c'est un mal nécessaire ,
Quand on a du talent dont on veut le salaire.
Le public est, pour nous, un fâcheux tribunal...
Il veut être acheté, pour être impartial.. .
11 demande des moeurs au talent qui loi doune
Les plaisirs les plus doui ; sans mœurs, il l'abandonne...
Et l'on ne parvient pas, autre malheur pour nous ,
A tromper le public comme on trompe un époux.
Poir tromper un mari, ce sot public conspire ,
U ménage une erreur dont il se plaît à rire;
Mais il est curieux, et ses regards méchants
Derrière le rideau poursuivent les amants.
{Elle se promène en silence. — Avec humeur :)
Dubottquet ne vient point...
{Après une pause,) Cette maxime est sagu ,
Elle convient, surtout, à mon sexe, à mon âge : Plutôt se respecter l>eaucoup trop que trop peu. Mais de me respecter, n'ai-je pas fort beau jeu ? Qui donc, de m'oublier, me donnerait envie ? Quel est l'amant qui veut que je me sat'rifie? A \oir avec sang-froid, d'un œil impartial , Ce petit Dubosquet, mince provincial , Qui n'est rien, ne sait rien, et pour qui la nature Fit seulement les frais d'une aimable figure. Ce serait bien manquer de sens et de raiion, Que de risquer, pour lui, ma réputation.
{Changeant de ton, comme s* interrompant elle-même : ) Je vois ce qui l'arrête, et d'où vient qu'il retarde : A faire l'important, le fot , il se hasarde !
{Reprenant ce qu'elle disait,) Et je compromettrais ma réputation, Quand, pour la relever, j'ai pris un autre nom ! Quand, pour faire oublier ce nom de Villedieu, Qui rappelle au public un hymen odieux, J'ai pris le triste nom d'un vieux célibataire, A qui femme, jamais, ne s'avisa de plaire !...
{Avec iwipatience,) Insolent Dubosquet... Mais... je le vois... il vient... Quelle noble démarche, et quel noble maintien ! Ah! le charmant garçon!...