‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 422 sur 478 · ACTE H, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE H, SCÈNE II

« qu'on l'a dit : L oisiveté est la mère de tous « tes vices. Si vous avez^ monsieur^ quelque € moyen d^exciter dans le pays un peu d'amour « pour le travail^ et de vaincre la funeste ha- « bitude de courir aux foires du pays^ vous au- « res rendu un nouveau service aux habitants o malheureux. Donner du travail^ est une ex- <c cellente charité ; mais le faire aimer et en « faire contracter l'habitude^ en serait une autre cr d'un prix inestimable. Je vous invite donc à « mettre à exécution les projets que vous a m'avez confiés. J'augure bien de leur suc- « ces, etc. J'ai rh(mneur d'être, etc. » Mon bon voisin Dudouit a pris la chose au sérieux. Mais il a, ma foi, raison. H ne dit rien de trop. 8a lettre vient fort à propos pour m'exciter à la petite malice que j'ai conçue contre mes deux coureurs de foires. (A la Hougotte.)^ Qu'est-ce que tu dis de tout cela, toi, ma petite Hougotte? Es-tu bien aise quand tu vois, toutes les semaines, ton père aller à la foire d'Alençon, et à celles de Séez et du Mêle?

HOUGOTTB. — Oui-da, monsieur, j'en suis ben aise!

M. LEDUR. — Comment, tu es bien aise que ton père aille dépenser de l'argent, au lieu d'en gagner?

HOtiGoiTE. — Oh! dam! monsieur, c'est qu^ii est de ben bonne humeur quand c'est qu'il revient de la foere. C'est farce tout ce qu'il dit à ma mère; et puis... c'est que...

M. LBouB. — Eh bien! c'est que... ? Achève donc.

0OOGOTTE. — Je n'ose pas dire à monsieur. .. M. LEDOB. — Dis donc, dis donc ! Eh bien, c'est que...?

aouGOTTE. — C'est qu' j' sis pu libre d'aller ou'squeje veux.

M. LEDUB. — Et où vas-tu, quand tu es libre?

HOUGOTTB. — C'est quc le père à Ruziers va-t-aussi z'aux foêres. Et, pendant c'temps-là, le fils Ruziers est pu libre aussi que quand son père pousse la varlope dans sa boutique.

M. LEDUB. — J'entends... Mais quand tu demandes à ton père un bonnet, une jupe, des sabots?...

HOUGOTTE. — Il me dit comm'ça que j'allisse les gôgner.

M. LEDUB. — Eh bien, comment fais-tu pour les gagner? |

Houoorre. — Pardine, je demande au fils Ruziers comment qu'il faut faire, parce qu'il est savant le fils Ruziers; et il trouve toujours queuqu'vieille pan« de sabots neufs, dans queuqu'coin de la boutique à sa mère.

M. LEDUB. — C'est à merveille, ma j>etite !.. . Mais quand tu seras mariée avec ton bon ami Ruziers fils, seras-tu bien aise qu'il te laisse deux ou trois jours de la semaine seule, p^ur aller riboter aux foires?

HOUGOTTE. — Oh ! dame, monsieur, si...

Pardinne, est-ce que?... Ma finne, monsieur, moë, j'n'sais pas... Est-ce que... comment ce que...

M. LEDUB. — Tu ne sais pas, pauvre petite! Je sais pour toi, et je ne sais que trop... Va, va à ton ouvrage, (à part.) Moi, je vais écrire à Mouchardet.

Page 1