LBDUB. — Mais enfin, qu'avez-vous fait
HODGOT. —Avant le dé... déjeuner j'ai nettoyé la grande allée.
M. LBDUB. — Elle était nettoyée et ratissée de la veille.
HouGOT. — Oui, mon... monsieur; mais il restait encore un tas de petits ca... cailloux à enlever.
M. LEDOR. — Une poignée!
HOUGOT. — Une poignée, véritablement; mais je ne pouvais pas emporter ces ca... ca... cailloux dans ma main.
M. LBDUR. — Eh bien! dans ta main ou autrement , il n'y en avait pas pour six minutes! /
HOUGOT. — Il me fallait une brou... ou... ou... brouette...
M. LBDUB. — Eh bien, brouette ou non?
HOUGOT. — Il me fallait ma pelle, et j'ai eu peine de Taller chercher à la fontaine, ous que CSioUet l'avait emportée.
M. LBDUB. — Tu pouvais en prendre une autre.
HOUGOT. — Mais, ma brouette, le bonhomme Dujardin Pavait emmenée au fond de la pièce du bois.
M. LBDUB. — N'y en avait-il pas une autre?
HOUGOT. — C'est que je sis accoutumé à la mienne.
M. LBDUB. — Mais encore, il n'y a pas là pour trois heures d'ouvrage!
HOUGOT. — Mais c'est que j'ai porté les petits ca... ca... cailloux dans un trou qu'est par là, sur le grand chemin, ous que M. le curéDudouit vous disait dernièrement qu'il zi faudrait cinq ou six tombereaux de pierres! et je rencontris en chemin Durant, qui peut ben v'dire que je ne me suis pas détourné tant seulement d'un pas, pisque même j'ai arrêté là comme aux environs peut-être ben d'une demi-heure, ou trois quarts d'heure, à parler avec lui. . .
M. LBDUB. — Après déjeuner tu t'es reposé, sans doute, de tant de travaux?
HOUGOT. — J'ai pa... palissade ces deux branches d'acacia qui pendiont.
M. LBDUB. —Qu'est-ce que tu faisais donc vers midi à la fontaine?
HOUGOT. — J'étais allé couper des osiers, pour palissader les ac... ac... ac... acacias...
M. LBDUB. — Et à onze heures, qu'est-ce que tu faisais dans la boutique du menuisier?
HOUGOT. — J'y-, j'y repassais mon cou... couteau, pour couper des osiers.
M. LBDUB. — A neuf heures du matin, je t'ai déjà vu une première fois dans le pré de la fontaine : était-ce pour couper des osiers?
HOUGOT. — Pardine, monsieur, j'étais . allé pour faire aller le bélier, pour avoir de l'iau pour mouiller la pierre à Ruziers, ous que j'aiguisis mon couteau.
M. LBDUB. — Allons, laissons cela; tâche de m'achever de labourer ce carré d'asperges commencé il y a dix jours, et songe à gagner un peu mieux tes journées; car si je me mets un jour à calculer ce que tu me coûtes et ce que tu me rapportes... je pourrai bien...
HOUGOT. — Et vous n'savez pas encore tout ce que j' vous coûte!
M. LBDUB. — Comment, drôle!... mais je crois que tu m'affrontes !
HOUGOT. — Non! vous n'I'savez pas!... Que j'sis malheureux !
M. LBDUB. — Que veux-tu dire ?
HOUGOT. — Votre âne...
M . LBDUB . — Eh bien , mon âne ?
HOUGOT. — Ils me l'ont volé, à Alençon !
M. LBDUB. — On t'a volé mon âne ?
HOUGOT. — Ah ! mon Dieu, oui !
M. LBDUB. — Comment peut-on voler un âne? Dis donc que tu l'as perdu, et que tu es trop paresseux pour l'avoir cherché.
HOUGOT. — Us l'ont volé, vous dis-je; j'aurais eu beau chercher !
M. LRDUB. — On te l'a pris à l'auberge : l'aubergiste est responsable.
HOUGOT. — Je n'y sis seulement pas entré.
M. LSDUB. — Tu l'auras attaché à quelque barreau; tu l'auras laissé là, et. quelqu'un l'aura emmené. Il fallait demander aux voisins.
HOUGOT. — Bah! les voisins! ils étiont tous d'accord ! Cet Alençon, on ne z'y est pas pu en sûreté que dans la forêt de Persoignc, dans le temps des Prussiens.
LA FOIRE D ALENœN.
M. LBouB. — Insolent! insulter toute une ville! la capitale du département de TOme !
HODGOT. — Mais, mon... monsieur... ils m'avont volé votre âne entre mes jambes.
M. LBOUB. — Entre tes jambes?
aouGOT. — Conrnie je sis Hougot; j'étais monté dessus. .
M. LBDUB. — Ils t'ont donc fait violence? c'est un assassinat ! Il y a une justice, parbleu !
HouGOT. — Non, ils Font filouté, escamoté, dérobé... quoë, sans que je m'en apercevisse... Mon Dieu, mon Dieu, que je sis malheureux !
(Ilpleurp.)
M. LBOUB. ~ Ça ne se peut pas ! on n'escamote pas un âne à un homme qui est monté dessus. Tu es un menteur, et je ne veux pas garder plus longtemps à mon service un drôle de fi mauvais exemple pour les gens qui m'entourent. Je vais faire ton compte, et te payer.
{tlsort.)