‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 453 sur 478 · LA BORNE DE NONANCOURT · texte numérisé non relu

LA BORNE DE NONANCOURT

mille toises en mille toises^ sur toutes les routes de France, à partir du parvis de Notre-Dame, afin que les voyageurs sachent exactement le chemin qu'ils ont fait, et celui qui leur reste à feire.

M. GBAP. — En ce cas, monsieur, qu'estril besoin d'un piquet de gendarmerie devant ma boutique? On va .déshonorer ma maison, me faire perdre mon crédit. Un piquet de gendarmerie à ma porte, bon Dieu ! Tout cela n'est pas clair.

LB PiQUBUB. — U ne s'agit pas d^un piquet de gendarmerie, mais d'un piquet de fer que voilà, d'une aiguille pour marquer le point où s'est arrêté le mesurage de monsieur l'ingénieur, au quarante-sixième mille...

M. GBAP, à part. — Cela n'est pas clair. (Haut.) Je crois que je commence à comprendre. Ainsi, ce monsieur, que j'ai pris pour un militaire...

LB piQUEUB. — C'est l'ingénieur en chef du département.

M. GBAP. — Ah ! c'est monsieur l'ingénieur en chef? (A part.) Tout ceci n'est pas clair. (Haut.) Ne parliez-vous pas de deux témoins, pour accompagner le piquet? Dans ce pays-ci, deux témoins! cela fait trembler!

LB PIQUBUB, riant. — On appelle témoins, dans notre état, des piquets enfoncés en terre, pour que la mesure que l'on a voulu marquer ne soit pas perdue, si le piquet est renversé par quelque accident.

M. GBAP, 005. — Cela n'est pas clair. {Haut.) Voudriez-vous avoir la bonté de me répéter le nom de ces mesures, dont vous parliez tout à l'heure?

LB PIQUBUB. — La mesure des routes.

M. GBAP. — Vous vous êtes servi d'un autre mot.

LE PIQUBUB. — Mesures itinéraires.

M. GBAP. — C'est cela. Je vous suis trèsobligé, (il part.) Ceci n'est pas clair : ces messieurs veulent maintenant me donner le change... J'ai, quelquefois, entendu parler de ces mesures vétérinaires, par le fils de mon voisin Chip, qui est maréchal expert d'un régiment de dragons. Et qui sait si le sieur Chip, tout mon voisin qu'il est, n'a pas donné lieu à quelques recherches?. . . Ma foi, adieu le mariage de son fils avec ma fiUe, s'il y a quetque chose à redire sur son compte. (Aupiqueur.) Monsieur,

quoiqu'il ne s'agisse pas de mesures de mon commerce, puisqu'il en a été question à l'occasion des autres, j'insiste encore pour que vous vouliez bien venir, par curiosité, reconnaître qu'elles sont dûment étalonnées...

LE PIQUBUB. — Cela ne me regarde pas.

M. GBAP, à part. — Ils sentent qu'ils se sont trop avancés; ils veulent se tirer de là... Gela n'est pas clair. ( Haut. ) Monsieur, que j'aie l'honneur de vous offrir un petit verre d'excellente eau-de-vie de Cognac : cela ne sera pas de trop. Le temps est si froid et si humide!... Faites-moi l'honneur d'entrer. . . Monsieur, entre nous... j'aurai, peut-être, quelque chose d'important à vous confier... 'Tout cela n'est pas clair. Mon voisin n'est, peut-être, pas aussi net que moi... je ne réponds de personne. Ce soir, son fils devait être fiancé avec ma fille ; mais,, ma foi ! s'il y a du louche sur son négoce...

LB PIQUBUB. — Il fait le même négoce que vous?

M. GBAP. ~ Oui, monsieur; il tient l'épicerie..

LB PIQUBUB. — Faites-vous de bonnes affaires?

H. GBAP. — Pas grand'chose, monsieur. Je penserais qu'il fait plus que moi ; et, s'il a de^ moyens que je n'ai pas... cela n'est pas clair. C'est trop, de deux épiciers, dans la même rue. Il y en a encore deux, outre M. Chip et moi ; ce serait assez d'un épicier pour Nonancourt. Ce n'est pas pour moi que je parle : ce que je dis est pour l'un conrnie pour Fautre ; mais, il est certain que tant de concurrence fait que chacun cherche à se procurer la plus mauvaise marchandise, pour la donner à meilleur marché, et que les indélicats ont recours à des moyens répréhensibles pour se tirer d'affaire.. . cela n^est pas clair. .. Revenons à vos mesures vétérinaires.

LB PIQUBUB. — Itinéraires.

M. GBAP. — Oui, itinéraires. Je répète que je ne parle pas pour moi ; mais, il est certain que le public serait mieux servi, et les épiciers mes confrères plus honnêtes gens, si j'étais tout seul à exercer le commerce de l'épicerie, dans la ville de Nonancourt.

LE PIQUEUB. — Oh! ceci, pour le coup, est fort clair.

M. GBAP. — Très-clair, monsieur : cela saute aux yeux.

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