SCÈNE PREMIÈRE
LE BARON, écrivant *ur ie palier de Ve-^ralier qui dorme sur le jardin , LA FEMME DE CHAMBRE.
LA P£MMB DE cBAiiBBB. — Madame la baronne fait dire à monsieur de se dépécher; qu'il est temps de faire partir ses lettres pour le Mêle, s'il veut qu'elles arrivent avant le passage du courrier.
LB BARON. *-* Dites-lui que j'ai fini. Je n'ai plus qu'à cacheter mes lettres.
LA FBMMB OB CHAMBRE. — • Madame recommande, à monsieur, de ne pas oublier la lettre qu'elle lui a remise, hier, pour madame de la Salle.
LB BABON. — Je ne l'oublierai pas. La voilà devant moi, avec les miennes. Je vais toutes les fermer et les cacheter. Apportez-moi de la lumière, et dites à Cholet de se préparer.
LA FEMMB DE CHAMBRE. — Il CSt tOUt prêt.
LB BARON. — Qu'il Vienne.
LE BARON, seui, H plie quelques lettres.
Voici celle de ma femme à sa tante. ( Tm femme de chambi'e apporte d'i la lumière, et sort.) Elle n'écrit vraiment pas mal. C'est simple, c'est naturel, c'est poli, et point de fautes de français. (// lit.) «Ma chère tante, si ce a n'était une idée pénible que celle de passer « six mois loin de vous, je serais ici la plus « heureuse femme du monde. Vous ne vous a faites pas une idée de la situation du Bois-
a Roussel, et de l'impression que fait l'aspect « du pays. Figurez-vous un grand bassin, un a grand lac, je ne sais comment vous dire, de « belle verdure , de beau gazon , qui s'étend à « perte d« vue, et qui est bordé, sur les côtés, de a deux amphithéâtres couverts de grands bois. c( La maison domine sur cette vallée. A droite c( de la maison, on a la vue d'un bourg qu'on « nomme Essey, et qui faitnin effet très-pitto- « resque. En face, une seule habitation dans « le lointain. Ces herbages sont couverts de a bœufs et de chevaux qui vivent très-bien en- « semble, qui restent là nuit et jour , n'ont ce d'autre chose à faire que de paître, sont en a pleine liberté, et ne voient ni maître , ni «chien, ni berger, et ne connaissent pas c( même la sujétion d'un troupeau. Ce paysage « est toujours le même et toujours différent, a parce que les animaux , sans paraître chance ger de place, ne restent pourtant jamais à la a même. Ils se groupent, ils se dispersent; ils <x sont tantôt à droite, tantôt à gauche, quelce quefois partout; quelquefois, mais rarece ment, on ne les voit plus. Il y a, près de la « maison, des bosquets ou plutôt des plantac( tions, qui entrecoupent la vue des herbages; (( quelquefois ces plantations cachent les ania maux, mais, ordinairement, elles les encacc drent dans un joli paysage, qui a son loina tain, et dont elles forment les côtés et le cf premier plan. Vous m'entendrez mieux que «je ne m'explique , ma chère tante; je voas « écris comme à une artiste, et non comme une « artiste, quoique cette vue me rappelle mes « études de dessin, et je crois que je les repren- « drai. Malgré l'art que mon beau-père a mis, « pour y former des points de vue distincts et