LES CHARMES DE LA CAMPAGNE
LA BARONNE. -— Que vouiez-YOus dire, la graisse?
M. MBNAOBR. — J'achète les animaux maigres, pour les engraisser.
LA BARONNE. — C'cst pour Cela qu'ils sont si beaux. Ilsn^ontrien à faire. Us sont bien nourris, en bon air, en liberté : ils sont bien heureux avec vous, monsieur Ménager... Cette idée-là rend la vue de vos herbages encore plus intéressante... Vraiment, on ne connaît pas à la ville les charmes de la campagne ! On n'y voit qu'en peinture, ou dans des descriptions, les prés, les troupeaux, les bœufs... Ici, on voit les choses mêmes; on a devant soi des tableaux vivants ; on voit la nature animée , des animaux libres, paisibles, heureux. L'âme jouit à ce spectacle. Vous ne savez pas, monsieur Ménager, combien il est agréable d'habi* ter la campagne.
M. MENAGER. — Vracmcut, madame la bar ronne, oui... Les animaux sont heureux ici. D'aucuns qu'il n'y a, font de vingt à vingt-cinq livres de graisse, par quinzaine; et les ceux de l'herbage des Jarriers donnent encore plus de suif que l'z'autres.
LA BARONNE. — Du suif ! Et commcnt savez-vous cela ?
M. MÉNAGER. — D'ous quc jc Ic sais? Des bouchers de Poessy, qui le savent bien, eux. En voyant un animal , ils vous diront, d'un coup d'œil, combien de chair, combien d'oe, con»bien de graisse fine, combien de suif» combien de cuir et de corne . Ils ont bientôt fût le compte de tout cela, à Poëssy.
LA BAROiNNE. — Coomient ! les bouchers à Poissy? Je n'entends pas.
M. MENAGER. — Madame , dans huit jours,
de ces quarante bœufs que vous voyez là, j'en vas mener vingtàPoê£sy,les plus gras; et puîd, qumze jours après, les autres.'
LA BARONNE. — Et pourquoi faire?
M. MÉNAGER. — Pour los vondro aux bou* chers de Paris, qui en font de la viande pour les bourgeoês de Paris.
LA BARONNE. — Ah ! Phorrcur!
M. MÉNAGER, fiant. — Mais, madame la ba* ronne est encore bien jeune, et, pourtant, je gagerais ben qu'elle a déjà mangé la valeur de quatre ou cinq bœufs, conmie ce gro&-là que voilà, avec cette peau noëre et blanche.
LA BARONNE. — Moi! jc VOUS Rssufe Ineo que non !
M. MENAGER. — » Ah I que si fait ben ! Est^^ que v'n'aimez pas l'aloyau, le bbteck, les langues salées?
LA BARONNE. — Oui; mais... •
M. MENAGER. — Eh bcu ! quouqu'c^est que sH'herbage avec ces animaux? c'est, comme qui dirait, eune fabrique de bistecks,d'aloyaux, de langues salées; et le fabricant, c'est le bestial lui-même, qui fait tout cela sans y prendre grand'peine ; et puis, il est aussi la voêture qui porte la marchandise jusqu'à la boudierie. V'ià ce qu'c'est.
LA BARONNE. —* Ah! l'horreur! Phorreur!
les pauvres animaux ! Je ne peux plus voir cet herbage. Je ne veux plus regarder ces malheureux bœufs... La campagne est odieuse. Tout y est calcul , sordide avarice. Il y a cent fois plus de bon naturel à Paris ; on y a bien meil - ]emcœuT.(Seioumant vers te saion») Uoûmmf as-tu entendu ce que dit monsieur Ménager ! c est affreux ! je ne puis plus me souffrir ici. Retournons bien vite à Paris! à Paris, à Paris l